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    Festival d'été: Québec célèbre «son» Michel Louvain, et réciproquement

    13 juillet 2017 |Sylvain Cormier | Musique
    Michel Louvain était princier dans son «smoking de garçon serveur».
    Photo: Francis Vachon Le Devoir Michel Louvain était princier dans son «smoking de garçon serveur».

    Elles sont magnifiques, ces admiratrices de Michel Louvain. Il fait plus que frisquet en ce mercredi, et elles ont attendu longtemps pour être parmi les quelque 600 à pouvoir s’asseoir dans le périmètre prévu, qui ceinture la place d'Youville. Des rangées de sièges ont récompensé les premières arrivées, mais les prévoyantes avaient apporté leur chaise de jardin, au cas. Patiemment, de 18 h 30 à 21 h 10, elles ont écouté Francis Faubert, ont été bon public pour le grotesque Gab Paquet, simili-chanteur de charme post-Ringo Rinfret (dans le registre post-ridicule). Rien ne pouvait les déloger.

     

    Eh ! Elles attendaient leur Michel pour le fêter. C’est bel et bien ce mercredi 12 juillet qu’il a 80 ans, le grand monsieur de notre chanson populaire. Et ça fait vraiment six décennies qu’il mène, sans interruption, sa carrière exemplaire de véritable chanteur de charme (au plus noble sens du terme). Elles l’ont attendu le temps qu’il fallait, parce qu’elles savent qu’il leur rendra leur affection, au centuple. Aimer son public, ici, n’est pas un cliché. Aimer un chanteur non plus.

     

    Il est magnifique, leur Michel Louvain, princier dans son « smoking de garçon serveur », comme il le chante dans son numéro d’ouverture, qui échantillonne des standards de crooners : Strangers in the Night, The Shadow of Your Smile, Everybody Loves Somebody, Love Me Tender. Les gens n’attendent pas pour lui chanter « joyeux anniversaire »… Et leur Michel, rayonnant de joie non feinte, n’en revient pas d’avoir « quatre fois vingt ans » et d’être en tête d’affiche au Festival d’été de Québec. Son Québec ! Le Québec de ses débuts au cabaret Chez Gérard, le Québec qui en a fait une idole au Gala des Splendeurs du Colisée, en mai 1958.

     

    Du bonheur avec ou sans invités

    Photo: Francis Vachon Le Devoir Roch Voisine est venu rejoindre le fêté sur scène.
     

    Il enchaîne des titres légèrement swing, dont La belle vie (que popularisa feu Sacha Distel). Roch Voisine vient le rejoindre à mi-chanson : le duo n’est pas très synchro mais éminemment sympathique. C’est moi où il fait moins froid, place d'Youville ? Autour de la section assise, il y a des milliers d’autres spectateurs, debout. Suit un pot-pourri latino, une rumba, une samba : c’est ça, la chanson de variété, c’est plaisant et c’est varié. Et ça se danserait comme dans une guinguette s’il y avait de l’espace.

     

    « On courait chez St-Cyr et fils acheter la feuille de musique du dernier succès du Hit Parade », rappelle-t-il. « C’est avec les crooners que j’ai commencé à chanter… » Et notre charmant interprète de crooner du Dean Martin (Amore), les Platters (The Great Pretender), du Paul Anka (Diana), du Bobby Vinton (Blue Velvet), du Ray Charles (I Can’t Stop Loving You), du Neil Diamond (Sweet Caroline). Il est très en voix, peut-être plus que jamais : il impressionne, monsieur Louvain ! « Faut que je retrouve mon souffle… » badine-t-il. Brigitte Boisjoli vient chanter avec lui l’adaptation québécoise de Somethin' Stupid, le succès des Sinatra père et fille en 1967. On constate, même si ça plaît : ce ne sont pas les invités qui rendent cette soirée unique, mais la célébration d’un chanteur aimé.

     

    Respect, Trenet ! Bonjour, Aznavour !

     

    Le spectacle s’intitule 60 ans de bonheur avec vous, et ça se passe entre les gens et Michel Louvain. Ensemble, ils chantent du Charles Trenet : toute la place d'Youville entonne La mer, et c’est le Québec de Trenet que l’on célèbre aussi. Que reste-t-il de nos amours ?, chante Michel avec Marie-Ève Janvier, et c’est toute l’histoire de notre music-hall qui repasse devant le Capitole. Je ne me souviens pas d’un spectacle extérieur dans ce festival où l’on a autant le sentiment que les airs d’hier et d’avant-hier sortent des interstices entre les pierres : Vous qui passez sans me voir, Y’a d’la joie, c’est la part de chanson française qui était encore bien présente ici dans les années 1940 et 1950.

     

    Et sans avertissement, voilà qu’arrive La dame en bleu. « Faites-moi un cadeau, demande Michel : chantez-moi La dame en bleu ! » La place d'Youville chante le refrain. « Je suis amoureux… de qui ? » La foule répond : «… de Michel Louvain ! » Le chanteur bondit de plaisir. Le public lui chante et lui rechante : « Mon cher Michel, c’est à ton tour… »

    Photo: Francis Vachon Le Devoir
     

    Un peu de Charles Aznavour ? C’est l’idole de l’idole. « Je pourrais revenir chanter comme lui à 92 ans… » Aznavour aussi, c’est le Québec des cabarets : ça nous vaut une reprise de Plaisirs démodés. Et ensuite ? De l’Elvis, tiens : (Let Me Be Your) Teddy Bear, Don’t Be Cruel. Louvain s’offre une petite chorégraphie, le pas léger. Épatant Michel Louvain. Du Ferrat ? Tout le monde chante C’est beau la vie avec le chanteur, ému lui aussi. La place d'Youville a les yeux dans l’eau. Il ne fait plus froid du tout.

     

    Du Louvain par Louvain

     

    Reste à Louvain de chanter du Louvain, avec son monde, ses admiratrices, des admirateurs aussi. Dont Paul Daraîche, qui vient partager Buenas Noches Mi Amor, le tout premier succès. Suivent d’autres succès : Aye ! Mourir pour toi, et la série des chansons à prénom, Lison (Il faut nous séparer) (avec Mario Pelchat), Louise, Linda, et même l’Hélène de Roch Voisine (chantée par Roch Voisine, cadeau de Michel). Ainsi que la plus attendue de toutes : Sylvie (chantée en duo avec Patrick Bourgeois)… La Sylvie du Carnaval de Québec : une immortelle locale ! La place d'Youville exulte, et Michel Louvain tout autant. D’une rare générosité, la vedette de la soirée laisse momentanément la place à Patrick et à son fils Ludovic, gagnant à La voix. Cette célébration aura été aussi une communion, et un partage. Admirable Michel Louvain. « Pourquoi donc as-tu brisé mon coeur ? » chante-t-on tous ensemble. De tout coeur.













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