VITRINE DU DISQUE :Pour ceux que Moustaki énerve depuis Le Métèque
L'allergie. L'urticaire. La gratelle. La picote volante. Autant l'avouer (ce n'est pas la première fois, mais ça soulage encore), Moustaki me donne des démangeaisons. C'est ainsi depuis l'adolescence: son côté gourou m'est insupportable. Ses pyjamas blancs de Raël de la chanson à texte. La barbe fleurie du grand sage. Le harem de jeunes filles en fleurs. Tout ça me fait exploser les bubons. Alors, vous pensez bien, je m'expose le moins possible. Autrement, je me gratte au sang et vire hystérique, jurant contre sa gueule de pastèque, de juif énervant et de pitre grec. Méchant, je deviens. Imaginez mon état: dans le livret de son dernier disque, premier album de matériel neuf depuis 1996, l'éponyme Moustaki célébré ces derniers mois en France comme le retour de l'Élu, il y a une photo du gars en pied, avec le pyjama et la barbe, aux côtés d'une fillette africaine nommée Éden portant dans ses mains un masque grec. Je pense le pire: future épouse? Avec Moustaki, je suis d'une mauvaise foi absolue. C'est un bon grand-papa avec une représentante des générations futures, voilà tout. Il y a quand même des limites à la médisance.
Et puis bon, une fois déballé, mektoub, buvons la coupe jusqu'à la lie, j'écoute le disque. Et m'étonne. Faut bien le reconnaître, c'est joli comme tout, l'arrangement de cordes d'Odéon, premier titre de qualité. Le Promeneur est bien tendre aussi. Moustaki y rabâche sa lubie de liberté, mais il n'a pas tort. Emma, petit air jazzy en hommage amoureux à l'actrice Emma Thompson (avec l'Emma en question lui donnant la réplique), est presque aussi agréable que le duo Dutronc-Hardy chantant Mireille. Je craque, c'est pas Dieu possible. Ce vieux sacripant de Georges est en train de m'avoir au charme. Harmonica faisant l'oisillon, cordes swing, c'est tout ce que j'aime. L'arrangeur Jean-Claude Vannier (Gainsbourg, Jonasz) a fait merveille. Petit testament, chanson d'adieu que l'on ressortira assurément une fois Yussef Mustacchi passé de nirvana à trépas, est bien émouvante, parce que pas trop appuyée sur les lacrymales.
Naturel oblige, tout ne me plaît pas. Ouf, mon dédain est sauf. J'exècre ainsi Le Repenti, donnée moitié reggae, moitié africain: exotisme de pacotille. Mais l'irritation ne dure pas, hélas, j'aime tout le reste: Gardez vos rêves, belle ressuscitée des tout débuts, Petite âme soeur, somptueusement habillée. Et cette valse de petit bal qu'est Éphémère éternité. Et Quand j'étais un voyou, qui rappelle à ses guitares lestes que Yussef aima Brassens au point de s'appeler Georges. Et jusqu'à cette réappropriation discrète (en piste cachée) de Milord, le fameux cadeau de Moustaki à Piaf. Crotte. Ce disque est un bonheur. J'en ai le goût d'aller à l'Outremont le 9, 10 ou 11 avril, des fois que Moustaki les aurait incluses dans son tour de chant. Pour peu qu'il change d'habit, je crois que je pourrais me convertir.
Classique
Le violoniste Pavel Sporcl est une véritable star dans son pays, capable de mobiliser en faveur de la musique classique des publics de toutes provenances qu'il rallie au panache de son bandana. Sporcl avait déjà gravé pour Supraphon le disque de référence dans le couplage de sonates tchèques enregistré récemment par James Ehnes pour Analekta. Nous avions signalé à votre attention en janvier que la parution de ce Concerto pour violon serait l'un des événements de l'année Dvorák. C'est que nous l'avions déjà écouté, réservant notre commentaire à son arrivée sur le marché au Canada. C'est fait, en ce mois de mars.
Très souvent le Concerto pour violon de Dvorák est alourdi par les interprètes qui lui confèrent une consistance brahmsienne et, ce faisant, une pompe déplacée. L'autre voie interprétative est le panache à tout crin, un espace occupé par Nathan Milstein, notamment dans son premier enregistrement avec Dorati, récemment rééditée par Naxos. Sporcl est, lui aussi, un violoniste étincelant, avec une vraie personnalité et beaucoup de cran. Soutenu par l'excellent accompagnement d'Ashkenazy, et sans rien alourdir, il rend le concerto de Dvorák plus captivant et riche en nuances et en inflexions (sublime passage à 4'18 du 2e mouvement) que Josef Suk, la référence.
Excellente surprise: le disque contient également une vision enthousiasmante du Concerto pour violon de Tchaïkovski dans lequel Sporcl prend tous les risques. Il y a dans cette interprétation quelque chose de viscéral qui accroche l'auditeur, sans jamais tomber dans le funambulisme gratuit. C'est cette franchise et cet aplomb qui permettent à ce disque d'être, après le Concerto pour piano par Aimard-Harnoncourt, le second de «l'année Dvorák» à chambouler l'ordre établi.
Christophe Huss
***
DVORÁK ET TCHAÏKOVSKI
Concertos pour violon
Pavel Sporcl (violon), Orchestre philharmonique tchèque,
direction: Jiri Belohlavek(Tchaïkovski) et Vladimir Ashkenazy (Dvorák).
Supraphon- SU 3709-2
(distribution: Gillmore).
Folk
Après les excellents albums The Unicorns et Shalabi Effect, le label indépendant montréalais Alien8 Recordings revient à la charge avec une autre merveille. Déjà en 2002, Villa Claustrophobia de Tanakh annonçait le retour en force d'un folk libre et quelque peu exotique. Sur Dieu Deuil, le multi-instrumentiste Jesse Poe offre une deuxième parution nettement plus évocatrice. En fait, ces huit nouvelles pièces s'écoutent tel un périple intérieur où la beauté des textes rejoint une instrumentation très subtile. À la manière de Molasses ou encore de Six Organs of Admittance, Tanakh trace les contours d'un néo-folk qui fonctionne grâce à ses nombreuses digressions rythmiques ainsi qu'à ses tonalités délicates. À l'écoute de Lady Eucharist, une voix élégiaque donne l'impression d'un trajet liturgique. Plus inspiré que jamais, Poe et ses musiciens invitent à déambuler dans un monde où la détresse, la résignation, de même que l'émerveillement spirituel se côtoient tour à tour. À certains moments, Tanakh se permet aussi de longues envolées jouissives qui pointent vers le meilleur du rock psychédélique. Une oeuvre intemporelle à l'horizon.
David Cantin
***
DIEU DEUIL
Tanakh
(Alien8 Recordings)
Et puis bon, une fois déballé, mektoub, buvons la coupe jusqu'à la lie, j'écoute le disque. Et m'étonne. Faut bien le reconnaître, c'est joli comme tout, l'arrangement de cordes d'Odéon, premier titre de qualité. Le Promeneur est bien tendre aussi. Moustaki y rabâche sa lubie de liberté, mais il n'a pas tort. Emma, petit air jazzy en hommage amoureux à l'actrice Emma Thompson (avec l'Emma en question lui donnant la réplique), est presque aussi agréable que le duo Dutronc-Hardy chantant Mireille. Je craque, c'est pas Dieu possible. Ce vieux sacripant de Georges est en train de m'avoir au charme. Harmonica faisant l'oisillon, cordes swing, c'est tout ce que j'aime. L'arrangeur Jean-Claude Vannier (Gainsbourg, Jonasz) a fait merveille. Petit testament, chanson d'adieu que l'on ressortira assurément une fois Yussef Mustacchi passé de nirvana à trépas, est bien émouvante, parce que pas trop appuyée sur les lacrymales.
Naturel oblige, tout ne me plaît pas. Ouf, mon dédain est sauf. J'exècre ainsi Le Repenti, donnée moitié reggae, moitié africain: exotisme de pacotille. Mais l'irritation ne dure pas, hélas, j'aime tout le reste: Gardez vos rêves, belle ressuscitée des tout débuts, Petite âme soeur, somptueusement habillée. Et cette valse de petit bal qu'est Éphémère éternité. Et Quand j'étais un voyou, qui rappelle à ses guitares lestes que Yussef aima Brassens au point de s'appeler Georges. Et jusqu'à cette réappropriation discrète (en piste cachée) de Milord, le fameux cadeau de Moustaki à Piaf. Crotte. Ce disque est un bonheur. J'en ai le goût d'aller à l'Outremont le 9, 10 ou 11 avril, des fois que Moustaki les aurait incluses dans son tour de chant. Pour peu qu'il change d'habit, je crois que je pourrais me convertir.
Classique
Le violoniste Pavel Sporcl est une véritable star dans son pays, capable de mobiliser en faveur de la musique classique des publics de toutes provenances qu'il rallie au panache de son bandana. Sporcl avait déjà gravé pour Supraphon le disque de référence dans le couplage de sonates tchèques enregistré récemment par James Ehnes pour Analekta. Nous avions signalé à votre attention en janvier que la parution de ce Concerto pour violon serait l'un des événements de l'année Dvorák. C'est que nous l'avions déjà écouté, réservant notre commentaire à son arrivée sur le marché au Canada. C'est fait, en ce mois de mars.
Très souvent le Concerto pour violon de Dvorák est alourdi par les interprètes qui lui confèrent une consistance brahmsienne et, ce faisant, une pompe déplacée. L'autre voie interprétative est le panache à tout crin, un espace occupé par Nathan Milstein, notamment dans son premier enregistrement avec Dorati, récemment rééditée par Naxos. Sporcl est, lui aussi, un violoniste étincelant, avec une vraie personnalité et beaucoup de cran. Soutenu par l'excellent accompagnement d'Ashkenazy, et sans rien alourdir, il rend le concerto de Dvorák plus captivant et riche en nuances et en inflexions (sublime passage à 4'18 du 2e mouvement) que Josef Suk, la référence.
Excellente surprise: le disque contient également une vision enthousiasmante du Concerto pour violon de Tchaïkovski dans lequel Sporcl prend tous les risques. Il y a dans cette interprétation quelque chose de viscéral qui accroche l'auditeur, sans jamais tomber dans le funambulisme gratuit. C'est cette franchise et cet aplomb qui permettent à ce disque d'être, après le Concerto pour piano par Aimard-Harnoncourt, le second de «l'année Dvorák» à chambouler l'ordre établi.
Christophe Huss
***
DVORÁK ET TCHAÏKOVSKI
Concertos pour violon
Pavel Sporcl (violon), Orchestre philharmonique tchèque,
direction: Jiri Belohlavek(Tchaïkovski) et Vladimir Ashkenazy (Dvorák).
Supraphon- SU 3709-2
(distribution: Gillmore).
Folk
Après les excellents albums The Unicorns et Shalabi Effect, le label indépendant montréalais Alien8 Recordings revient à la charge avec une autre merveille. Déjà en 2002, Villa Claustrophobia de Tanakh annonçait le retour en force d'un folk libre et quelque peu exotique. Sur Dieu Deuil, le multi-instrumentiste Jesse Poe offre une deuxième parution nettement plus évocatrice. En fait, ces huit nouvelles pièces s'écoutent tel un périple intérieur où la beauté des textes rejoint une instrumentation très subtile. À la manière de Molasses ou encore de Six Organs of Admittance, Tanakh trace les contours d'un néo-folk qui fonctionne grâce à ses nombreuses digressions rythmiques ainsi qu'à ses tonalités délicates. À l'écoute de Lady Eucharist, une voix élégiaque donne l'impression d'un trajet liturgique. Plus inspiré que jamais, Poe et ses musiciens invitent à déambuler dans un monde où la détresse, la résignation, de même que l'émerveillement spirituel se côtoient tour à tour. À certains moments, Tanakh se permet aussi de longues envolées jouissives qui pointent vers le meilleur du rock psychédélique. Une oeuvre intemporelle à l'horizon.
David Cantin
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DIEU DEUIL
Tanakh
(Alien8 Recordings)
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