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    Critique spectacle

    «Acadie Rock»: comme un air de tintamarre

    15 juin 2017 | Philippe Renaud - Collaborateur | Musique
    La chanteuse et musicienne acadienne Lisa LeBlanc
    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir La chanteuse et musicienne acadienne Lisa LeBlanc

    Quelle date on est, aujourd’hui, déjà ? C’est que mercredi soir, on se sentait comme un 15 août, fête nationale des Acadiens, avec les drapeaux acadiens qui flottaient sur la place des Festivals, et les musiciens acadiens — une bonne vingtaine ! — qui chantaient pour signifier « qu’on existe le plus fort qu’on peut pour montrer qu’on est encore là », scandait la poète, écrivaine et militante Céleste Godin au début de ce concert exultant de fierté, loin des clichés, près de ses racines qui, à en juger par la foule monstre assistant à l’événement, touchent de près aux nôtres, les rejoignent, au moins en chansons.

     

    Une heure déjà avant le début de ce concert baptisé Acadie Rock et mis en scène par Joseph Edgar, on savait que ce serait un succès. À 20 h, au coin des rues Sainte-Catherine et Jeanne-Mance, les Hay Babies attiraient une foule considérable à leur envoûtant tour de chant qui s’est terminé par ce rappel : hey guys, n’oubliez pas d’aller nous voir juste à côté, ça va être le party.

     

    On les a suivies, vous pensez bien. Les Hay Babies ! Lisa LeBlanc y serait aussi ! Et Radio Radio — Gab et Jacobus en solo chacun, puis réunis en fin de concert — et Joseph Edgar, idéateur de l’événement coprésenté par le Congrès mondial acadien (quinquennal, le prochain aura lieu en 2019), Caroline Savoie, que les Français ont découverte avant nous à « Ze voice » en 2014, Les Hôtesses d’Hilaire… La place des Festival débordait jusque sur Sainte-Catherine au sud, s’il fallait toujours une preuve que l’Acadie nouvelle avait trouvé un public chez nous.

     

    C’est justement avec les Hay Babies et leur Motel 1755, superbe chanson rock des grands chemins, que le party a commencé à lever, une vingtaine de minutes après le début du spectacle, cérémonieusement lancé par Marie-Jo Thério. En tout honneur, d’ailleurs : nous conviant à nouveau au Café Robinson avec la passion qu’on lui connaît, l’auteure-compositrice-interprète (qui se fait trop absente sur nos scènes) rappelait que cette nouvelle vague de musiciens acadiens qui déferle chez nous lui doit beaucoup. La première à chanter l’Acadie moderne, au tournant du siècle. Sept ans plus tard, Radio Radio débarquait avec son rap savoureux, fracassant ce qui pouvait rester de l’image qu’on avait de la musique de ce coin de pays maritime.

     

    Donc, après les Hay Babies, voilà qu’arrivent en trombe Les Hôtesses d’Hilaire et son hirsute chanteur Serge Brideau dans sa robe démodée nous balançant Fait faillite sur un groove rock décalé – imaginez Aut’Chose, mais avec Cayouche à la place de Lucien. Brideau avait toujours rêvé de faire le Centre Bell, disait-il, il a maintenant la scène Bell juste pour lui, « avec encore plus de monde». «Es-tu fier de moi, mommy ? »

     

    Après, le feu roulant : Lisa LeBlanc, sourire fendu jusqu’aux oreilles, armée de Ma vie c’est d’la marde, qui se suffisait à sa voix, son banjo, et des milliers de fans la relayant au couplet. Rompue aux grandes foules, Lisa, depuis le temps. On ne l’avait pas vue aussi ricaneuse sur scène, heureuse d’être là avec les siens et nous. Elle est restée pour une endiablée et puissante version de Motels, Edgar l’a rejointe, puis ils se sont offert la chanson Horizon du metteur en scène. Percutant.

     

    Cette soirée fut aussi l’occasion de prouver qu’il reste encore du talent à extraire de cette Acadie alors que nous découvrions le chansonnier rock Pierre Guitard, que nous mesurions la puissance des voix d’Amélie Hall (entendue plus tôt en duo avec Edgar, dans une inédite au texte plus intéressant que la mélodie et les arrangements) et de Caroline Savoie, et surtout du phénomène Menoncle Jason. La vieille âme country à même pas 25 ans. Sapé comme un Gram Parsons tout juste sorti d’une visite chez son tailleur, le complet trois-pièces gris, chemise blanche, noeud pap’ noir, chapeau de cowboy, lunettes givrées roses, le look pour aller avec sa superbe voix de desperado western revenu des années 1970, nous a offert un medley de chansons de son album Dans son prime, paru l’hiver dernier. Trop peu, juste assez pour nous convaincre d’aller le voir la prochaine fois.

     

    Les nouvelles stars acadiennes, Lisa, les Babies, Edgar, Radio Radio, sont toutes revenues pour la dernière ligne droite de la soirée, mais non sans un délirant hommage au poète Gérald Leblanc (qui fut aussi parolier pour 1755 et Marie-Jo Thério) intitulé Tarzan, récité par son flamboyant ami poète Jean-Paul Daoust. La soirée avait commencé doucement, mais s’est terminée avec le party promis. Mercredi soir, c’était le 15 août à Montréal.













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