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    Fil d’Ariane sur toile dématérialisée

    Odile Tremblay
    15 juin 2017 |Odile Tremblay | Musique | Chroniques

    J’avais envie de parler avec Ariane Moffatt parce que dans le monde de la chanson pop québécoise, elle s’engage. On entend d’autres voix percer l’agora, sauf que la sienne résonne partout. Autant l’écouter.

     

    Dimanche au spectacle de clôture des FrancoFolies, l’auteure compositrice se produira avec le collectif féminin Louve, histoire de démontrer à quel point les filles musiciennes savent casser la baraque.

     

    « C’est Laurent Saulnier [à la tête des Francos] qui m’avait demandé de rassembler ces louves-là il y a quatre mois, me dit-elle. Juste des filles, avec des invitées surprises. Une vingtaine en tout. »

     

    Ça la grise. « Plus j’avance dans la vie, plus j’apprécie la force dégagée par l’énergie collective », dit-elle.

     

    Ariane Moffatt avait cosigné début juin la lettre des 35 musiciennes dénonçant le sexisme et la sous-représentation des femmes dans leur profession. Elle vous dira que la jeune génération, les soeurs Boulay entre autres, pousse celle du dessus vers un meilleur équilibre des sexes.

     

    Chanson de A à Z

     

    Son premier album Aquanaute sortait en 2002. Le temps de voir l’industrie musicale se désatomiser sous le chamboulement des règles du jeu. D’où son initiative du laboratoire éphémère le Studio Bell, ayant pignon sur rue durant les FrancoFolies.

     

    De fait, dans le four de la place des Festivals, on grimpe l’escalier d’une structure biscornue pour apercevoir derrière une vitre des musiciens (dont Ariane Moffatt, Jérôme Minière, José Major, Safia Nolin, Fred Fortin, mais ça change aux deux jours) en train de répéter ou d’enregistrer des chansons bientôt accessibles sur le site des Francos.

     

    En ces temps de dématérialisation donc, elle voulait inviter le public à assister au processus de création, avec des vrais compositeurs et musiciens fabriquant des chansons de A à Z. Du coup, son groupe s’est nourri du bruit du festival et de l’énergie de la foule. « La création passe par l’échange, dit-elle. Et l’environnement était tellement bruyant. On a fait une toune sur cette vibration-là. »

     

    Durant la canicule, les curieux se massaient-ils si nombreux devant le studio vitré ? Ariane Moffatt rit, parle de zoo fréquenté avant tout sur la Toile : « On peut voir les musiciens au travail sur le site des FrancoFolies. Ce laboratoire est aussi un jeu qui témoigne du métier. »

     

    Hors spectacle, il est vrai que l’image d’un musicien soufflant dans sa flûte ou enfonçant les touches du piano s’efface de l’imaginaire collectif. Jamais tant de contenu musical n’aura été accessible à la vaste audience, jamais ses mécanismes moins bien compris.

     

    Quinze ans de crise

     

    La musique est en crise existentielle depuis l’avènement des nouvelles technologies à la fin des années 1990 et au début du millénaire. Côté public, rares sommes-nous à goûter le contact du CD et, pour les collectionneurs, celui du disque vinyle. En 2016, les téléchargements dépassaient en popularité les supports matériels aux États-Unis. Le reste de la planète suit : 112 millions d’abonnés à l’immatérialité musicale en ce vaste monde ; des chiffres en crescendo.

     

    Les tubes qui passaient jadis à la radio en créant le buzz pour tous, se nichent mieux en ligne où les amateurs s’interconnectent. Pas toujours faciles à atteindre, ceux-là… Surtout quand la gratuité de YouTube court-circuite les notions de redevance. Des voix contestent la nécessité de préserver des quotas de chansons francophones à la radio, sous pareille mutation. C’est dire…

     

    En temps de crise, chacun se bat pour l’assiette au beurre : les francophones, les femmes, les minorités, les étrangers, les débutants, les seniors derrière les chansons à texte négligées. En marge des FrancoFolies, bourdonnent les doléances de bien des camps.

     

    Chose certaine, pour Ariane Moffatt, le temps de rager contre la domination anglo-saxonne est révolu : « Mieux vaut garder en santé l’écosystème francophone, estime-t-elle. On a une industrie solide de la chanson québécoise qui fait l’admiration des Français. Si un artiste sort un album bilingue, c’est à double tranchant, mais il faut être assez grand pour accepter la cohabitation. Moi aussi, j’écoute des chansons en anglais… »

     

    La Toile a beau propulser des artistes, au plan financier, rien ne va plus. « On n’est pas subventionnés à 100 %, proteste Ariane Moffatt. Ça prend des pochettes pour les albums. La musique coûte cher à produire. J’ai appris à varier le menu, à me balader entre La Voix, l’image, le spectacle, le studio, mais les nouveaux venus savent à peine qu’on peut vivre de cet art-là. »

     

    Ajoutez un partage des recettes en ligne favorisant peu ou prou des intermédiaires de l’industrie au détriment des créateurs. Ariane Moffatt voit dans l’autogestion une piste d’avenir. « Un créateur de musique doit être son gérant, son producteur, son graphiste. On a intérêt à devenir autosuffisants, à encourager les regroupements d’artistes. Sinon, ce n’est pas YouTube qui va nous aider… »













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