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    Critique spectacle

    Deux concerts (gratuits) pour le prix d’un

    13 juin 2017 | Philippe Renaud - Collaborateur | Musique
    Yann Perreau a interprété plusieurs succès de son répertoire, dont «J’aime les oiseaux».
    Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Yann Perreau a interprété plusieurs succès de son répertoire, dont «J’aime les oiseaux».

    « Habituellement, ces chansons sont là pour mettre le feu, pour mettre du bois dans le poêle, a lancé Yann Perreau au début du concert. Mais là… il fait chaud ! » Après ce printemps exécrable, qui s’en plaindra ? Presque 30 degrés Celsius en ce lundi soir liquéfiant durant lequel le chanteur a dû tirer l’oreille des fans éparpillés sur le site des FrancoFolies pour finalement les rallier à ses pieds et livrer la fête promise, mais non sans peine, en compagnie de ses invités Laurence Nerbonne, Philippe Brach et Pierre Kwenders.

     

    Commençons par la fin, si vous le voulez bien. Ou l’apothéose, devrions-nous plutôt écrire : J’aime les oiseaux, peut-être le plus grand succès du répertoire de Perreau, en tout cas, le plus récent, totalement transfiguré par cet orchestre de quatre musiciens qui aurait bien pu voler la vedette si Perreau n’avait pas été l’interprète endiablé et totalement investi dans ses performances qu’il est. Une bête de scène, réellement.

    Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir
     

    Après le deuxième couplet, donc, la chanson part en vrille : pulsions house de plus en plus marquées, ce qui a pour effet de faire sortir le claviériste de ses gonds, et le voilà expulsant des sons denses et acides en crescendo comme si nous étions à une grande fête techno extérieure. Les trois invités de la soirée rejoignent alors Perreau sur scène pour chanter et danser eux aussi et, devant eux, la place des Festivals fait des vagues, comme dans une boîte de nuit sur le point d’exploser.

     

    L’énergie contagieuse, la manière novatrice d’apprêter le succès, c’était un moment fameux. On en aurait pris d’autres, c’est tout là le problème. Non pas qu’on se soit ennuyés, le diable de Perreau serait incapable de nous le faire subir, mais il y avait quelque chose qui clochait dans le rythme. Comme si nous avions assisté à deux concerts différents, un premier plus introspectif, plus près de la sensibilité des mots de Perreau, et un second comme un jamboree avec les amis.

    Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir L'arrivée de Philippe Brach a marqué une rupture avec tout ce que Perreau tentait d’établir durant la première moitié du concert.
     

    La soirée avait pourtant impeccablement commencé, avec notre hôte rendant hommage à feu Leonard Cohen, valsant sur Dance Me to the End of Love, une révérence d’autant plus bienvenue qu’aucun grand événement commémoratif (hormis le concert organisé au Rialto par les gens de POP Montréal) n’a encore été annoncé en sa mémoire. Vite, Perreau a enchaîné avec le rock bien carré de Baby-boom, puis avec Barcelone, rendue avec intelligence par ce brillant orchestre qui habillait la chanson avec les costumes dance-punk inspirés de ceux de LCD Soundsystem.

     

    Ça, c’était l’autre grande force du concert — la première étant cette indéfectible joie de vivre pour chanter qu’affiche si naturellement Perreau : la façon de rendre moderne et croustillant le répertoire chansonnier (et assez classique dans sa forme) de l’auteur-compositeur. La ballade Mon amour est un loup a réussi à nous laisser un souvenir par son groove électronique langoureux et frais. Sur Conduis-moi, qui suivait, l’orchestre reproduisait avec justesse un rythme dub entêtant, alors que Perreau s’égarait dans la foule en portant sur son dos une caméra vidéo — ça devrait faire joli pour la captation télé, mais l’artifice a inutilement allongé la chanson.

    Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Yann Perreau a partagé la scène avec Pierre Kwenders, lundi soir.
     

    Bref, nous étions alors plongés dans cet univers tout en demi-teintes, en nuances de gris et de couleurs éclatantes, de chansons douces classiques et de rock énergique, jusqu’à ce qu’arrive Philippe Brach — rebaptisé par Perreau « Fou-Brach » — venu rapper un couplet de Le bruit des bottes. L’arrivée de l’invité signalait le début du deuxième concert, en rupture avec tout ce que Perreau tentait d’établir durant la première moitié. Tant pis, suivons-les quand même : Brach a pris le temps de chanter l’une des siennes (Bonne journée), puis Laurence Nerbonne, qu’on avait aperçue durant Baby-boom, est réapparue pour À l’amour et à la mer. À son tour, elle a offert l’imparable succès estival Montréal XO (avec Perreau à la batterie).

     

    Enfin, l’apparition de Pierre Kwenders pendant une lascive et très rythmée Faut pas se fier aux apparences s’est avérée l’un des moments forts du concert. Avec des mots dont lui seul connaissait la signification, il a possédé la chanson de Perreau, qui prenait un franc plaisir à partager ce puissant moment avec lui. Sans s’essouffler, Kwenders a enchaîné avec sa version — son remix ! — du vieux succès Ani Kuni, tribale à souhait, ouvrant toutes grandes les portes à la finale électronifiée. En sueurs, du début jusqu’à la toute fin, nous étions.













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