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    Critique spectacle

    Un gros gala Juste pour rire avec des chansons dedans

    18 mai 2017 |Sylvain Cormier | Musique
    Accompagnée par les Porn Flakes, Ariane Moffatt a lancé le «party».
    Photo: Livetoune Accompagnée par les Porn Flakes, Ariane Moffatt a lancé le «party».

    Un peu de Wagner pour commencer ? Si on voulait signifier ainsi que ça allait être formidable, imposant, une vraie de vraie grosse affaire que ce Bonne fête Montréal, on a compris le message : ce n’est pas du Philippe B, disons. Rien que la grande roue et le manège à chevaux de bois, flanquant la scène, en jettent plein la vue. Pas de chance à prendre : Lohengrin en renfort ! Po-po-po-pom ! Comme les Beatles quand ils dévalent les pentes autrichiennes dans le film Au secours ! (Help !). Même air de grandes pompes, donné par l’Orchestre métropolitain dirigé par Yannick Nézet-Séguin. Po-po-po-pom !

     

    Le rapport avec Montréal échappe un peu, mais bon. Qui s’en soucie quand il s’agit d’impressionner à tout prix les milliers de spectateurs qui ont dûment payé leur place : c’est quand même le seul événement privé de cette journée officielle de célébrations du 375e anniversaire de la fondation de Montréal. Faut justifier l’exception, pendant que l’on fête dans le Vieux-Port et que l’on illumine le pont Jacques-Cartier. Tous les moyens sont bons pour ce spectacle collectif présenté au Centre Bell le jour même où le Sieur de Maisonneuve et Jeanne Mance prirent officiellement possession de cette grande île que les autochtones dépossédés appelaient Hochelaga (un peu comme maintenant, où les natifs de Hochelaga-Maisonneuve sont délogés par des hordes de copropriétaires de condos sans vergogne).

     

    L’esprit RBO

     

    Le monologue d’ouverture de Guy A. Lepage est évidemment épatant, grinçant, décapant : l’esprit RBO — ne rien céder au bon goût, n’épargner personne — s’avère intact et toujours aussi dangereusement drôle. Slogans de circonstance proposés par Guy A. : « Parcomètres chez nous ! » ; « Montréal, ça vaut les détours ! », et ainsi de suite. C’est pas mal plus efficace que du Wagner, et montréalocentriste à souhait. Gag sur le labyrinthe de sens uniques du Plateau, ce ton-là.

     

    Accompagnée par les Porn Flakes — le groupe maison de la soirée — Ariane Moffatt part le party avec la chanson que vous pensez : mais non, pas Farine Five Roses. Oui, son reggae, Montréal. Qui vire rap et multiculturel plus que naturellement. Les Dead Obies suivent, « directement de Montréal-Sud », pendant qu’on voit sur le grand écran un film en noir et blanc des années 1950 où tout le monde est blanc pâle : contraste voulu, j’imagine. Mesure du chemin parcouru.

     

    Le ténor Étienne Dupuis vient pousser Nessum Dorma, avec l’Orchestre. On se demande bien pourquoi. Personne n’a pensé à inclure une pièce d’André Mathieu ? En fait, il y a une raison : pendant le morceau qui se veut noble et majestueux, le grand écran alterne cônes orange et nids-de-poule. Gag par contraste : ça rit beaucoup dans le Centre Bell. Le spectacle est une production de Juste pour rire, ceci explique cela. En vérité, cette soirée est un gros gala Juste pour rire avec des chansons dedans. Et Montréal, accessoirement.

     

    Marie-Mai chante À bout portant, et ça porte. L’humoriste français Gad Elmaleh imite « l’accent québécois », fait l’étalage de sa québécitude et ça cartonne aussi. « Montréal, c’est un petit peu la famille… Les plus belles femmes du monde sont à Montréal… Je suis célibataire… » Ce ton-là. Guy A. salue les sinistrés des récentes inondations, invités gratuitement. Leur cadeau ? Michel Louvain, chic et en voix, aligne Les nuits de Montréal, Un jour, un jour, La Ronde, avec Guy A. et les choristes (Kim Richardson, Lulu Hughes, etc.). « Vous êtes un vestige de notre ville », lui dit Guy A. façon Guy A. Et c’est à Guy A. qu’il revient de chanter un peu de Beau Dommage, faute de Beau Dommage réuni pour l’occasion : Le blues d’la Métropole, Tous les palmiers. S’y accroche la finale sing-along d’Un musicien parmi tant d’autres, d’Harmonium. Un peu expédié, ce numéro.

     

    La Bronze ? Décidément, on veut faire plaisir à tout le monde, dans ce spectacle. Tout se veut inclusif, et La Bronze entonne l’hymne d’Yvon Deschamps, Aimons-nous, avec Martha Wainwright, Ariane Moffatt et Lyne Fortin. La première partie ne finit pas là-dessus, en toute logique ? Mais non : revoilà Marie-Mai, la championne du Centre Bell. On se demande pourquoi Ariane revient après Marie-Mai. Ah ! J’ai compris : la chanson s’intitule Debout. Exprès pour que les 11 617 spectateurs se lèvent. Mais ils ne sont pas nombreux à suivre la consigne du concept : passer ici après Marie-Mai, c’est aller au casse-pipe. Entracte.

     

    La diversité extrême

     

    Ça repart en pétard mouillé. Les Dead Obies ne sont pas devant leur public, et il faut attendre Louis-José Houde pour que ça se passe. Cette foule est très familiale, pas trop multiculturelle : le public de Marie-Mai, de Louis-José. Le monologue de l’animateur attitré du gala de l’ADISQ relève de l’orfèvrerie : contrôle parfait des mises en contexte et des chutes. Constat : la partie humoristique du spectacle est la plus gagnante. Eh ! Spécialité de la maison. Connaît-on autant la tribu des McGarrigle-Wainwright ? Non, de toute évidence. Mais La complainte pour Sainte-Catherine n’est pas moins irrésistible et chaleureuse. Ces harmonies ! Anna McGarrigle, Martha et Rufus Wainwright, ensemble, c’est tout simplement beau. À chérir. La chanson de Martha, très inconnue, passe tout droit : dommage.

     

    Il faut du Leonard Cohen — oui, Hallelujah — pour rattraper le coup. Moment de grâce, avec toutes les chanteuses : Lulu Hughes et Kim Richardson saisissent la jugulaire. Et le choeur est immense. N’empêche que c’est la séquence disco qui fait lever ce Centre Bell. Kim Richardson et l’Orchestre se lancent dans le MacArthur Park de Jimmy Webb, une chanson sans lien montréalais mais en version Donna Summer, et ça réagit très fort. Et ça permet aux danseurs de danser. Qui se formalise que ce soit hors sujet ? Les gens obtiennent le party attendu, Marie-Mai offre Hot Stuff, et ainsi de suite. You Should Be Dancing. I Will Survive. Enough Is Enough. Bad Girl. Jusqu’à Guy A. qui, de son falsetto le plus madame Brossard de Brossard, y va de Stayin' Alive. Et tout le monde est content. Ovation. Bonne fête New York ?

     

    On revient en ville pour la salve finale. Après quelques gags acérés de Guy A., Laurent Paquin en Denis Coderre fait son numéro (facile, mais très gagnant), et puis se succèdent les incontournables : Robert Charlebois reprend Fu Man Chu, Diane Dufresne revisite Le parc Belmont, Rufus Wainwright éblouit avec Going to a Town, et tout le monde est là pour… Je reviendrai à Montréal. Pas besoin de Wagner quand on sort nos propres gros canons.













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