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    France

    La musique classique entre à l’Élysée

    Contrairement à ses prédécesseurs, le nouveau président français, Emmanuel Macron, est un féru de musique classique

    17 mai 2017 |Christophe Huss | Musique
    Emmanuel Macron a pris le temps de rendre visite à la classe orchestre de l’école primaire Victor Hugo d’Avallon lors de sa campagne présidentielle, le 23 mars dernier.
    Photo: Éric Feferberg AGence France-Presse Emmanuel Macron a pris le temps de rendre visite à la classe orchestre de l’école primaire Victor Hugo d’Avallon lors de sa campagne présidentielle, le 23 mars dernier.

    Le nouveau président de la République française, Emmanuel Macron, est le premier chef d’État de la Cinquième République nourri d’une véritable culture de la musique classique. Il l’a largement prouvé dès la journée de passation des pouvoirs.

     

    Dimanche 14 mai 2017 : Emmanuel Macron entre solennellement dans la salle des Fêtes du Palais de l’Élysée et fait face à Laurent Fabius, président du Conseil constitutionnel, chargé de proclamer les résultats officiels de son élection à la présidence.

     

    Mais quelle est cette musique à la fois pompeuse et joviale jouée par l’Orchestre de la Garde républicaine ? Il s’agit des Lauriers de Cyprès et Lauriers de Camille Saint-Saëns, oeuvre composée en 1919, dédiée au président de l’époque, Raymond Poincaré, pour célébrer la fin de la Première Guerre mondiale.

     

    Est-ce pour réveiller cette « France qui doute d’elle-même », à laquelle le nouveau président s’est adressé (entre autres) dans son discours d’investiture, que l’on entend ensuite l’ouverture d’Orphée aux enfers d’Offenbach ? Ne pas se retourner ; regarder de l’avant ! Avec Emmanuel Macron, rien n’est laissé au hasard. Expliquer la 5e danse hongroise de Brahms et l’« Air du champagne » de Don Giovanni de Mozart est plus difficile. Pour Mozart, probablement, l’esprit des Lumières qu’Emmanuel Macron invoque si souvent.

     

    En fin de cérémonie, l’Apothéose de la Symphonie funèbre et triomphale d’Hector Berlioz a tout son sens. Elle souligna en son temps le dixième anniversaire de la révolution de juillet 1830 et fut jouée pour l’inauguration de la colonne de la Bastille.

     

    Des littéraires au mélomane

     

    Par son goût pour la musique classique, Emmanuel Macron, qui a fait 10 ans de piano et a obtenu un 3e prix du conservatoire d’Amiens, se démarque de ses prédécesseurs, au profil avant tout littéraire.

     

    On ne connaît pas d’intérêt musical particulier de la part du général de Gaulle et de Georges Pompidou, ce dernier étant surtout un grand amateur de poésie. Valéry Giscard d’Estaing, qui jouait alors du piano et de l’accordéon, est nettement plus sensible à la musique, contrairement à François Mitterrand, immergé dans la littérature tant et si bien qu’il en fut un véritable personnage.

     

    Jacques Chirac, assez réfractaire à la musique, qu’il n’aime, persiflait-on, que militaire, cachait bien son jeu. Chirac est une véritable sommité sur les arts premiers et la culture orientale, japonaise notamment. Quant à Nicolas Sarkozy et François Hollande, ils aiment, semble-t-il, la chanson française.

     

    Le président Macron, qui donne des entrevues en récitant Molière dans le texte, n’a pas tardé, par divers signes, à ancrer sa fonction dans l’histoire et à déconnecter son tempo présidentiel du rythme du temps. Il n’a certainement rien contre le dernier spectacle de Johnny Hallyday à Bercy, mais ses références musicales, insoumises aux modes et aux trépidations, ont des racines profondes. Dans un entretien à ClassiqueNews.com le 4 avril, Emmanuel Macron déclarait : « J’ai une grande admiration pour Rossini. Il occupe à mes yeux une place essentielle dans l’histoire de la musique. Sa liberté, sa propre vie et son génie m’ont toujours impressionné. Il a sorti l’opéra de son carcan en offrant une liberté nouvelle à la voix : il a totalement réinventé le chant lyrique. Du Barbier au Voyage à Reims en passant par La Cenerentola, il a créé un style irrésistible — mais je suis sensible aussi à ses opéras sérieux, comme Moïse ou Maometto II, qu’on donne si rarement.

     

    Dans un tout autre genre, j’accorde un prix tout particulier à Bach. […] J’entends moins une froideur mathématique qu’un discours musical charriant toutes les émotions possibles. Bach est un passeur entre plusieurs mondes, indéfinissable et génial.

     

    Comme vous le savez peut-être, je suis particulièrement sensible à la musique pour piano — j’en ai moi-même beaucoup joué et tente d’en jouer encore dès que j’ai le temps. L’oeuvre de Schumann occupe une place à part : elle porte des images et des sentiments que je ne trouve nulle part ailleurs, avec une variété de tons unique. »

     

    On ne s’étonnera donc pas de voir celui qui était alors le candidat Macron, déclarer, au diapason de ce qu’écrivait Jean-François Nadeau ici même dans nos pages il y a quelques mois : « Ce ne sont pas la musique classique ou l’art lyrique qui sont élitistes : ce sont les usages que nous en avons faits. Tout devra être mis en oeuvre pour lutter contre les cloisonnements qui peuvent affecter le spectacle vivant, et en particulier la musique classique et l’opéra. […] Des jeunes qui ne sont jamais allés à l’opéra pourront, grâce aux actions de sensibilisation et d’accompagnement, s’imprégner davantage de musique classique et, pour certains, développer une vraie passion. »

     

    Si l’élection tranche par rapport à celles que le monde a connues ces derniers mois, le discours aussi !













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