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Festival international de jazz - Il a fait trop beau

Le 23e FIJM a engrangé des surplus pour l'avenir malgré une légère baisse d'affluence

Sylvain Cormier   9 juillet 2002  Musique
«Aaah!», a fait le président Alain Simard au micro pour signaler le début de la conférence de presse-bilan du 23e Festival international de jazz de Montréal, après s'être envoyé le plus théâtralement possible une saine gorgée d'eau embouteillée derrière la cravate. Derrière rien du tout, en fait: Alain Simard est un président qui se veut décontracté même s'il est toujours un peu énervé, d'où l'éternel look de vacancier qu'il arbore.

Pomme d'Adam à l'air. «Ça fait du bien de boire de l'eau parce qu'on a eu chaudÉ» Cela dit avec l'oeillade complice de rigueur: personne n'a ri parce que c'était quand même lundi matin et qu'on était de retour à la salle de presse du Wyndham pour se faire causer chiffres. Chiffres record, comme toujours?

Eh ben justement non. C'était le message sous-jacent. Avec 1 650 000 festivaliers homologués «par la firme indépendante Descaries et complices», il appert que non, le FIJM n'a pas battu de record cette année. Il y a eu bel et bien moins de monde que l'an dernier, a-t-on admis, en ajoutant qu'il y avait eu l'an dernier plus de monde que jamais. Pourquoi la baisse d'affluence? Because la canicule. D'où la rasade du début. Bon sang mais c'est bien sûr, ah ah, très bon le coup du verre d'eau. Et Simard d'évoquer ces après-midis au plus fort de la vague de chaleur, où il n'y avait pas même un Mexicain basané avec un sombrero sur le nez en guise, en guiiiise, en guiiiiise, de parasol. «Le soir du grand événement, il était 20h et il n'y avait encore à peu près personne sur l'esplanade.» Il en vint finalement quelque 115 000: Simard a dûment noté la distribution gratuite des bouteilles d'eau. «On a eu chaud», a-t-il commenté. Dans les deux sens.

Et puis c'est pas tout. Si la «remarquable» programmation en salle s'est soldée par 57 spectacles présentés à guichets fermés, les hôtels, eux, n'ont pas affiché complet. C'est la faute aux Américains, a confirmé Simard, terrés chez eux depuis le 11 septembre. «Moins de gens sont venus par avion, plus par train», a-t-il nuancé. Désistement (relatif) qui n'a pas empêché le FIJM d'engranger un surplus «évalué à 300 000 $». La prochaine programmation de la série Jazz à l'année en bénéficiera: plus de 20 spectacles sont prévus. Une tranche de 100 000 $ grossira le «fonds de capitalisation» du futur Club de jazz, que l'on souhaite ouvert à temps pour la surboum du 25e anniversaire. Dès l'an prochain, pour peu que les travaux avancent, Simard croit qu'il y aura une «surface aménagée» sur le site du futur Parc des festivals.

Avec un peu moins de chiffres sur lesquels valser (15 % d'augmentation des ventes sur le site, 30 % plus de détenteurs de la Carte des amis du festival, 100 000 $ en moins à la billetterie), Simard et compagnie se sont rabattus sur leurs coups de coeurs. Le directeur artistique André Ménard a «retenu ses larmes» à l'hommage à Piazzola de Richard Galliano, la coordinatrice à la programmation Johanne Bougie a vu en Sarah-Jane Morris «une Janis Joplin 2002 en version sobre», le vice-président à la programmation Laurent Saulnier n'oubliera pas de sitôt un Daniel Lanois «magistral d'un bout à l'autre» (moi non plus, d'ailleurs), le directeur adjoint à la programmation extérieure Dan Behrman est officiellement fada de Peter Finger, et Simard lui-même a qualifié d'«historique» la version de Take Five avec Toots Thielemans, Jim Hall et Angèle Dubeau en finale du spectacle des 80 ans de Dave Brubeck. «Chucho Valdès était en coulisse, rien que pour voir les mains de BrubeckÉ», a-t-il relaté, notant au passage qu'il travaillait avec le pianiste depuisÉ 1974. «Ça ne nous rajeunit pas», a-t-il souri, toupet Beatles bien en place.

Avant la vénérable 25e édition, ses retrouvailles et ses rétrospectives, il faudra bien passer par la 24e: elle aura lieu du 26 juin au 6 juillet 2003, et l'on y retrouvera Dee Dee Bridgewater, la famille Marsalis au grand complet, ainsi que le cher Ibrahim Ferrer, alumni du projet Buena Vista Social Club, a-t-on annoncé. Les 50 ans du décès de l'illustre guitariste manouche Django Reinhardt seront évidemment soulignés: au FIJM, on ne rate jamais un anniversaire.

Ni un clin d'oeil. «Drelin-drelin», a retenti le cellulaire d'Alain Simard en fin de conférence de presse. C'était Jean Leloup. Dans moins de dix jours, le site sera à nouveau aménagé par la même organisation, cette fois pour les FrancoFolies de

Montréal.
 
 
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