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    Faites place à Jonathan Savage!

    5 mai 2017 |Sylvain Cormier | Musique
    Ça fait une bonne dizaine d’années qu’il se débrouille en marge de la marge, Jonathan Savage. Ce troisième album est son meilleur.
    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Ça fait une bonne dizaine d’années qu’il se débrouille en marge de la marge, Jonathan Savage. Ce troisième album est son meilleur.

    Achetez Appalaches et Hochelaga, le nouvel album de Jonathan Savage. A-CHE-TEZ CE DISQUE. Je peux répéter ces mots jusqu’en bas de cette colonne si vous voulez. Marteler le message, l’imposer coûte que coûte, that’s the way to do it. De nos jours, il faut appuyer très fort son appui, dans l’océan des j’aime et des j’adore. Le faire savoir à pleins poumons. Le hurler sur les toits. À l’ère des Spotify et consorts, un artiste méconnu, pour ainsi dire hors du système et loin de La voix, peut passer complètement inaperçu s’il n’y a pas un bruit tonitruant pour le distinguer de la foule des aspirants. Il y a toujours eu mille raisons et détours du destin qui font ou défont le succès d’un auteur-compositeur-interprète, si valeureux soit-il, mais le caractère aléatoire du destin de l’artisan tient aujourd’hui de la loterie.

     

    Ça fait une bonne dizaine d’années qu’il se débrouille en marge de la marge, Jonathan Savage. Ce troisième album est son meilleur, mais pas de si loin son meilleur. Faux prophète, paru en 2006, alors qu’il sortait à peine de l’École nationale de la chanson, se situait déjà bien au-delà de la moyenne, au moins aussi valable que le premier disque d’un Damien Robitaille, issu de la même fournée (ils sont copains, et Damien sera d’accord). En 2010, l’écriture et les musiques se détachaient plus que jamais du lot, mais qui a vu passer son deuxième disque, Le très honorable Jonathan Savage ?

     

    « Peut-être que je ne suis pas le meilleur vendeur de moi-même, en tout cas hors de la scène », offre en tentative d’explication le Gaspésien d’origine, qui a son petit chez-lui à Montréal depuis 1996 (d’où le titre du nouvel album : Appalaches et Hochelaga). « Je porte assez bien mon nom, je pense. Je suis assez sauvage, pas méchamment. C’est difficile pour moi d’approcher les gens du métier. » Dans ses spectacles, si l’on ne trouve pas toujours ses disques à la table en entrant, c’est parce qu’il « les oublie tout le temps ». Le nouvel album est disponible sur Bandcamp.

     

    Enlève des trompettes, ajoute des trompettes

     

    Ce coup-ci, Jonathan s’est entouré. Pour le pistage radio, pour intéresser des diffuseurs. Et c’est une équipe d’élite qui joue avec lui sur le disque : José Major (qui a tout arrangé et réalisé), Philippe Brault, Alex McMahon, Joseph Marchand, Andre Pananicolaou, d’autres encore. Et des cuivres, le grand luxe ! Plus j’énumère, plus il sourit. « J’ai été chanceux, finalement ! » Chanceux dans sa malchance, le cliché s’applique. Tout s’est joué en décembre dernier. MusicAction a dit non, c’était mal parti. « On s’est dit qu’on allait se calmer sur les trompettes ! » Cinq jours plus tard, lettre de SoundExchange, l’organisme qui s’occupe à travers la planète des droits pour les diffusions en numérique : on avait de l’argent pour lui. « Je ne savais même pas que j’existais dans le monde numérique. Je m’attendais à trois dollars et demi, de quoi m’acheter un pain. J’ai reçu 5000 $ ! US ! Pour deux chansons ! À mon moi et Je suis saoul sous la table ! On a remis un peu de trompettes »

     

    Allez comprendre. Y a rien à comprendre : une chance à saisir, voilà tout. Et des chansons absolument remarquables à faire connaître. Les anciennes et les nouvelles. Souvent, des textes arrache-coeur mais décalés. Dans Laura, par exemple : « Je n’vendrai jamais mon âme / Mais je pourrais la louer / Ça peut te paraître infâme / Mais l’alouette est plumée ». Un peu Dédé Fortin, un peu Desjardins dans l’art de dire le mal-être de l’humanité. « Triste comme la pluie l’hiver / Comme la mort au printemps / Je n’sais pas depuis quand, je n’suis jamais content / Le sort du monde me pèse lourd en dedans » (Avec l’année qui finit). Ce ton-là, et des chansons plus ironiques pour équilibrer, dont la très chouette J’étais électrique (même avec une guitare acoustique).

     

    « J’ai pas mal lâché prise sur mes ambitions de carrière », avoue Jonathan. Manutentionnaire le jour, il transporte le courrier de gratte-ciel engratte-ciel. « Quand je me dégage un samedi ou un dimanche d’écriture de chansons par mois, je suis content. » Renoncer à la grande percée l’a « libéré ». « Je suis heureux quand j’ai une nouvelle chanson, heureux quand j’ai vingt minutes sur scène comme l’autre jour [en première partie de l’ami Damien, au Club Soda]. J’en tire le maximum. Et pour l’album, je pense qu’avec José et tous les merveilleux musiciens, on a été au bout. » Après, c’est advienne que pourra. Et si ça advenait ? « Chanter, c’est boxer. Tu tapes dans un sac. Quoi qu’il arrive, ça te fait du bien. Ça sort de toi ce qu’il y a à sortir. Ça vaut la peine. » Jonathan Savage n’est pas l’homme du knock-out. « Je fais des chansons, je les chante quand je peux, je les sors tôt ou tard. C’est un besoin. » Et si on avait précisément besoin de ses chansons ? Encore faut-il qu’elles se rendent. Je le répète?: achetez ce disque.

    Appalaches et Hochelaga
    Jonathan Savage, Indépendant












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