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    Le foisonnement musical de Montréal

    18 avril 2017 | Sandria P. Bouliane - L’auteur est musicologue et chercheuse au Centre de recherche interuniversitaire sur la littérature et la culture québécoise de l’UQAM | Musique
    C’est dans le quartier Saint-Henri que l’Américain d’origine allemande Emile Berliner fait construire en 1908 son usine de gramophones et son studio d’enregistrement. 
    Photo: Courtoisie du Musée McCord C’est dans le quartier Saint-Henri que l’Américain d’origine allemande Emile Berliner fait construire en 1908 son usine de gramophones et son studio d’enregistrement. 

    La place de Montréal dans le monde de la musique et de la culture au Québec n’est plus à faire. La densité de sa population, l’abondance de ses ressources et son rôle socioéconomique en font un pôle incontournable. Au Canada, cette place est partagée avec ses soeurs, Toronto et Vancouver.

     

    […] En 1911, celle qui était alors la métropole du Canada est la plus grande ville francophone non européenne et la neuvième ville nord-américaine par sa population. Chaque année, des milliers de migrants ruraux et d’immigrants internationaux se greffent à la population native de l’île et viennent enrichir son dynamisme artistique. Ville d’adoption pour les uns, ville de passage pour les autres, tous cherchent un moyen de s’y loger, de s’y réinventer ; et la musique est l’une des voies possibles. Par exemple, c’est dans le quartier Saint-Henri que l’Américain d’origine allemande Emile Berliner fait construire en 1908 son usine de gramophones et son studio d’enregistrement ; c’est dans le quartier Griffintown que l’Italien Guglielmo Marconi établit en 1919 la filiale canadienne de la Marconi Wireless Telegraph Co., l’une des premières stations radiophoniques au monde ; et c’est dans le quartier Ville-Marie que s’installe l’Américain Andy Tipaldi, banjoïste et chef d’orchestre des Melody Kings et autres orchestres de danse du centre-ville.

     

    Des migrants canadiens-français font aussi leur marque dans la vie culturelle montréalaise, à commencer par Léo-Ernest Ouimet, né à Laval, qui ouvre dans le quartier Centre-Sud la première salle de cinéma du Canada en 1906.

     

    Jacques-Narcisse Cartier, originaire de la Montérégie, est le technicien expert derrière CKAC, l’une des premières stations de radio francophone au monde, fondée en 1922. Quant à Mary Travers Bolduc, elle quitte le village de Newport en Gaspésie pour gagner Montréal, où elle deviendra la première des auteurs-compositeurs-interprètes du Québec à obtenir un aussi grand succès commercial. Or, les phénomènes d’urbanisation et de mouvements migratoires, de même que les « personnalités vedettes » de la ville de Montréal ne sont pas particulièrement remarquables aux côtés de ceux de New York, de Paris ou de Londres. Alors, pourquoi travailler dans cette modeste métropole ? De jour comme de nuit, Montréal n’a pas besoin d’être plus moderne ou plus animée que les capitales du monde pour renfermer tous les éléments nécessaires à sa vivacité, ce qui nous invite à nuancer le discours d’asservissement à la culture hégémonique états-unienne. Montréal s’est développée en diapason avec les grandes villes du continent et peut, elle aussi, avoir participé à l’expression d’une culture nord-américaine.

    Chaque mardi, «Le Devoir» offre un espace aux artisans d'un périodique. Cette semaine, nous vous proposons un texte paru dans la revue Mens (automne 2015, volume XVI, N1). 
     

    Rayonnement de la culture québécoise

     

    La musique prend part au bouillonnement artistique montréalais et fait rayonner la culture québécoise. Pourtant, il n’y a encore aucun ouvrage scientifique substantiel sur l’histoire de la musique au Québec, qu’elle soit « savante » (de tradition écrite), « folklorique » (de tradition orale) ou « populaire » (de tradition médiatique). Cela explique peut-être pourquoi l’étude de genres musicaux précis et les biographies d’artistes dominent le corpus et le marché de l’édition. En ce qui concerne Montréal spécifiquement, la plupart des études sur la pratique, la création ou l’industrie musicale de la ville se rapportent à la période commençant après les années 1950, avec une prédilection pour le répertoire populaire. En dehors d’une insistance certaine sur l’époque des chansonniers et les questions nationales et identitaires francophones, le rôle de la musique comme stratégie identitaire chez différentes communautés ethniques de Montréal a fait l’objet de nombreux mémoires, thèses et articles en ethnomusicologie et en anthropologie.

     

    La culture hip-hop et son impact sur les jeunes issus de l’immigration ont aussi retenu l’attention des musicologues et ont généré des travaux en études féministes, en linguistique et en sociologie. Aujourd’hui, la scène de la musique indépendante ou underground est un sujet prisé par les étudiants en médias et communication, en administration publique et en géographie culturelle. […]

     

    La liste s’écourte lorsqu’on remonte le temps pour se concentrer sur la première moitié du siècle dernier. On observe également un renversement de tendance quant aux objets d’étude choisis : plus nombreux du côté des musiques savantes et folkloriques que du côté des musiques populaires. L’histoire des grandes institutions musicales qui ont forgé la vie musicale de l’élite montréalaise occupe une place de choix. Parmi les genres musicaux dominants de la période, on a étudié l’art lyrique, le théâtre lyrique, la musique religieuse et, bien sûr, le jazz. Au rang des contributions les plus remarquables, il faut noter celles des musicologues Marie-Thérèse Lefebvre et Mireille Barrière, et celle du chercheur Robert Thérien. Récemment, une poignée de spécialistes se distinguent toutefois par leurs travaux portant sur la musique populaire et sur une vie musicale singulière, composite et franchement montréalaise. Car n’oublions pas que, pour les artistes et le public montréalais de la première moitié du XXe siècle, c’est bien à Montréal que l’on danse, que l’on crée et que l’on chante.

     

     

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