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    Musique

    Vigneault, le rap et Springsteen à la rescousse de Vallières

    18 mars 2017 |Sylvain Cormier | Musique
    L’auteur-compositeur-interprète Vincent Vallières
    Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir L’auteur-compositeur-interprète Vincent Vallières

    Vingt ans de musique. « Je ne m’en étais même pas rendu compte… », s’étonne encore Vincent Vallières, de son côté de la table. C’est Michel-Olivier Gasse qui a fait le calcul. Gasse le frère de musique, l’indéfectible ami. « Dans la classe de Vallières en secondaire un, dans son band depuis secondaire trois », précise-t-il dans le texte qui présente le nouvel album de Vincent Vallières, Le temps des vivants. Gasse le bassiste de toujours et pour toujours. Toujours ? Il joue désormais dans Saratoga, en duo avec Chantal Archambault. La vie a bifurqué. « Ton premier album sans moi, mon Vince. »

     

    « La première fois que j’ai lu ça… », commence Vallières. La phrase ne veut pas sortir au complet. Il la ravale. On recommence. « Encore maintenant ça m’émeut. La générosité de Gasse, m’écrire que c’est correct, ça va ben aller, on va se revoir, mais fallait qu’on le fasse, c’était le bon moment… » Petite pause. Regard fixe. Sourire. « C’est vrai, c’était le temps. Simon Blouin [le batteur depuis le début] est parti en Europe pour accompagner Véronic Dicaire. La base de mon band est rendue ailleurs. Il faut accepter ça. » Mais sans minimiser la perte. Je relaie un message : « Gasse, je t’ai aimé en crisse. Je vais t’aimer encore, mais ça va être dur sans toi, mon grand confident. »

    J’ai écouté beaucoup de rap, du Koriass, les Dead Obies. J’ai senti la force qu’il y a dans un récitatif. C’est entier, direct. J’ai eu envie de ça.
    Vincent Vallières
     

    Dur, oui. Mais possible. Et potentiellement exaltant : c’est le propre de l’inconnu. « On a joué avec le nouveau band la fin de semaine passée, à Lavaltrie. J’ai vécu ça comme une reconquête. Avec du plaisir et de la peur. Tu sais, Bruce Springsteen, dans la période où il s’est séparé du E Street Band, il a été moins bon. Un peu désincarné. Il y a un risque. Andre Papanicolaou [le guitariste soliste, son Steve Van Zandt], je l’ai gardé, comme une filiation. J’avais besoin de pouvoir me retourner, en show, et qu’il soit là. Ç’aurait vraiment été difficile d’effacer l’ardoise au complet… »

     

    Changer en demeurant le même

     

    Écrire les chansons du nouvel album a été le premier test sans son E Street Band à lui. « J’avais envie de changer de cap, de marquer un coup. Saisir l’occasion pour faire quelque chose de vraiment différent… Je n’arrêtais pas de réfléchir à ça. Et puis j’ai eu une conversation importante avec Philippe B. Il m’a dit d’arrêter de penser. Essentiellement, avant de faire des chansons différentes, il faut faire de bonnes chansons. Il m’a dit aussi : je ne m’attends pas à ce que tu me fasses du disco. Tu continues, c’est tout, et forcément, tu changes… »

     

    Et il y a eu du changement. Pas tellement dans la forme — Vallières est un gars de guitare et il n’a pas vendu sa Rickenbacker six-cordes, et ses séquences d’accords portent sa signature. C’est la place des textes dans la proposition qui n’est plus la même. La première chanson de l’album, Pays du nord, est entièrement parlée. C’est vrai pour les couplets dans Bad Luck, et De bord en bord. À hauteur d’homme une grande chanson, immortelle en devenir, fresque d’un « peuple de travailleurs » — est à peine chantée. « Moi, le gars de guitare, je me suis toujours un peu caché dans la musique. Et là, j’ai voulu que ce soit plus en avant, ce que je dis. »

     

    La place s’étant libérée, il l’a occupée avec ses mots. « J’ai écouté beaucoup de rap, du Koriass, les Dead Obies. J’ai senti la force qu’il y a dans un récitatif. C’est entier, direct. J’ai eu envie de ça. » Ajoutons la participation à la classe de maître de Gilles Vigneault, à la mi-janvier, résidence en compagnie des Alex Nevsky, Daniel Boucher, Fanny Bloom, Caracol, Antoine Corriveau. « Monsieur Vigneault, il nous a dit :N’hésitez pas ! Quand vous faites un spectacle, arrangez-vous pour que les gens comprennent bien les paroles… N’hésitez pas à faire des morceaux a cappella, lâchez votre guitare de temps à autre, payez-vous un pianiste…” Ce que j’ai fait pour la dernière chanson, Loin dans le bleu. C’est vraiment un autre sport ! T’écris différemment. Et en spectacle, je l’ai déjà constaté, ça fait que les mots se rendent. Il y a une autre sorte d’attention. »

     

    Atteindre et divertir

     

    Il éclate de rire. « Des fois, avant, j’oubliais que j’étais le chanteur. Je branchais ma guit’ dans mon ampli, je trippais avec les gars. Et les gens me disaient souvent après qu’ils ne comprenaient pas les paroles. Je n’avais pas autant le souci de la clarté. Quand tu lâches la guit’, tu te donnes le temps de raconter. T’es beaucoup plus à la rencontre des gens. Et quand tu reprends ta guit’, ça lève. Ce n’est pas tant les chansons qui ont changé que l’approche. La façon de communiquer. »

     

    Et Vallières reparle de Springsteen, dont il a lu l’autobiographie. « Lui, c’est le processus de toute une vie, communiquer. Rendre le propos limpide, mais sans oublier la mission première, qui est de faire tripper. Donner envie aux gens de sortir, de s’aimer plus. Divertir noblement, mais divertir. » Le nouvel album de Vallières contient aussi une chanson intitulée Danser comme des cons. « C’est nécessaire, ça aussi. »

     

    Et le E Street Band vital. « Je vais rejouer avec Gasse et Simon, c’est certain ! » Gasse l’affirme aussi dans son mot : « À la vie à la mort […] » Ce n’est pas pour rien que l’album a pour titre Le temps des vivants. Quand ce sera le temps, chacun sait que l’autre sera là, vivant et prêt. « En plus, Gasse n’est même pas vraiment parti : il y a son texte dans la pochette… »

    Le temps des vivants
    Vincent Vallières, Spectra Musique












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