Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Connectez-vous
    Critique concert

    Schubert-Schiff: la messe est dite!

    4 mars 2017 |Christophe Huss | Musique
    András Schiff
    Photo: Nordic Artist Managment András Schiff

    András Schiff, le sage écorché, dans des oeuvres de la maturité (1825-1827) de Schubert, c’est plus qu’un concert. C’est de l’oxygène. C’est aussi un voyage de l’âme et de l’esprit, sous forme de cérémonial.

     

    Lors de la dernière présence du pianiste hongrois, en octobre 2015, Le Devoir avait titré son compte rendu « Rêver l’irréel avec András Schiff ». Le programme de vendredi soir proposait un autre voyage, moins onirique. Il était avant tout question de voyage (la Wanderung, en allemand) dans un espace-temps dilaté.

     

    Jamais vu un programme de récital pareil : deux heures et trente minutes de musique, en deux parties de 75 à 80 minutes, bis (Impromptu op. 90 n° 2) compris. La cérémonie instaure un autre sens de la temporalité, qui permet à la conscience du mélomane de s’abandonner en une totale immersion.

     

    Le Schubert de Schiff c’est une scène au bord du ruisseau, tant tout coule sans interruption, sans heurts presque, un flot qu’on imagine pareil à l’infini. Le pianiste hongrois, qui joue un piano Bösendorfer au réglage millimétré (même si les aigus se dégradaient en seconde partie), nous installe dans son univers. La Sonate en la mineur, dans son 1er mouvement, alterne le doute et une marche, qui préfigure l’infinie pérégrination du 2e mouvement de la 9e symphonie, oeuvre qui ouvre à Bruckner.

     

    Schiff fait ainsi de Schubert le liant entre la limpidité polyphonique de Bach (le jeu des voix dans l’Impromptu en bis) et l’extension des dimensions, typique de l’opéra wagnérien. Schubert devient le parangon de la dilatation du temps. C’est pour cela que Schiff fait toutes les reprises possibles et imaginables.

     

    Ce qu’on entend défie tout ce que l’on peut imaginer, qui ne repose pas sur des « recettes », mais sur une somme d’éléments maîtrisés à la perfection, à commencer par le sens de l’architecture. Les oeuvres ne sont pas, comme si souvent, formées d’épisodes accolés, mais sont cimentées par une structure où les phrases coulent les unes dans les autres avec un sens extraordinaire des transitions. Schiff ne joue pas du piano, il flotte sur le clavier. Musicalement, son plaisir absolu se niche dans un culte de la modulation harmonique, dont il joue avec un plaisir gourmand. Schiff enchaîne tous les mouvements et ne laisse aucun temps mort briser le flux.

     

    Il y a eu, vendredi, des miracles à la Maison symphonique. Ainsi le cycle des Impromptus opus 142, abordé comme une sonate en quatre mouvements, ce qui expliquait sans doute un premier volet plus puissant et allant. Mais le chef-d’oeuvre absolu fut la transfiguration des Klavierstücke D. 946 d’une science musicale proprement inouïe, d’une liquidité absolue.

     

    Les récitals d’András Schiff sont en passe de devenir un concept en soi, quelque chose hors du temps, affranchi de la matière. Quelque chose, en fait, d’indescriptible.

    András Schiff rencontre Schubert
    Schubert : Sonate pour piano en la mineur, D. 845. Quatre impromptus, D. 935. Trois pièces pour piano, D. 946. Sonate pour piano en sol majeur, D. 894. Maison symphonique de Montréal, vendredi 3 mars.












    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires

    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.