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    Entrevue

    Mozart’s Sister, la renaissance

    Caila Thompson-Hannant propose l’envoûtant «Field of Love» aux orchestrations intrigantes

    17 février 2017 | Philippe Renaud - Collaborateur | Musique
    «J’ai fait ce disque pour moi, sans penser d’abord à l’offrir», explique Caila Thompson-Hannant.
    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir «J’ai fait ce disque pour moi, sans penser d’abord à l’offrir», explique Caila Thompson-Hannant.

    C’est l’heure des bilans dans la vie de l’auteure-compositrice-interprète Caila Thompson-Hannant, dix ans après ses premières aventures indie rock au sein de la formation Shapes Sizes. C’est aussi le moment d’une véritable renaissance sous son nom de scène Mozart’s Sister, avec lequel elle nous offre Field of Love, un disque de pop électronique intrigante sur le plan des orchestrations, naïf et transparent au niveau des textes.

     

    « J’ai fait ce disque pour moi, sans penser d’abord à l’offrir, sans la pression de devoir le sortir un jour », dit-elle pour justifier les quelque trois années qui se sont écoulées depuis Being, son premier disque, alors édité sur l’étiquette cofondée par le musicien Sufjan Stevens (Asthmatic Kitty) qui, dix ans auparavant, avait accueilli les savoureux épanchements indie rock de Shapes Sizes.

     

    « Ç’a pris beaucoup de temps [avant de sortir Field of Love] parce que j’ai entre-temps changé d’équipe » pour rejoindre la maison montréalaise Arbutus Records. « Aussi, j’imagine que les artistes qui ont un calendrier de production commencent dès le début [de la création d’un disque] à planifier le côté visuel, les vidéos, etc. Je n’avais pas ça en tête, je ne savais pas ce que je voulais faire de ma musique… ou de ma vie. »

     

    Il y a beaucoup de candeur dans les réponses de la Britanno-Colombienne d’origine devenue Montréalaise de coeur. Après dix ans à enrichir la fertile scène underground de Montréal, d’abord au sein de Shapes Sizes, puis auprès de Miracle Fortress, de Think About Life et, enfin, en solo, Thompson-Hannant a cru bon faire le point sur sa vie de musicienne. Car, à bien y penser, « ce n’est peut-être pas un bon plan de carrière. [C’est difficile] pour la stabilité, pour l’argent, pour les relations amoureuses aussi, car les tournées, les voyages, tout ça prend beaucoup de temps. Parfois, je m’imagine faire quelque chose d’autre, quelque chose de différent. » L’idée ne l’a pas tout à fait quittée encore.

     

    Intimité

     

    C’est dans ce contexte de remise en question qu’elle a abordé les chansons qui allaient constituer l’envoûtant Field of Love, conçu durant l’année 2015 avec l’envie de se livrer en toute intimité, « ce que je n’avais jamais fait auparavant ». Et avec pour point de départ ses souvenirs de jeunesse : la musique dance-pop des années 1990.

     

    « De la nostalgie ? Oui, un peu », concède celle qui a fait une partie de son éducation musicale en écoutant Electric Circus, l’émission dance de MuchMusic diffusée le vendredi soir depuis Toronto… et donc à l’heure du retour de la petite école chez elle, à Victoria. « J’ai toujours aimé la musique de cette époque-là, c’est mon plaisir coupable. » Un plaisir qu’elle qualifie de « musique pour enfants, cartoonesque », en évoquant les groupes de l’époque, Aqua, Vengaboys et autres succès instantanés. « J’avais envie de revisiter cette musique, mais à ma manière. Faire une musique pop vraiment euphorique, digitale, qui reflète une autre époque, mais construite de manière moderne, à l’ordinateur, avec la technologie d’aujourd’hui. »

     

    Field of Love demande quelques écoutes avant de se révéler. Les arrangements sont parfois difficiles à saisir, comme une version distordue, impressionniste, de la dance-pop d’il y a vingt ans. Les structures sont plus complexes, les rythmiques plus ambitieuses, on y sent l’urgence des questionnements qui habitaient son auteure, qui livre par ailleurs quelques-unes des plus belles chansons de son répertoire, comme la soufflante Baroque Baby et son entêtant motif de guitare qui clôt l’album.

     

    Riche mais facile d’accès

     

    Ce regard oblique porté sur un répertoire hyperpopulaire et, soyons francs, un peu bête rappelle la démarche de l’écurie britannique PC Music, lui soumet-on. « C’est vrai — j’adore Hannah Diamond », une des artistes de cette maison de disques qui a également fait connaître SOPHIE… que Thompson-Hannant a rencontré au festival South by South West en 2013 et avec qui elle est restée très proche. « Il [PC Music] a été d’une grande influence sur mon travail, surtout dans la manière qu’il a de voir ce genre de musique. C’est grâce au travail de PC Music que j’ai compris qu’il était possible de faire ce type de chansons », riche dans sa conception, mais facile d’accès dans ses thèmes et ses textes.

     

    « C’est tout nouveau pour moi d’écrire de cette manière, des textes innocents, naïfs, mais aussi positifs, raconte la musicienne. Bon, tout n’est pas rose bonbon, il y a aussi de l’introspection, mais disons que je n’avais jamais été aussi personnelle dans mes textes auparavant. Ça correspond à où j’en suis dans ma vie, j’imagine : présentement, I believe in love », dit-elle en anglais, après avoir insisté pour parler (très bien) français durant notre entretien. « Avant, j’avais des mots plus sombres, plus tristes, pour parler d’amour. Je suis dans une belle période de ma vie, aujourd’hui… »













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