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    Musique

    Décrochage des ventes de disques

    Le succès du «streaming» a fait chuter les ventes de près de 25% en 2016

    13 janvier 2017 |Philippe Papineau | Musique
    Entre 2015 et 2016, les ventes de disques sur support physique ont périclité de 23,7%, les albums numériques de 24,8% et les pistes individuelles de 19,3%.
    Photo: Tal Atlas / CC Entre 2015 et 2016, les ventes de disques sur support physique ont périclité de 23,7%, les albums numériques de 24,8% et les pistes individuelles de 19,3%.

    Les ventes globales de musique sont en chute lente mais certaine depuis plus de dix ans au Québec. Cependant, les statistiques de l’année 2016 montrent un important « décrochage » : le nombre de copies vendues a dévalé de près de 25 % par rapport à 2015. Un fait que plusieurs acteurs de l’industrie attribuent à l’écoute en continu, ledit streaming.

     

    L’Institut de la statistique du Québec (ISQ) a dévoilé jeudi les chiffres bruts pour les douze derniers mois, et la colonne des variations entre 2015 et 2016 compte son lot de chiffres négatifs. Il n’y a qu’à observer les ventes d’« enregistrements audio en équivalent d’albums », ce qui compte les disques complets en tout genre et les achats à la pièce, pour lesquelles on calcule 13 morceaux pour un disque. Les Québécois ont acheté 6,6 millions de copies en 2016, alors que le nombre d’exemplaires atteignait 8,6 millions en 2015, une chute de 23,4 %, ou de 2 millions d’albums.

     

    Toutes les catégories connaissent une importante baisse. Entre 2015 et 2016, les ventes de disques sur support physique ont baissé de 23,7 %, les albums numériques de 24,8 % et les pistes individuelles de 19,3 %.
     

     

    « Ça fait une dizaine d’années que ça baisse quasiment tout le temps, entre autres pour le CD, mais je n’ai jamais vu de chiffres comme ça, explique au Devoir Claude Fortier, chargé de projet à l’ISQ. On s’y attendait, mais c’est le décrochage qui frappe. Il y a quelque chose qui se passe. »

     

    C’est la faute du «streaming»

     

    Si les chiffres de la firme Nielsen, qui récolte les données du streaming, ne sont pas encore ventilés par province, tout semble indiquer que le coupable est la musique en écoute en continu, dit M. Fortier.

     

    Ce que les chiffres révèlent, selon lui, c’est que « les gens qui passent à la musique en continu, à l’abonnement, ce ne sont pas seulement ceux qui écoutaient des CD, mais aussi ceux qui achetaient des albums numériques. » D’où les baisses systématiques.

     

    Le producteur de disque Sandy Boutin, qui gère l’étiquette Simone Records (Louis-Jean Cormier, Marie-Pierre Arthur, Ariane Moffatt) en plus de s’occuper du Festival de musique émergente en Abitibi-Témiscamingue, croit aussi que cette chute des ventes s’explique par la montée du streaming, ainsi que par l’arrivée d’une nouvelle génération d’auditeurs.

     

    « On savait déjà par les sondages que l’ADISQ avait faits avec les radios que YouTube était un important vecteur de découvertes musicales chez les jeunes. Ils ne prennent même plus la peine de télécharger illégalement, ils s’en foutent de la qualité du son. Et moi, personnellement, j’ai embarqué dans le streaming à fond ».

     

    La SOCAN, la société canadienne des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique, voit les choses de l’autre bout de la lorgnette. La quote-part qu’elle perçoit des revenus de publicité et d’abonnement des plateformes de musique en continu est en hausse « de quelque chose comme 500 % en une année », illustre la chef des affaires du Québec, Geneviève Côté. « Pour Spotify, par exemple, le Québec est un des marchés où le taux de conversion entre le freemium (gratuit) et le premium (payant) est le plus élevé. »

     

    Des impacts

     

    Il y a donc des cohortes de mélomanes qui ont changé leurs habitudes. Au lieu d’acheter, ils écoutent sur demande, sans posséder l’objet. Avec comme hic que l’argent qu’ils déboursent en streaming se retrouve encore de manière très partielle dans les poches des producteurs et des artistes.

     

    « Pour moi, 2016 a été une annus horribilis, raconte Sandy Boutin. J’ai appris mon métier avec l’arrivée d’Internet, dans un moment de décroissance : je suis dans le domaine avec Karkwa depuis 2003. Mais là, c’est la première fois que je voyais ça dans mon entreprise. J’ai ressenti de plein fouet ce que nous confirme l’ISQ en ce moment. »

     

    S’il reste optimiste et s’il admet que la production de disque coûte moins cher qu’avant, Boutin croit que la chute des ventes va tout de même diminuer la capacité de faire paraître des disques, et aussi d’en faire la promotion. « On a moins de revenus pour investir, pour se faire voir, pour acheter de la publicité dans les journaux, sur Internet, pour compétitionner les produits américains et tirer notre épingle du jeu dans cette industrie-là. »

     

    Selon Geneviève Côté de la SOCAN, « nous sommes dans les années charnières » du modèle de la diffusion en continu et, tant que celui-ci ne sera pas adopté en masse, « les revenus publicitaires et les revenus d’abonnement ne pourront pas être assez grands. C’était pareil pour YouTube. Après, est-ce que les taux [des redevances aux artistes] sont trop bas ? Oui ! Est-ce qu’on voudrait qu’ils soient plus élevés, mais bien sûr ! »

     

    Ces taux sont négociés entre la SOCAN et les plateformes de diffusion devant la Commission canadienne des droits d’auteur. Une nouvelle ronde de discussion est prévue dans les prochains mois.

    Les chiffres au Canada Les ventes totales de disques au pays ont chuté de 21 % entre 2015 et 2016. Par contre, en ajoutant les albums équivalents issus du streaming, les chiffres montrent une hausse de 5,3 % des ventes. En fait, la demande pour la musique en continu a connu une hausse de 203 % au pays.

    14 chansons ont obtenu plus de 50 millions d’écoutes en streaming en 2016. Une seule chanson avait atteint ce plateau en 2015.

    Les ventes de vinyles ont connu une hausse de 29 %, passant de 517 000 exemplaires en 2015 à 664 000 en 2016. Le meilleur vendeur au pays est Legend de Bob Marley The Wailers (4700 copies), suivi de Blackstar de David Bowie (4600).

    Source : Nielsen












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