Le Bach heureux et serein de Jean-Marie Zeitouni

Le chef d’orchestre Jean-Marie Zeitouni
Photo: Christina Alonso Festival de Lanaudière Le chef d’orchestre Jean-Marie Zeitouni

I Musici et le Studio de musique ancienne de Montréal s’étaient déjà associés en 2015 pour la première partie de cet Oratorio de Noël. À l’époque, nous avions souligné que l’expérience « surpassait de manière assez évidente le concert de l’Orchestre symphonique de Montréal, donné quelques jours auparavant [dans les Cantates I, II, V, et VI] », notamment en raison de la « lisibilité hors pair dans la circulation des motifs thématiques et une articulation exemplaire du choeur ».

Pour les Cantates IV à VI, qui mènent de la nouvelle année à l’Épiphanie, il n’y avait pas de point de comparaison direct, mais les saines bases de 2015 ont été préservées, avec, m’a-t-il semblé, de la part du choeur, un travail plus poussé sur la prononciation.

Jean-Marie Zeitouni, qui avait troqué son militantisme du récent concert Mozart pour une détente musicale et une démarche plus consensuelle, a opéré une magnifique différentiation entre la contrition berçante de la Cantate IV (« Prosternez-vous avec gratitude ») et l’élan général qui animait la Cantate V (« Chantons ta gloire, Dieu »), le tout débouchant sur l’éclat victorieux (trompettes et timbales) de la Cantate VI.

De l’équipe de solistes de 2015, nous retrouvions Kimy McLaren et Mireille Lebel. Frédéric Antoun, qui prépare Cosi fan tutte à Paris, a été remplacé par Jacques-Olivier Chartier, lequel s’est acquitté avec une volonté de fer de la rude tâche d’incarner l’Évangéliste. Kimy McLaren possède une excellente voix dans ce contexte (idéal, même, dans l’air de la Cantate VI, hélas moyennement intelligible). Il était difficile de s’affirmer par rapport à la puissance intrinsèque des voix de Mireille Lebel et de Stephen Hegedus (remplaçant le baryton de 2015, Steven Labrie). Mireille Lebel est de plus en plus impressionnante sur le plan vocal, et son activité en Allemagne lui donne évidemment un aplomb dans la prononciation germanique. Hegedus, nous l’avons dit récemment dans Don Giovanni, mérite une carrière encore plus radieuse. Cela dit, il n’était pas obligé, dans Bach, d’en donner toujours autant : Christian Gerhaher montre bien l’intérêt d’une approche plus différenciée et intimiste dans le dernier (2007) enregistrement Harnoncourt.

L’excellente prestation des instrumentistes — duo violon-alto dans la IV, duo de hautbois dans la VI, solidité des trompettes dans la VI, sobre et solide continuo partout — ainsi que le juste équilibre entre les voix et l’orchestre attestent qu’I Musici et le Studio de musique ancienne méritent de devenir des piliers de cette intégrale Bach qui en a encore pour cinq ans !

Intégrale des Cantates de Bach, An 3

Oratorio de Noël : Cantates IV à VI. Kimy McLaren (soprano), Mireille Lebel (mezzo), Jacques-Olivier Chartier (ténor), Stephen Hegedus (baryton-basse), Choeur du Studio de musique ancienne de Montréal, I Musici de Montréal, Jean-Marie Zeitouni. Salle Bourgie, samedi 17 décembre 2016.