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    Musique

    Une troisième vie pour L’Infonie

    Après une résurrection en CD en 2002, l’éclaté disque «Volume 333» ressort cette fois en vinyle et en numérique

    16 décembre 2016 |Philippe Papineau | Musique
    Le souvenir de l’enregistrement de ce disque reste marqué dans la mémoire de Walter Boudreau.
    Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Le souvenir de l’enregistrement de ce disque reste marqué dans la mémoire de Walter Boudreau.
    Musique
    Volume 333
    L’Infonie
    Mucho Gusto Records

    Presque 45 ans plus tard, le disque Volume 333 de L’Infonie remonte à la surface pour une... 3e fois. Après sa première vie en 1972 et sa deuxième en CD en 2002, voici que cette oeuvre riche, complexe, hétéroclite et pleine de la liberté d’une époque folle est rééditée en formats vinyle et numérique, au grand plaisir de son principal compositeur, Walter Boudreau.

     

    Assis dans les bureaux de la Société de musique contemporaine du Québec, qui fête ses 50 ans et dont il est le directeur artistique, Walter Boudreau semble entre deux émotions en discutant de cette oeuvre musicale de 1h30m, dont la première partie, la pièce Paix, fait presque 45 minutes, et où la musique contemporaine côtoie le jazz, l’électro-acoustique, le classique et le rock.

     

    D’une part Boudreau se ravit de voir renaître ce disque réédité, encore fier qu’il est de cette oeuvre qu’il a remasterisée pour l’occasion avec son acolite Alain Thibault, le directeur du festival Elektra. Et de l’autre, la sortie de ce disque fait constater au chef et compositeur que nous vivons dans une époque où les propositions différentes font plus peur qu’elles n’attirent.

     

    « La pochette est encore plus belle que l'original l'était !, s’emballe celui qui jouait du saxophone avec L’Infonie. C'est une oeuvre d'art, c'est un disque qui s'ouvre avec deux long jeux dedans, il est de toute beauté. Il m'en restait un vieux qui avait jauni, écoute ça fait 45 ans ! »

     

    Malgré les années, le souvenir de l’enregistrement de ce disque reste marqué dans la mémoire de Walter Boudreau. Les anecdotes se multiplient.

     

    « On n’avait pas de moyens. L’orgue du début du disque — et il y a trois orgues qui jouent le sol avec des harmonique incroyables — celui avant que Raoûl Dugauy ne chante, on est allé l’enregistrer en cachette à l'église Sacré-Coeur, où j'ai été baptisé, au coin de Plessis et Ontario. L'organiste qui était là, Rénald Arsenault, qui est mort Dieu ait son âme, c'est lui qui est venu jouer ça. »

     

    Le groupe d’une douzaine de musiciens a enregistré ce Volume 333 dans plusieurs lieux: à l’école de composition du Conservatoire, dans les studio d’André Perry, de Dennis Pantis, même de Tony Roman, se souvient Boudreaul en rigolant.

     

    « Lui il venait nous écouter travailler. Il disait: “toi Walter, c'est savant ce que tu fais, mais j'aime ça”. Et il était accompagné de 5-6 pitounes, ça sentait le pot. Mais nous on était très sérieux. Les gens pensaient qu'on était toute une gang de dopés, ce qui était pas le cas pantoute. Hé monsieur ! Pour jouer ma musique, tu ne peux même pas prendre une aspirine. Faut que tu sois toute là. Même plus ! »

     

    Ce qui ne les empêchaient pas de s’amuser. En inversant les lettres de leur nom, par exemple — sauf pour le batteur Ysengourd Knör, qui s’est inventé le sien. « Il y a dans ce disque le son de l'époque, la saveur et la philosophie de l'époque, un côté complètement farfelu. Y’a de la pop, on joue des extraits de la Messe de Guillaume de Machaut, de la musique du moyen-âge, on joue de la musique électronique, il y a Bach. Dans Paix il y a un clin d’oeil au Boléro de Ravel, aussi. »

     

    Et puis souvent on pense à Frank Zappa, parfois à Janis Joplin. Bref, voilà un disque qui ouvre les esprits. «Pourquoi tu penses qu'il y a une ampoule sur la pochette?» Et au dos, un interrupteur en position «ON». « Oublie pas qu'on sortait de la grande noirceur. Les gens se demandaient pourquoi on mettait des chasubles et tout ça, parce qu'on avait été élevé par les soeurs et les frères. Il y avait une espèce de vengance, mais une vengeance adolescente, sans malice. »

    Photo: Archives Le Devoir Raôul Duguay et Walter Boudreau
     

    Une époque révolue

     

    Au début des années 1970, L’Infonie avait obtenu un certain succès avec ses quatre disques malgré une proposition très « champ gauche », raconte Walter Boudreau en se souvenant d’une première partie de Jean-Pierre Ferland à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts. Est-ce que les Québécois seraient prêts aujourd’hui à plonger dans cet univers ? Le chef laisse passer quelques secondes. « Le public est toujours très réceptif à la nouveauté si elle leur est bien présentée. Là où est le problème, c'est les passeurs, c'est les médias. Les Américains disent: “if you don't use it, you lose it”. Alors si à la longue on habitue les gens à vivre dans un espèce d'état d'hébétitude chronique, ils vont être là avec un petit filet de bave qui coule et vont vouloir entendre toujours la même chose. »

     

    Boudreau fait remarquer l’évolution des Québécois par rapport à l’alimentation, à la variété sans précédent de goûts et d’aliments dans nos diètes. Des sushis? Devenu banal. « En musique, on ne l'a pas fait ce chemin-là, on a régressé, les passeurs ont peur de leur ombre. J'ai rien contre Casse-Noisette et la 5e symphonie de Beethoven, mais on peut-tu entendre d'autres choses de temps en temps ? Je ne suis même pas sûr que Charlebois pourrait sortir Lindbergh aujourd'hui. Les passeurs auraient peur de mettre ça sur les ondes ! »

     

    Au delà du Volume 333, Boudreau et l’étiquette Mucho Gusto ont déjà eu des discussions pour d’autres rééditions, probablement des autres volumes de L’Infonie. Mais par sa variété et sa durée, le troisième album « est une bonne carte de visite pour quiconque se demande ce qui se passait dans la tête de L'Infonie à ce moment-là ». Une forme d’« Allô tout le monde ».

    Volume 333
    L’Infonie Mucho, Gusto Records












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