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    Critique concert

    Losier-Mahler: sublime!

    13 octobre 2016 |Christophe Huss | Musique
    La voix de Michèle Losier est centrée, égale, jamais écrasée dans les graves.
    Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir La voix de Michèle Losier est centrée, égale, jamais écrasée dans les graves.

    Des coulées d’ambroisie dévalent les reliefs escarpés d’une montagne sacrée : Michèle Losier magnifie Le chant de la terre… J’espérais quelque chose d’intelligent, voire de très beau. Je ne m’attendais pas à ce que la chanteuse touche à ce point au sublime. Que cette voix est belle ! Que cette chanteuse est lumineuse !

     

    La mezzo-soprano québécoise a atteint une sorte de quintessence : un Chant de la terre compris et assimilé, à la fois dit et chanté. Dit, parce que les paroles sont là, avec une diction et une articulation du texte renversantes de justesse pour une chanteuse francophone. La musique est chantée sans artefact, avec un timbre melliflue, idéalement placé.

     

    La voix de Michèle Losier est centrée, égale, jamais écrasée dans les graves. Certes, on a connu dans le Chant de la terre, en raison de l’extraterrestre Kathleen Ferrier, registre plus hors-norme, plus androgyne. Mais dans une optique à taille humaine et incarnée, la chanteuse montréalaise a été bouleversante. Force est de constater qu’après sa Carmen en 2015, cette artiste, plutôt rare ici, a de nouveau fait sensation : Michèle Losier fait partie de nos grands trésors vocaux, au même titre de Marie-Nicole Lemieux, Karina Gauvin et Frédéric Antoun. On est curieux, désormais, de réentendre l’évolution vocale de Julie Boulianne dans une oeuvre consistante et emblématique de son répertoire.

     

    Jean-Marie Zeitouni avait très bien distribué son Chant de la terre, puisque le ténor américain Richard Cox n’a pas été moins impressionnant. Il a chanté ses trois mouvements avec une voix solaire et beaucoup d’éloquence, surtout le passage onirique printanier de la chanson du buveur.

     

    Sur le fond, on pouvait s’étonner de voir Le chant de la terre programmé par I Musici à la salle Bourgie ! L’équation se résout lorsque l’on considère que l’opulente partition de Mahler a été astucieusement réduite pour ensemble de chambre. La réduction la plus répandue et abondamment enregistrée est celle d’Arnold Schoenberg, complétée par Rainer Riehn en 1980. Cordes, vents et percussions y sont renforcés par un piano, un célesta et un harmonium. L’Américain Glen Cortese a transcrit Le chant de la terre en 2006. La partition publiée par Universal à Vienne comprend des cordes, des vents par deux, des percussions, et utilise un célesta et une harpe. Il existe une version à une voix par partie de vents et deux percussions, qui nous a été présentée mercredi soir. Elle mobilise 27 musiciens.

     

    La popularité de cette nouvelle partition de chambre est croissante, car elle débarrasse les organismes de la malédiction de devoir trouver (et déplacer) un harmonium dans un état décent. Il n’y manque pas grand-chose, Cortese collant le plus possible à Mahler et ne réinventant pas des couleurs.

     

    Au fond, dans une salle comme Bourgie, cela fait un vrai raffut, au point qu’on a eu bien peur d’un excès de décibels dans le 1er mouvement. Le fait de n’être qu’un par instrument semblait pousser les bois à souffler à pleins poumons. C’en était presque disgracieux.

     

    Jean-Marie Zeitouni a tiré plus de nuances par la suite, mais qui pensait que la réduction des effectifs allait faire naître un nouvel univers transparent et chambriste, laissant aisément place au chant, a dû être amèrement déçu. De fait, l’interprétation s’est bonifiée au long du parcours, comme si le groupe n’avait pas eu, précédemment, lors des répétitions, le temps de prendre la vraie mesure de la salle Bourgie.

     

    Le couplage avec une transcription de l’Opus 135 de Beethoven — une autre oeuvre intransigeante de fin de vie — faisait sens. Sauf très rares exceptions, je ne serai jamais un grand amateur d’élargissement de quatuors à l’orchestre de chambre. L’exercice périlleux semblait, hier, très exigeant, même s’il était globalement bien maîtrisé.

    Le chant de la terre
    Beethoven : Quatuor op. 135 (transcription pour cordes de Jean-Marie Zeitouni). Mahler : Le chant de la terre (réduction de Glen Cortese, 2006). Richard Cox (ténor), Michèle Losier (mezzo), I Musici de Montréal, Jean-Marie Zeitouni. Salle Bourgie, mercredi 12 octobre 2016.












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