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    Critique concert

    Apprendre du passé pour imaginer l'avenir

    1 octobre 2016 |Christophe Huss | Musique
    La Société de Musique contemporaine du Québec entamait vendredi la saison de ses 50 ans.
    Photo: Angel Montiel La Société de Musique contemporaine du Québec entamait vendredi la saison de ses 50 ans.
    Critique concert
    Broadway Boogie-Woogie
    « Concert festif et gratuit pour célébrer les 50 ans de la SMCQ ». Conlon Nancarrow: Piece n° 2 for Small Orchestra (1986). Jean Papineau-Couture: Fantasque, pour violoncelle (1995). Pierre Mercure: Tétrachromie (1963). Louis Andriessen: De Materie (1984-88), 3e Partie, « De Stijl » (1984-85). Caroline Milot, violoncelle, Karen Young, récitante, Ensemble de la SMCQ, Walter Boudreau. Salle Pierre-Mercure, vendredi 30 septembre 2016.

    Parfois le spectacle est, aussi, dans la salle. Celui-ci n'a pas duré. Ginette, Georgette et Germaine, assises devant moi, s'étaient donné rendez-vous à un grand concert gratuit. Il était question de Broadway et il y aurait du boogie-woogie. Que risquaient-elles, au fond ? C'est qu'elles ne s'attendaient pas vraiment au menu du Grand Walter avec ses chaussures rouges, qui avait revêtu pour l'occasion sa plus belle veste ignifuge. 

     

    Arrive donc la Pièce n° 2 de Conlon Nancarrow. Les permanentes s'agitent devant moi. Ginette évite de justesse la syncope (c'eût été trop: il y en avait assez dans la musique), puis toutes partent à rire en se trémoussant. Un rire ininterrompu. Ginette, Georgette et Germaine ont tenu comme cela sept minutes. Le spirituel chef de guerre de la contemporaine doit réaliser qu'il y a encore un long chemin avant la démocratisation… 

     

    Quoique… Quoique Louis Andriessen a trouvé un filon, car il réconcilie création et spectacle. Il y a une intelligence jubilatoire dans De Stijl, la 3e partie de De Materie, fresque de deux heures, créée en 1989 dans une mise en scène de Robert Wilson. À la base, déjà, il y a une réflexion sur l'originalité du dispositif, un carcan que Stravinski avait brisé en « orchestrant » Les noces pour 4 pianos et percussion. L'ensemble requis par Andriessen fait la part belle aux saxophones et flûtes. Il y a aussi des voix, une narratrice, une basse funky et un piano boogie-woogie. Formidable idée que son positionnement en arrière de la salle, comme l'écho d'un saloon. 

     

    Je comprends l'attachement de Walter Boudreau pour Andriessen, l'imprévisible iconoclaste. Andriessen est distrayant, aussi. Il y a là matière à réflexion, car voilà un créateur qui ne se retranche pas dans un intellectualisme obtus (intellectualisme certes, mais pas obtus). Si elles étaient restées, Ginette, Georgette et Germaine auraient peut-être même apprécié, avec le sourire.

     

    Le contretemps devient religion dans la 2e pièce de Nancarrow. La chose demande d'être bien disposée, d’autant plus qu'une sonorisation trop envahissante gonfle les graves. Il y a des fragments épars, qui peinent à s'accoler dans une section centrale plus sage. C'est une étude sur le rythme; les rythmes. Mais Nancarrow ne touche pas la corde sensible, contrairement à la très belle pièce pour violoncelle seul de Papineau-Couture, somptueusement interprétée par Caroline Milot. 

     

    Le travail des percussions dans Tétrachromie de Mercure, qui a été enregistré mais jamais joué en public, fut plus que remarquable. Là aussi le dispositif est titillant: clarinette, saxophone alto, clarinette/clarinette basse, quatre percussions et bande stéréo. Les vents ponctuent, les percussions brodent, presque mélodiques, alors que plane et s'insinue une électronique nouvellement reconstituée par Mario Gauthier. Aucune idée comment on pouvait imaginer que les Grands Ballets canadiens danseraient un jour là-dessus. Sauf erreur de ma part, ils ne l'ont jamais fait.

     

    Walter Boudreau voulait fait de ce premier concert du 50e anniversaire un « retour vers le futur », dans lequel l'héritage du passé puisse servir de leçon. Ce concert, très soigné, avec beaucoup d'effets d'éclairage, a atteint son but, avec la « création » de Mercure et cette oeuvre d'Andriessen, compositeur qui a digéré le minimalisme américain pour l'amener vers d'autres rives. On pourrait d'ailleurs imaginer une série d'événements carrément didactiques sur un thème dérivé du concept du présentateur Rob Kapilow intitulé « What makes it great ? ». Walter Boudreau ferait un bon guide, et peut être Ginette aurait-elle le courage de revenir…

    Broadway Boogie-Woogie
    « Concert festif et gratuit pour célébrer les 50 ans?de la SMCQ ». Conlon Nancarrow: Piece n° 2 for Small Orchestra (1986). Jean Papineau-Couture: Fantasque, pour violoncelle (1995). Pierre Mercure: Tétrachromie (1963). Louis Andriessen: De Materie (1984-88), 3e Partie, « De Stijl » (1984-85). Caroline Milot, violoncelle, Karen Young, récitante, Ensemble de la SMCQ, Walter Boudreau. Salle Pierre-Mercure, vendredi 30 septembre 2016.












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