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    Entrevue

    Walter Boudreau, chef de guerre

    La Société de musique contemporaine fête 50 ans de résistance

    24 septembre 2016 |Christophe Huss | Musique
    Walter Boudreau voit dans la SMCQ un «beau bijou qu’il faut polir».
    Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Walter Boudreau voit dans la SMCQ un «beau bijou qu’il faut polir».

    La Société de musique contemporaine du Québec (SMCQ) célèbre cette année son cinquantenaire. Sa création avait marqué « le début de la reconnaissance officielle de la musique contemporaine au pays ». Une première victoire qui a mené à une série de batailles que son chef actuel, Walter Boudreau, poursuit avec la fougue des débuts. Entrevue-bilan.


    Walter Boudreau, 68 ans, fermement attaché au gouvernail, juge la performance de la SMCQ exemplaire dans un contexte culturel qui relève du chemin de croix pour les arts comme le sien. « Si j’ai pu tenir le coup aussi longtemps comme directeur artistique d’une société comme la SMCQ, c’est parce que j’ai la couenne dure — je me compare un peu à Fidel Castro : il en a vu passer, des présidents américains qui tous ont voulu l’empoisonner ou l’assassiner, mais il est encore là ! — et parce que je suis à l’écoute de choses qui ne sont pas forcément mes premiers choix. »

     

    « Pour faire une bonne job de directeur artistique, il faut laisser de côté ses penchants personnels. Je m’entoure d’un comité artistique, je ne peux pas être partout, être de toutes les batailles, même si je mène une guerre, ça, c’est certain ! » Le général de « plein d’armées, plein d’ensembles qui se battent » est particulièrement fier du festival Montréal/Nouvelles Musiques (« 24 000 entrées pour un festival de musique contemporaine ! ») et des séries « Hommage », qui fêtent un compositeur pendant un an. « C’est un plan intelligent d’intégration du compositeur dans la société : on donne 200 événements touchant 40 000 personnes. »

     

    Pour ce 50e anniversaire, Boudreau a voulu rendre hommage aux fondateurs. Il faut savoir que la petite histoire du mouvement remonte en fait à cinq ans plus tôt, en 1961, alors que l’homme de médias et compositeur Pierre Mercure avait organisé dans la métropole la Semaine internationale de musique actuelle. C’est là le véritable acte fondateur du mouvement, rappelle Boudreau.

     

    Ce même Mercure posa les jalons de la Société de musique contemporaine du Québec, en 1966. Mais il ne vit pas sa création, décédant dans un accident de la circulation en France, le 29 janvier 1966. Le concert inaugural de la saison 2016-2017 de la SMCQ, vendredi à 19 h, aura évidemment lieu à la salle Pierre-Mercure du boulevard De Maisonneuve.

     

    Les pompiers de Kent

     

    Hommage sera rendu à Jean Papineau-Couture et à Pierre Mercure dans le concert de vendredi ; à Serge Garant en novembre. « La musique de Papineau-Couture très réussie est la musique néoclassique. Je trouve qu’il s’est perdu dans la mouvance du sérialisme, comme nombre de ses collègues », dit le directeur artistique de la SMCQ au Devoir. Boudreau a choisi Fantasque, une oeuvre pour violoncelle.

     

    Le clou du concert sera assurément la création posthume d’une oeuvre de Pierre Mercure, Tétrachromie, destinée aux Grands Ballets canadiens et écrite pour quatre percussions, trois vents et électronique. « Mario Gauthier a réussi à reconstituer l’électronique et toute la partition », se réjouit Walter Boudreau, qui a associé les compositeurs québécois à deux iconoclastes : Louis Andriessen et Conlon Nancarrow. « Broadway boogie-woogie d’Andriessen est une oeuvre d’une incroyable force : pour moi, c’est la musique contemporaine qui est sortie de son cercle, de ses préjugés, et de ses “contre ci, contre ça”, puisque pendant longtemps la musique contemporaine, c’était éviter de faire des choses. » Boudreau avoue sa « fascination pour des personnages difficiles à cataloguer ». Bref, ses alter ego.

     

    Pour la création de son grand projet personnel, les Berliner Momente, il entrevoit désormais l’horizon 2019. « Il y a quelques années, je suis allé voir Kent Nagano afin qu’il me prête l’OSM pour faire mes Berliner Momente. C’est juste s’il n’a pas appelé les pompiers pour m’arroser ! »

     

    De cette partition, « très accessible pour le grand public, mais d’une complexité à s’arracher les cheveux sur la tête », qui l’a occupé pendant 20 ans, les deux premiers des cinq mouvements seront joués en février.

     

    Du papier-toilette en Sibérie

     

    Walter Boudreau qualifie la programmation de la saison anniversaire d’« exercice impossible ». « On n’a pas les moyens de nos ambitions. J’aurais bien aimé donner 50 concerts pour nos 50 ans, mais, à lui seul, celui de vendredi coûte 70 000 $. » Les moyens financiers de la SMCQ sont stables, alors que les coûts de production augmentent. « On a des évaluations dithyrambiques, on va chercher beaucoup d’argent dans le privé, mais… », se désole-t-il.

     

    Walter Boudreau a caressé un fol espoir, il n’y a pas si longtemps : « On a tous applaudi en apprenant que le gouvernement canadien allait bonifier le Conseil des arts du Canada, mais au lieu que cet argent soit majoritairement consacré à consolider l’infrastructure des organismes qui oeuvrent dans les arts, comme l’OSM, la SMCQ ou le Quatuor Molinari, ils ont gardé cela chez eux et inventé une affaire qui s’appelle le Nouveau Chapitre. Dans ce cadre-là, il faut faire application pour demander à genoux à Ottawa des sous pour des projets spécifiques jugés par d’autres personnes. »

     

    Or, pour Walter Boudreau, « une institution a tout ce qu’il faut — une équipe, une expertise — pour générer des projets ». La situation lui « rappelle l’URSS, où Khrouchtchev décidait quel papier-toilette devait être utilisé en Sibérie. C’est d’ailleurs pour cela qu’il n’y en avait pas du très bon ! »

     

    Reste aussi un autre défi majeur : « l’acceptation et l’inclusion » des compositeurs et de la création musicale dans la société. « Tout le monde n’aime pas forcément les chorégraphies de Marie Chouinard, le théâtre de Michel Tremblay ou les films de Gilles Carle. Mais personne ne remet en cause le génie de ces personnes. En musique, ce n’est pas cela du tout. »

     

    C’est pour cela que Walter Boudreau, qui « porte le flambeau avec fierté », considère qu’« à 50 ans, on n’est pas un vieillard en marchette ! » et que la SMCQ, ce « beau bijou qu’il faut polir », a « le vent dans les voiles ».

     

    « Tant que j’aurai l’énergie pour relever des défis, je serai là ! » Et les défis ne manquent pas.


    Événements du 50e anniversaire 30 septembre 2016 Broadway boogie-woogie. Oeuvres de Papineau-Couture, de Mercure, d’Andriessen et de Nancarrow. (Pierre-Mercure, à 19 h. Concert gratuit).

    10 novembre 2016 Chants d’amour de Serge Garant et Kontakte de Karlheinz Stockhausen.

    23 février-4 mars 2017 Festival Montréal/Nouvelles Musiques (MNM). Avec, les 23 et 24, Berliner Momente (I-II) de Walter Boudreau et, le 26, la reprise de la Symphonie du millénaire.

    Avril 2017 De Lennon à Pink Floyd, les années glorieuses du rock progressif.

    Mai 2017 Niemandslandhymnen, événement de Sandeep Bhagwati.
     












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