Marc Ribot: Une guitare et deux chapeaux
Il joue de la guitare sur tous les bons disques. Ceux de Tom Waits à la fin des années 80, d'Elvis Costello (dont Spike), le merveilleux Chatterton d'Alain Bashung, d'autres encore de Marianne Faithfull, Mory Kante, David Sylvian, Tricky, Susana Baca, Laurie Anderson, John Zorn. La liste fournie par le site www.marcribot.com fait une grosse page et demie à simple interligne. Il joue aussi pour lui-même, seul avec ses manches (The Book Of Heads, Don't Blame Me, Saints) ou avec ses aminches (le projet Los Cubanos Postizos, couronné de succès). C'est à la fois l'accompagnateur — ce soir, avec la chanteuse Sarah-Jane Morris au Club Soda) — et l'artiste solo — demain, dans le cadre de la série Guitare! au Gesù — qu'il débarque au FIJM. En bagage, deux chapeaux et une guitare.
«Ce n'est pas une stratégie concertée», nuance Ribot entre deux bâillements plus ou moins étouffés, de son appartement à Brooklyn. Il est 22h et il sort du studio. Il y était aussi la semaine d'avant à la même heure, lors de ma première tentative d'appel: il enregistrait des pistes de guitare pour le prochain album de celle qu'il appelle «Mrs. Springsteen» (Patti Scialfa, compagne de Bruce). «Pour dire la vérité, ça me rend un peu schizophrène de penser que je vais jouer deux rôles différents en deux jours.»
C'est que le gaillard est un méticuleux, un appliqué. Artisan autant qu'artiste. Explorateur autant que perpétuateur. Tête chercheuse autant qu'héritier naturel de mille grands guitaristes de l'histoire du rock, du blues, du r'n'b et du jazz. Écouter le récent Saints, c'est comprendre d'où la guitare vient et jusqu'où elle peut aller: des standards blues (St. James Infirmary), rock (délicate relecture du Happiness Is A Warm Gun des Beatles), et pop (Somewhere, de West Side Story) jusqu'aux aventures des Zorn et consorts (Book Of Heads # 13), Ribot déconcerte aussi aisément qu'il réconforte. «Je n'essaie pas plus de demeurer près de ce qui est familier que de m'en éloigner. J'essaie de ne pas me perdre moi-même, c'est tout. J'espère seulement ne pas être trop différent de la majorité des gens, que mon travail puisse les intéresser.»
Heureusement, Ribot a les racines trempées dans les bonnes eaux. Les boueuses. Celles du Mississippi. À ses débuts, il a accompagné tous les survivants de Stax-Vault, maison mère du soul à Memphis, de Wilson Pickett à Solomon Burke. Rien de mieux que de reproduire les licks et les riffs de Steve Cropper, le légendaire — et toujours actif — guitariste de toutes les sessions chez Stax, pour cimenter des fondations. «J'étais dans le "house band" du club Tramps de New York au début des années 80: on y ravivait l'héritage Stax-Vault, et tous les grands anciens y passaient. Je me souviens d'une soirée fabuleuse où j'avais joué avec Rufus Thomas.»
Ribot ne baille plus: le ton est enthousiaste. «C'était un apprentissage en accéléré. Un cours intensif chaque jour. Les artistes arrivaient le jour du show, et on essayait d'apprendre le répertoire dans l'après-midi. Je repiquais les partitions des cuivres à partir des disques, c'était fou. Il m'arrive encore de jouer avec des pionniers: plusieurs des fondateurs du rock'n'roll, un Chuck Berry, un Ike Turner, sont encore actifs. Ce n'est plus vrai en jazz. Il faut en profiter, ça ne durera pas.» Autant porter plusieurs chapeaux: les occasions sont multipliées. «Je suis dans une position idéale.»
«Ce n'est pas une stratégie concertée», nuance Ribot entre deux bâillements plus ou moins étouffés, de son appartement à Brooklyn. Il est 22h et il sort du studio. Il y était aussi la semaine d'avant à la même heure, lors de ma première tentative d'appel: il enregistrait des pistes de guitare pour le prochain album de celle qu'il appelle «Mrs. Springsteen» (Patti Scialfa, compagne de Bruce). «Pour dire la vérité, ça me rend un peu schizophrène de penser que je vais jouer deux rôles différents en deux jours.»
C'est que le gaillard est un méticuleux, un appliqué. Artisan autant qu'artiste. Explorateur autant que perpétuateur. Tête chercheuse autant qu'héritier naturel de mille grands guitaristes de l'histoire du rock, du blues, du r'n'b et du jazz. Écouter le récent Saints, c'est comprendre d'où la guitare vient et jusqu'où elle peut aller: des standards blues (St. James Infirmary), rock (délicate relecture du Happiness Is A Warm Gun des Beatles), et pop (Somewhere, de West Side Story) jusqu'aux aventures des Zorn et consorts (Book Of Heads # 13), Ribot déconcerte aussi aisément qu'il réconforte. «Je n'essaie pas plus de demeurer près de ce qui est familier que de m'en éloigner. J'essaie de ne pas me perdre moi-même, c'est tout. J'espère seulement ne pas être trop différent de la majorité des gens, que mon travail puisse les intéresser.»
Heureusement, Ribot a les racines trempées dans les bonnes eaux. Les boueuses. Celles du Mississippi. À ses débuts, il a accompagné tous les survivants de Stax-Vault, maison mère du soul à Memphis, de Wilson Pickett à Solomon Burke. Rien de mieux que de reproduire les licks et les riffs de Steve Cropper, le légendaire — et toujours actif — guitariste de toutes les sessions chez Stax, pour cimenter des fondations. «J'étais dans le "house band" du club Tramps de New York au début des années 80: on y ravivait l'héritage Stax-Vault, et tous les grands anciens y passaient. Je me souviens d'une soirée fabuleuse où j'avais joué avec Rufus Thomas.»
Ribot ne baille plus: le ton est enthousiaste. «C'était un apprentissage en accéléré. Un cours intensif chaque jour. Les artistes arrivaient le jour du show, et on essayait d'apprendre le répertoire dans l'après-midi. Je repiquais les partitions des cuivres à partir des disques, c'était fou. Il m'arrive encore de jouer avec des pionniers: plusieurs des fondateurs du rock'n'roll, un Chuck Berry, un Ike Turner, sont encore actifs. Ce n'est plus vrai en jazz. Il faut en profiter, ça ne durera pas.» Autant porter plusieurs chapeaux: les occasions sont multipliées. «Je suis dans une position idéale.»
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