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    Le «Boléro» de Ravel tombe dans le domaine public

    La populaire oeuvre de 17 minutes est jouée «à tout moment quelque part»

    3 mai 2016 | Franck Iovene - Agence France-Presse à Paris | Musique
    Maurice Ravel au piano, en 1914
    Photo: Durand & Cie Éditeurs / Library of Congress / Domaine public Maurice Ravel au piano, en 1914

    Elle est sans doute l’une des oeuvres musicales les plus jouées au monde et aussi l’une des plus singulières. Le Boléro de Maurice Ravel est tombé dimanche dans le domaine public, 88 ans après sa première interprétation à l’Opéra de Paris.

     

    « On a coutume de dire qu’une exécution du Boléro commence toutes les dix minutes dans le monde. Puisque l’oeuvre dure 17 minutes, elle est donc jouée à tout moment quelque part », explique à l’AFP Laurent Petitgirard, compositeur et président de la Société française des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique (SACEM).

     

    « Et on peut penser qu’on va l’entendre encore plus à présent, dans des publicités ou dans des films », ajoute-t-il.

     

    Composée en 1928 et créée le 22 novembre de la même année à l’opéra Garnier à Paris, l’oeuvre symphonique est, à l’origine, une musique de ballet commandée par la danseuse russe Ida Rubinstein, amie et mécène de Ravel.

    C’est une écriture simple et directe sans la moindre tentative de virtuosité
    Maurice Ravel à propos du Boléro
     

    Aussitôt salué par la critique, le Boléro connaîtra rapidement un succès planétaire même si sa mélodie uniforme et son rythme répétitif en crescendo ont dérouté plus d’un mélomane. Ses détracteurs le disent lancinant, voire agaçant.

     

    L’histoire dit qu’à une de ses premières représentations, une vieille dame cria « au fou » et que Ravel hochant la tête, dit à son frère : « En voilà une qui, au moins, a compris. »

     

    Le Boléro fut édité pour la première fois en 1929 par les éditions Durand, et sa première interprétation en concert (sans chorégraphie associée) eut lieu salle Gaveau, à Paris, le 11 janvier 1930.

     

    « C’est une écriture simple et directe sans la moindre tentative de virtuosité », disait de son oeuvre le compositeur français, mort en 1937.

     

    « C’est une pièce expérimentale, une mécanique de précision et une démonstration de génie », résume Laurent Petitgirard, qui a dirigé le Boléro comme chef d’orchestre.

     

    Ancien condisciple de Ravel, le compositeur français Florent Schmitt critiqua, lui, à plusieurs reprises le Boléro « erreur unique dans la carrière de l’artiste le moins sujet à l’erreur ».

     

    En près de 90 ans d’existence, l’oeuvre a été jouée par les plus prestigieux orchestres du monde, sous la baguette des plus grands chefs (Arturo Toscanini, Seiji Ozawa, Claudio Abbado, Pierre Boulez…). Elle a aussi inspiré une multitude de chorégraphies, la plus connue étant sans doute celle créée par Maurice Béjart, en 1961, pour le Ballet du XXe siècle.

     

    70 ans plus deux guerres

     

    Pourquoi le Boléro tombe-t-il aujourd’hui dans le domaine public ? Les droits d’une oeuvre en France tombent 70 ans après la mort de l’auteur. Mais la loi prévoit des prorogations qui visent à compenser le manque à gagner des artistes français durant les deux guerres mondiales. Ainsi le Boléro de Ravel était protégé pour une durée de 70 ans à compter de 1938 (année qui suit la mort de Ravel) à laquelle ont été ajoutées huit années, ce qui portait la protection jusqu’au 1er mai 2016.

     

    Oeuvre de tous les records, le Boléro est resté jusqu’en 1994 à la première place du classement mondial des droits d’auteur. Elle était encore en 103e position en 2015.

     

    De quoi susciter quelques convoitises d’autant que Maurice Ravel, qui était célibataire, est mort à 62 ans sans descendance.

     

    Après le décès en 1960 de son frère Édouard, son seul héritier, s’ouvrit une période de procès à répétition visant à faire main basse sur le pactole que représentaient les droits d’auteur générés par les oeuvres de Ravel.

     

    Un rocambolesque imbroglio juridique où se mêleront, au fil des années, la masseuse d’Édouard Ravel, Jeanne Taverne, son mari chauffeur et factotum, Alexandre, des petits-neveux du compositeur ou encore un directeur juridique de la SACEM.

     

    Il faut dire que l’affaire est plutôt juteuse, la totalité des droits d’auteur versés depuis 1960 aux ayants droit et autres éditeurs étant estimée entre 400 et 500 millions d’euros, dont une cinquantaine de millions pour le seul Boléro, selon diverses estimations. Des droits qui ne sont plus versés depuis dimanche, date à laquelle le Boléro appartient dorénavant à tous.













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