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    Critique concert

    Antoine Tamestit traque l’inouï

    29 avril 2016 |Christophe Huss | Musique
    Antoine Tamestit
    Photo: Eric Larrayadieu Antoine Tamestit

    Antoine Tamestit est, avec Lawrence Power et Maxim Rysanov, un grand altiste de la « nouvelle génération » (tous trois sont nés entre 1977 et 1979), celle qui suit Nobuko Imaï, Gérard Caussé, Kim Kashkashian et Tabea Zimmermann.

     

    Le récital donné avec Shai Wosner, et qui sera repris à Québec, à 16h, ce samedi au Palais Montcalm sous l’égide du Club musical de Québec, repose sur les plus grands chefs-d’oeuvre du romantisme allemand pour l’alto : les Märchenbilder de Schumann et les deux sonates tardives de Brahms, qui se donnent également avec clarinette. Tamestit y ajoute l’Adagio et Allegro de Schumann, que l’on entend en général au violoncelle, et A Bird Came Down the Walk de Takemitsu, oeuvre subtilement planante qu’il présente de manière très spirituelle.

     

    Au bout de la soirée — et déjà à la pause — une chose saute aux yeux et, surtout aux oreilles : Antoine Tamestit est un artiste unique qui nous fait accéder à l’inouï. Le son qui émane de l’alto « Mahler », le plus ancien des altos fabriqués par Stradivarius parvenus jusqu’à nous, est quasiment irréel. Précisons que cette rareté (il reste dix altos Stradivarius) ne porte pas le nom d’un précédent propriétaire. Il s’appelle Mahler car un acheteur suisse l’a acquis en 1960, l’année du centenaire de la naissance de Gustav Mahler.

     

    Ce qui est extraordinaire ici, c’est la plénitude sonore, même dans les nuances les plus infimes. Rien ne sonne creux, ligneux ou caverneux. La Maison symphonique, où les rideaux avaient été heureusement tirés à l’arrière, a magnifié cet instrument et le jeu du grand artiste français. Rien n’est plus beau, chez Tamestit, que la confidence intimiste : l’attaque de l’Adagio de Schumann, l’Andante un poco adagio de la Sonate opus 120 n° 1 et, chef-d’oeuvre des chefs-d’oeuvre, le 4e tableau, mélancolique, des Märchenbilder à tomber en pâmoison.

     

    La technique d’archet est somptueuse, par exemple dans le 3e tableau de Schumann, où l’archet doit être sautillant (« springend »). Mais le point fort de l’approche artistique de Tamestit est la palette large et juste des pianissimo, piano, espressivo, et autres dolce. Pour l’altiste une nuance n’est pas une vague intention, c’est une règle. Et en suivant tout à la lettre, le texte s’éclaire. Cela a l’air simple, mais cherchez le nombre d’artistes qui ont cette éthique. Vous m’en direz des nouvelles…

     

    Si le concert tient de bout en bout de la magie, c’est aussi parce que Shai Wosner est un partenaire idéal, qui déploie tout aussi scrupuleusement la même palette. On l’a compris d’emblée, dans l’extinction de son Adagio de Schumann. Les Brahms ont tout confirmé. Si vous habitez Québec, courrez vivre ça, samedi au Palais Montcalm !

     

    En prélude au concert, Pro Musica a dévoilé sa saison 2016-2017. Nous connaissions déjà les affiches « Les Récitals » partagées avec l’OSM : James Ehnes, Yefim Bronfman, András Schiff et Louis Lortie. S’y ajoutent les artistes de la Série Pierre-Rolland, soit les Quatuors Hagen et Prazak, le pianiste Lukas Geniusas et le duo Jean-Guihen Queyras Alexander Melnikov. Quant à la série Dominica, elle recevra notamment, le 5 mars 2017, la soprano coréenne Hyesang Park, seconde de Chant 2015 qui développe sa voix de manière impressionnante à New York.

    Pro Musica
    Récital Antoine Tamestit (alto) et Shai Wosner (piano). Schumann : Adagio et Allegro, opus 70, Märchenbilder, opus 113. Takemitsu : A Bird Came Down the Walk. Brahms : Sonates pour alto et piano op. 120 n° 1 et 2. Maison symphonique de Montréal, jeudi 28 avril. Reprise samedi 30 à 16h au Palais Montcalm de Québec.












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