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    Murray Perahia face à une montagne

    Le pianiste américain sera la vedette d’un récital hors-normes, mercredi

    30 avril 2016 |Christophe Huss | Musique
    Murray Perahia a été engagé par le célèbre éditeur Henle pour piloter une édition révisée des partitions des sonates de Beethoven.
    Photo: Nana Watanabe Murray Perahia a été engagé par le célèbre éditeur Henle pour piloter une édition révisée des partitions des sonates de Beethoven.

    Le petit prince du piano est là depuis si longtemps qu’on a de lui l’inaltérable image du poète mozartien, immortalisée par l’intégrale des concertos pour piano du compositeur salzbourgeois qui a marqué les années 1980. Murray Perahia vient, le 19 avril, d’entrer dans sa 70e année. Il nous visite pour une seconde fois à la Maison symphonique de Montréal, mercredi. Une visite bienvenue.

     

    Nous avons tous droit à cette séance de rattrapage avec Murray Perahia. Lorsque le fameux pianiste était venu à la Maison symphonique en octobre 2012, c’était après une éclipse de 24 ans, son précédent concert montréalais datant de 1988.

     

    Cette importante soirée reste, pourtant, un souvenir amer puisqu’une large partie du public s’était fait massacrer le concert par l’appareil auditif d’un spectateur qui émettait d’incessants « bip bip » dans les fréquences aiguës. Ce type d’événement s’étant reproduit à deux ou trois reprises ensuite, nous entendons désormais une annonce demandant, avant le début du concert, « d’ajuster les appareils auditifs ».

     

    Perahia, lui aussi, nous doit une revanche car, en actionnant les pédales, il avait très largement abusé du claquement du talon, notamment dans Schubert. Maria João Pires nous ayant déjà servi cette désagréable médecine cette année, nous n’avons pas envie d’y goûter de nouveau. Un pianiste international d’expérience doit pouvoir maîtriser, malgré l’exaltation du concert, cette composante qui peut ruiner l’agrément de l’écoute musicale.

     

    Un programme monumental

     

    Nous aurons bien besoin de toute notre concentration pour absorber un programme très exigeant pour le pianiste et pour l’auditeur.

     

    La première partie est dédiée à trois compositeurs : Haydn, Mozart, Brahms. Les Variations Hob XVII : 6, un bijou de la maturité de Haydn, constituent un préambule parfait à la dense et tendue Sonate en fa mineur de Mozart (K. 310/300d), composée après la mort de la mère du compositeur. Murray Perahia commencera sa partie consacrée à Brahms avec ce qui fut le dernier rappel de son précédent récital ; la Ballade en sol mineur, op. 118, no 3. Toutes les pièces choisies sont issues des quatre ultimes opus pianistiques de Brahms : Opus 116 no 1, Opus 118 nos 2 et 3 et Opus 119 nos 2 et 3. On rappellera que Perahia, qui s’est fait très rare au disque, a consacré l’une de ses dernières parutions, il y a six ans, aux pièces Opus 118 et 119 de Brahms.

     

    Mais la grande surprise nous viendra après la pause, puisque Perahia s’attaquera à l’un des plus imprenables sommets de la littérature pianistique : la Sonate no 29, « Hammerklavier » de Beethoven. La Hammerklavier (dont le nom signifie pianoforte en allemand) est la plus longue des oeuvres pour piano de Beethoven et du répertoire pianistique en général (50 minutes), un monument comme peuvent l’être la 9e Symphonie ou la Missa solemnis. Lors d’une entrevue avec Jean-Efflam Bavouzet, ce dernier se souvenait de son apprentissage de « la fugue de la Sonate Hammerklavier de Beethoven ». Le pianiste français s’y était plongé sans pouvoir en sortir, un processus résumé par le constat : « Il y a trois jours où l’on ne peut pas dormir. »

     

    Le défi

     

    Si le programme surprend au plus haut point, c’est que non seulement on n’a jamais vu un pianiste de 69 ans spécialiste de Mozart, Bach et Schubert soudain poussé par une urgence de prendre cette partition titanesque à bras-le-corps. Mais plus encore, s’il y a un pianiste que l’on n’imaginait jamais aux prises avec la Hammerklavier, c’est bien Murray Parahia. Si vous suivez la carrière du pianiste américain, vous noterez que depuis plus de 20 ans il s’est fait plutôt discret. En effet, sa carrière a été marquée par des diminutions physiques, notamment le pouce de sa main droite, avec une blessure mal cicatrisée au début des années 90 et une récidive en 2004.

     

    Perahia s’en était ouvert lors d’une entrevue avec Piano magazine : « Il y a une vingtaine d’années, on a découvert une malformation osseuse de l’un de mes pouces et je souffre d’inflammation par intermittence. J’ai bien cru, à de trop nombreuses reprises, ne plus pouvoir continuer à jouer. La dernière fois, cela a duré près d’un an et demi. Et puis mes capacités sont revenues. Mais j’ai vécu l’enfer : seule la musique, par l’écoute ou la lecture de partitions, a pu me consoler de ne plus pouvoir jouer. »

     

    Ce qui lie Perahia à Beethoven est plus profond qu’on ne l’imagine, puisque le pianiste a été engagé par le célèbre éditeur Henle pour piloter une édition révisée des partitions des sonates. Il a donc étudié jusqu’aux brouillons et esquisses manuscrites de Beethoven, ainsi que les éditions princeps, et s’est totalement plongé dans l’oeuvre pianistique du compositeur. Perahia a avoué depuis que ce travail avait équilibré son existence lorsque ses problèmes de santé l’ont à nouveau éloigné des scènes après 2004.

     

    Entendre Murray Perahia dans la plus redoutable des sonates sera un événement et, on l’espère, un privilège. À l’éditeur Artaria qui demandait à Beethoven s’il était conscient des difficultés de la Hammerklavier, le compositeur répondait : « Ce qui est difficile appartient à la catégorie du Beau, du Bon et du Grand. »

    Murray Perahia
    Haydn, Mozart, Brahms, Beethoven à la Maison symphonique de Montréal, mercredi 4 mai à 20 h. Pour préparer le concert en écoutant la Hammerklavier au disque, par exemple avec les versions Backhaus (Decca), Guilels (DG), Serkin (Sony) ou Uchida (Philips).












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