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    Nikolaus Harnoncourt (1929-2016)

    La mort du guide

    7 mars 2016 |Christophe Huss | Musique
    Nikolaus Harnoncourt en juillet 2012 lors d’une répétition à Salzbourg, en Autriche
    Photo: Barbara Gindl / APA / Agence France-Presse Nikolaus Harnoncourt en juillet 2012 lors d’une répétition à Salzbourg, en Autriche

    Le chef d’orchestre autrichien Nikolaus Harnoncourt est mort à l’âge de 86 ans, quatre mois après l’annonce de son retrait des scènes. Il restera comme le plus éminent musicien classique de l’après-guerre.

     

    La mort de Nikolaus Harnoncourt, comte Nikolaus de la Fontaine und d’Harnoncourt-Unverzagt, né le 6 décembre 1929, a été annoncée dimanche par un sobre communiqué de l’agence APA, citant sa famille : « Nikolaus Harnoncourt a rendu son dernier souffle paisiblement dans le cercle familial. »

     

    L’importance de Nikolaus Harnoncourt, depuis la fin des années 1950, comme interprète dans l’univers de la musique classique est gigantesque et tentaculaire. Seul Dietrich Fischer-Dieskau, qui a fait revivre et découvrir encyclopédiquement la mélodie et le Lied, peut lui être comparé. Il y a un avant et un après Harnoncourt, encore plus important que l’avant et après Fischer-Dieskau.

     

    Renaissances

     

    Harnoncourt est avec Gustav Leonhardt le grand pionnier de la redécouverte du répertoire baroque, mais aussi un théoricien de son interprétation et des instruments idoines pour le mettre en valeur. De ce mouvement sont nés non seulement un engouement pour un répertoire quasiment disparu, mais aussi un renouveau de la facture instrumentale. La musique de Monteverdi a commencé à émerger d’un sommeil de plus de trois siècles grâce à Harnoncourt.

     

    Nikolaus Harnoncourt, violoncelliste de formation, est un chercheur musicien, qui a d’ailleurs créé son ensemble, le Concentus Musicus de Vienne, pour servir et porter ses idées. Ce qui distingue Harnoncourt de Leonhardt est le spectre beaucoup plus large de ses intérêts et champs d’activité. Il a enregistré la musique ancienne, la musique baroque, notamment Bach, classique (Mozart), pré-romantique (Beethoven), romantique (Brahms et Bruckner). Et il n’a pas dédaigné des projets ponctuels qui le passionnaient : les valses de Strauss, dont deux concerts du Nouvel An à Vienne, Aïda et même Porgy and Bess !

     

    Ce faisant, son parcours d’interprète a été radicalement différent de celui des « chefs traditionnels », car il fut ascensionnel, ou chronologique, allant de la Renaissance vers notre temps (dont il vomissait littéralement la musique dite d’avant-garde) alors qu’avant lui, les musiciens voyaient Mozart à travers le prisme de Brahms et du romantisme.

     

    Cette démarche, que l’on dit désormais « historiquement informée », il l’a transmise à travers son enseignement et ses enregistrements à de nombreux interprètes. Le chef hongrois Ivan Fischer en est un exemple notable.

     

    Legs

     

    La musique avant et après Harnoncourt est différente. Pour tout le processus de restauration et de copies d’instruments anciens, qui ne sont plus cantonnés aux musées. Pour toute notre connaissance du répertoire. Pour notre conscience de la manière de phraser la musique des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles, notre conscience, aussi, de ses proportions et sonorités. L’accompagnement allégé et chambriste de Kent Nagano du 3e Concerto de Beethoven, cette semaine à l’OSM, est quelque chose de totalement inenvisageable dans la culture orchestrale de 1960 par exemple.

     

    Dans la lettre annonçant son retrait, au début du mois de décembre 2015, le chef englobait son public dans une « communauté de découvreurs ». C’est le résumé de l’empreinte majeure d’Harnoncourt sur le monde musical : son approche consistait à ne rien tenir pour acquis et à se poser inlassablement des questions.

     

    Repenser la musique, partir des traités historiques, provoquer la réflexion : la carrière d’Harnoncourt est pleine de ces remises en cause s’agrégeant en une véritable conception philosophique de la musique.

     

    Certes, les progrès en matière d’interprétation et de connaissance du style baroque ont été si fulgurants et si largement partagés que nombre d’enregistrements pionniers d’Harnoncourt lui-même sont aujourd’hui désuets, et, j’ose le dire, en premier lieu l’intégrale des Cantates de Bach, partagée avec Leonhardt et qui ressemble à du brut de fonderie, voire du bricolage quand les moyens du bord, par exemple la qualité des voix d’enfants, étaient minces. Mais, même là — et là, surtout — Harnoncourt a été à l’origine du mouvement.

     

    Après Bach et les opéras de Monteverdi, il a décapé l’interprétation des symphonies de Beethoven, des opéras, symphonies et oeuvres sacrées de Mozart. Même si elles pouvaient ébranler les certitudes, même si on ne suivait pas toujours Harnoncourt (par exemple dans sa vision des Noces de Figaro de Mozart), ses approches étaient toujours argumentées.

     

    C’est pour cela qu’Harnoncourt fut un phare, un modèle. Ses idées et enregistrements lui survivront. Pour très longtemps et même à travers des musiciens de plusieurs générations.


    Cinq enregistrements majeurs Monteverdi : Les trois opéras, Warner

    Bach : Passion selon saint Mathieu (version 2001), Warner

    Mozart : Symphonies n° 39, 40 et 41 (version 2014), Sony

    Beethoven: Les Symphonies, Warner

    Bruckner : Symphonies n° 3, 4, 7 et 8, Warner












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