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    Andreas Staier et la lumière de la mélancolie

    5 mars 2016 |Christophe Huss | Musique
    Associer sonorité et répertoire est une quête d’idéal qui motive Andreas Staier.
    Photo: Josep Molina Associer sonorité et répertoire est une quête d’idéal qui motive Andreas Staier.

    C’est une visite très rare et fort précieuse qui nous arrive en récital à Montréal, jeudi 10 mars, et en concert à Québec avec l’OSQ, et Fabien Gabel au Palais Montcalm le 16. Andreas Staier est un monument de l’interprétation de la musique pour clavier, du baroque au jeune romantisme. Et sa dernière venue au Québec remonte à 2001 !

     

    Dans la famille des clavecinistes ayant succédé en éminence à Gustav Leonhardt, je choisis Andreas Staier. Dans celle des pianofortistes, c’est au sommet, aux côtés d’Alexei Lubimov et Ronald Brautigam, que je situe Andreas Staier. Parmi tous les artistes, de ceux qui ont la conscience la plus aiguë de l’instrument et la soif insatiable de découvrir des raretés et des sonorités, le hautboïste Marcel Ponseele et Andreas Staier me semblent appartenir à une classe à part — se distinguant de Sigiswald Kuijken par le fait de les dénicher, mais aussi et surtout de savoir en jouer brillamment…

     

    On peut poursuivre la litanie, sur bien des sujets, parfois inattendus. Par exemple, lorsqu’on cherche celui ou celle qui a donné au disque les interprétations les plus passionnantes des 20 dernières années des Variations Goldberg et Diabelli (alors qu’un spécialiste de Bach ne réussit pas forcément Beethoven, et vice versa), on risque bien de tomber sur Andreas Staier. Et parmi les artistes concevant des programmes originaux et passionnants, le claviériste allemand figure également en très bonne place. Il en va ainsi de Pour passer la mélancolie, récital présenté à la salle Bourgie jeudi et qu’Andreas Staier a enregistré en 2012. On y entendra des oeuvres de Froberger, d’Anglebert, Clérambault, Muffat, Louis Couperin et Johann Caspar Fischer.

     

    Surprise, et cerise sur le gâteau, il reste des places ! Si vous allez à un seul récital de clavecin de votre vie, tentez celui-là. On vous aura prévenus…

     

    Le temps qui fuit

     

    Dans son brillant préambule à Pour passer la mélancolie, Andreas Staier attire l’attention sur les « espaces de méditation […] symbolisant le silence, le vide ou la solitude », du répertoire qu’il a choisi. La chose est ô combien palpable dans Le tombeau de M. Blancrocher de Couperin. Staier oppose ces plages méditatives aux « développements réguliers, illustrant l’écoulement du temps, de l’eau et de la vie ».

     

    Sa considération la plus vertigineuse est le rapprochement qu’il opère entre musique et organologie : « La conception en ostinato de certaines chaconnes et passacailles peut parfaitement être comprise comme le symbole de l’inéluctabilité du destin — le timbre même d’une seule note jouée au clavecin peut, même lorsque la résonnance s’éteint, rappeler le caractère éphémère de toute chose terrestre. C’est le sens de l’inscription portée par le facteur anversois Andreas Ruckers sur plusieurs de ses instruments : “ Sic transit gloria mundi ”. »

     

    Ce programme, « j’ai eu la chance de l’enregistrer sur un instrument français du XVIIe siècle absolument magnifique. Je ne possède pas un instrument pareil, malheureusement », déclare Andreas Staier en entrevue au Devoir. À Montréal, il jouera un « clavecin allemand plutôt XVIIIe que XVIIe siècle, mais d’un très bon facteur ».

     

    Staier, qui collectionne les instruments, possède « une copie d’un piano Walter du temps de Mozart, un piano original de Conrad Graf de 1827 et un Broadwood de 1804 ». Comme il voyage parfois avec ses pianoforte et qu’il ne veut pas risquer de transporter un instrument, il a fait réaliser une copie « d’un autre Graf qui se trouve dans le musée Vleeshuis à Anvers ».

     

    Quel son ?

     

    Associer sonorité et répertoire est une quête d’idéal qui motive Andreas Staier. On le perçoit bien sur l’un de mes enregistrements préférés, le foisonnant programme Hambourg 1734. Le défi se corse lorsque l’on considère la captation sonore. « Je n’aime pas les captations de trop près, car cela rend les sonorités courtes et sèches et on risque d’entendre la mécanique », nous déclare-t-il. Staier trouve d’ailleurs les pianos modernes et pianoforte encore plus difficiles à capter que les clavecins : « Je connais peu d’enregistrements de pianos modernes qui ont une certaine liberté dans la respiration. »

     

    Mais le son au disque reste un mystère, même lorsque, comme Staier, on travaille avec les mêmes ingénieurs du son et dans les mêmes salles depuis deux décennies. « J’ai enregistré plusieurs disques sur un piano Érard de 1837 et chacun a un problème différent ! » s’amuse-t-il. D’ailleurs, selon lui, « on ne peut pas dire : “ Une salle sonne bien ”. Elle sonne bien pour quels instruments, dans quels répertoires ? Une salle peut se montrer meilleure pour une certaine couleur de son… »

     

    Andreas Staier est particulièrement heureux de son enregistrement des Sonates K. 330, 331 et 332 de Mozart : « C’était il y a un peu plus que 10 ans et comme c’est mon instrument, je sais que c’est vraiment bien. » Son déjà mythique enregistrement des Variations Diabelli de Beethoven, il le trouve « bon à 90 % » sur le plan sonore. « Même si l’instrument est très bien capté, il y a un peu moins de charme et de lumière » que dans la vie réelle. « C’est parfois une question de chance : tout n’est pas quantifiable », concède l’artiste. Et, après tout, « comme dans toute chose dans la vie, il n’y a pas le paradis sur terre » !


    Cinq immenses enregistrements Beethoven : Variations Diabelli. Harmonia Mundi HMC 902091
    Mozart : Concertos pour piano nos 9 et 17. Concerto Köln. Teldec 4509984122
    Soler : Variations sur le Fandango espagnol. Teldec 398421468-2
    Hambourg 1734. Harmonia Mundi HMC 901898
    Pour passer la mélancolie. Harmonia Mundi HMC 902143

    Variations Goldberg à la Cité de la musique de Paris

    Andreas Staier en concert
    À Montréal. Pour faire passer la mélancolie. À la salle Bourgie, jeudi 10 mars à 19 h 30. Billets : 514 285-2000, option 4. À Québec. Mozart : Concerto pour piano no 17 avec Fabien Gabel et l’OSQ. Au Palais Montcalm, mercredi 16 mars à 20 h. Billets 1 877 643-8131.












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