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    Musique classique

    Charles Dutoit, et maintenant?

    22 février 2016 |Christophe Huss | Musique
    Charles Dutoit avait raison de savourer le moment et de prendre la pose: il a gagné sur toute la ligne.
    Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Charles Dutoit avait raison de savourer le moment et de prendre la pose: il a gagné sur toute la ligne.

    Le second concert de Charles Dutoit dans le cadre de Montréal en lumière, samedi, s’est passé (presque) exactement comme le premier. Même discours, à la virgule près, d’Alain Simard ; même accueil chaleureux et digne du public, sans débordement ; même sensation de crescendo au fil du concert ; même concentration des auditeurs.

     

    Sur le plan musical, Le carnaval romain était plus affirmé, plus solide et mieux tenu, avec un épisode au cor anglais d’une grande tendresse. Dans Petrouchka, on a retrouvé le même théâtre de sons, mais avec un orchestre devenu presque à l’aise. Quant à la Valse et au dernier tiers de Boléro, en rappel, ils ont donné lieu à une autre théâtralisation : celle de la direction elle-même. Martha Argerich a ajouté la première pièce des Scènes d’enfants de Schumann à la Sonate K. 141 de Scarlatti, et sa libre inspiration autour du 1er Concerto de Beethoven s’avère plus gratifiante à suivre sans partition.

     

    Dans les loges, on reconnaissait cette fois Lucien Bouchard, président du conseil d’administration de l’OSM, Hélène David, ministre québécoise de la Culture, Zarin Mehta, ancien directeur général, et le pianiste Charles Richard-Hamelin, qu’Argerich avait tant apprécié lors du dernier Concours Chopin.

     

    À l’issue du concert, le chef a embrassé tout le monde et a fait de grands saluts de la main à la salle. À la prochaine donc ! Mais dans quelles conditions cette fois ?

     

    Gagnant sur toute la ligne

     

    Charles Dutoit avait raison de savourer le moment et de prendre la pose : il a gagné sur toute la ligne. Même s’il a envoyé paître l’institution OSM pendant treize années, il a eu son « concert de retour » par un biais détourné magistralement organisé par Alain Simard et Spectra, sous les applaudissements de groupie, en février 2015, du président du CA de l’OSM.

     

    Dans ce contexte, alors que le public fut impeccable, on a vu sur scène des démonstrations effusives indignes. En l’occurrence, on rappellera qu’en tant que Konzertmeister de l’OSM, en public et sur scène, M. Richard Roberts n’a pas à être l’ami de Charles Dutoit. Il est ès qualités le représentant de l’institution et, surtout, de tous les musiciens, jusque et y compris ses six collègues qui ont jugé qu’ils ne pouvaient psychologiquement pas faire face à ce retour. Cette éminente fonction imposait une attitude professionnelle réservée afin d’éviter tout risque de véhiculer la fausse représentation d’une quelconque soumission ou contrition collective.

     

    Un extrait d’un reportage de Radio-Canada de 2002 diffusé à Désautels le dimanche, hier, en disait long en quelques secondes sur « l’autre Charles Dutoit ». La page est tournée, nous dit-on. Évidemment. Un chef en visite est comme un touriste, qui peut multiplier les sourires, bons mots et opérations de charme ; alors qu’un directeur musical est le patron de l’hôtel qui doit faire marcher la boutique ! Que l’ex-patron d’hôtel puisse être un touriste agréable, tous le savaient depuis longtemps. Sauf lui. On espère qu’il en est désormais convaincu et que les conditions autour de sa visite ne feront pas inutilement renaître des clivages entre musiciens, voire compliquer le travail de Kent Nagano. Car la nostalgie qui dérape est un poison puissant et retors.

     

    Il y aura d’autres visites, si l’institution y trouve son compte. Mais cette fois elles devront se faire en saison régulière par des invitations de l’OSM que Dutoit acceptera, aux conditions de l’institution. Charles Dutoit deviendra alors logiquement un chef invité cher au coeur des Montréalais. Il nous a montré au passage quel niveau devraient avoir les chefs invités à diriger cet orchestre. On en est très loin. Et, ça, c’est un véritable chantier et enjeu. Surtout dans les trois saisons qui viennent.

    Montréal en lumière
    « Maestro Charles Dutoit et l’OSM à la Maison symphonique ». Berlioz : Le carnaval romain, ouverture. Beethoven : Concerto pour piano n° 1. Stravinski : Pétrouchka (version 1911). Ravel : La Valse. Martha Argerich (piano), Orchestre symphonique de Montréal, Charles Dutoit. Maison symphonique de Montréal, samedi 20 février 2016.












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