Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Amis du Devoir
    Connectez-vous
    Festival de jazz de Port-au-Prince

    Une (autre) histoire de résilience

    Les tensions politiques ont compliqué le travail des organisateurs du Festival de jazz de Port-au-Prince

    27 janvier 2016 | Guillaume Bourgault-Côté à Port-au-Prince | Musique
    Chaque soir, le Festival de jazz se transporte dans un bar où des «jam-sessions» durent jusqu’à tard dans la nuit. Ici, une chanteuse haïtienne accompagnée par le batteur montréalais Jim Doxas.
    Photo: Guillaume Bourgault-Côté Le Devoir Chaque soir, le Festival de jazz se transporte dans un bar où des «jam-sessions» durent jusqu’à tard dans la nuit. Ici, une chanteuse haïtienne accompagnée par le batteur montréalais Jim Doxas.

    Les organisateurs du Festival international de jazz de Port-au-Prince (FIJPAP) étaient un peu débinés samedi soir : ils venaient d’annuler le plus grand concert de la programmation de la 10e édition… Essentiellement pour rien.

     

    C’est que le saxophoniste américain Kenny Garrett devait se produire en ouverture du festival, le 23 janvier. Pour se donner le maximum de chances que le FIJPAP n’interfère pas avec le deuxième tour de l’élection présidentielle (qui devait initialement avoir lieu avant Noël), les organisateurs Joel Widmaier et Milena Sandler avaient déjà décidé de repousser le festival d’une dizaine de jours.

     

    Sauf que. La présidentielle de décembre a été annulée (le processus électoral étant embourbé depuis plusieurs années en Haïti), et le gouvernement a attendu le début de janvier pour annoncer une nouvelle date, celle du 24 janvier. Vu le contexte politique et social tendu qui entoure chaque journée électorale, Widmaier et Sandler ont alors décidé d’annuler le spectacle de Garrett, de devancer d’une journée l’ouverture du festival et de l’amputer de sa première fin de semaine.

     

    Mais l’élection du 24 janvier a été de nouveau reportée deux jours avant sa tenue. La décision n’a surpris personne en Haïti, mais elle a été prise à la toute dernière minute, vendredi après-midi, ce qui a perturbé l’ouverture du festival. Et surtout : ce qui a rendu l’absence de Kenny Garrett encore plus amère pour les organisateurs.

     

    « C’est un peu décourageant,confiait Widmaier samedi soir, dans un bar de Port-au-Prince où le FIJPAP avait convié public et musiciens à une jam-session libératrice. Mais en même temps, on est en Haïti, on compose avec les événements et on ne lâche pas. »

     

    Bulle d’oxygène

     

    On parle souvent de résilience — une capacité rare de s’adapter aux pires obstacles — pour tenter de comprendre comment Haïti survit à ses galères politiques ou aux catastrophes naturelles.

     

    Mais le terme s’applique aussi à l’échelle d’un petit festival qui lutte année après année pour présenter, dans un contexte difficile, une trentaine de spectacles jazz, la plupart gratuits et tous sous les étoiles port-au-princiennes. C’est « une bulle d’oxygène dont nous avons tous besoin », disent Widmaier et Sandler.

     

    Cette année, outre Oliver Jones et Kenny Garrett (qui honorera son contrat en décembre prochain), le couple a quand même réussi à attirer quelques gros noms : l’exceptionnel pianiste cubain Omar Sosa, son collègue espagnol Chano Dominguez et la populaire chanteuse brésilienne Eliane Elias doivent se produire jeudi et samedi. Autre habituée des scènes montréalaises, la chanteuse haïtienne Emeline Michel (« diva de la chanson créole ») sera aussi présente.

     

    Diplomatie culturelle

     

    La programmation s’articule toujours autour des vertus de la diplomatie culturelle : depuis les débuts du festival, Widmaier et Sandler demandent chaque année à une dizaine d’ambassades d’inviter à leurs frais un artiste de leur pays. C’est donc l’ambassade canadienne qui a déboursé les frais de voyage et le cachet du trio d’Oliver Jones.

     

    L’État haïtien fournit environ 35 % du budget de 280 000 $ — notamment par le ministère du Tourisme, qui donne le FIJPAP en exemple du combo culture-tourisme qu’il souhaite développer pour le pays. Plusieurs partenaires privés complètent le tableau. Mais le montage financier demeure fragile. « L’annulation des spectacles et les manifestations [qui ont fait en sorte que peu de gens sont sortis depuis vendredi] nous ont coûté près de 30 000 $ », illustre Milena Sandler.

     

    N’empêche : quand le soleil se couche sur Port-au-Prince, que les musiciens prennent la scène pour trois heures de spectacle, que la musique s’étire tard dans la nuit avec des jam-sessions qui mélangent invités et musiciens locaux, les soucis des organisateurs s’apaisent. « Parce qu’au final, on fait cela pour la musique et pour le bien qu’elle fait. C’est ce qui incite à continuer », dit Joel Widmaier.

    Les frais de ce reportage ont été en partie couverts par la Fondation Haïti Jazz.

    Chaque soir, le Festival de jazz se transporte dans un bar où des «jam-sessions» durent jusqu’à tard dans la nuit. Ici, une chanteuse haïtienne accompagnée par le batteur montréalais Jim Doxas. Les souliers du saxophoniste du Haitian All Jazz Stars en ont impressionné plusieurs, vendredi.












    Envoyer
    Fermer
    Articles les plus : Populaires|Aimés
    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.