Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Connectez-vous
    Critique concert

    Le tour de force de Thierry Escaich

    25 janvier 2016 |Christophe Huss | Musique
    Une version restaurée de «Metropolis», de Fritz Lang, a été présentée à Berlin, en 2010.
    Photo: John MacDougall Agence France-Presse Une version restaurée de «Metropolis», de Fritz Lang, a été présentée à Berlin, en 2010.
    Metropolis
    Film de Fritz Lang (1927) avec accompagnement improvisé à l’orgue Pierre-Béique par Thierry Escaich. Maison symphonique de Montréal, samedi 23 janvier 2016.

    L’alliance entre un chef-d’oeuvre du septième art et deux heures de création musicale en direct, samedi à la Maison symphonique de Montréal, a dépassé tout ce que l’on pouvait imaginer.

     

    L’improvisation, lorsqu’elle est pratiquée à un tel degré d’intelligence, de culture et de raffinement, exerce une fascination intrinsèque. Lorsque l’on connaît le mode de préparation de Thierry Escaich et que l’on peut donc parler d’improvisation « pure » — c’est-à-dire non préparée —, la saga musicale qui se déploie en direct pendant deux heures n’en est que plus stupéfiante.

     

    Sur le plan sonore, Thierry Escaich a utilisé pleinement les ressources de l’orgue Pierre-Béique. Il est vrai que Metropolis, de Fritz Lang, est un sujet en or. D’abord par la structure tripartite faisant appel à des terminologies musicales — Prélude, Intermezzo, Finale —, mais surtout par la structure dramatique, en crescendo, de scènes nettement découpées. Cette esthétique de la construction est gratifiante pour un musicien et appelle parfaitement l’exposition puis le développement, avec amplification, des thèmes.

     

    Lorsque Thierry Escaich nous disait en entrevue qu’il aurait un regard structurel sur l’oeuvre, c’était exactement cela : définir les épisodes, leur agencement, et créer des thèmes ou des textures sonores associés à des personnages ou à des situations. Le profane se régale autant que le spécialiste, car Escaich illustre et illumine le film. Les sons dans la création du double de synthèse de Marie se retrouvent quand les deux personnages (la Marie de chair et le clone) se côtoient sur la pellicule à la fin de l’oeuvre.

     

    L’esthétique respectée

     

    Escaich respecte aussi l’esthétique de 1927: il y a certes des recherches de nouvelles sonorités et harmonies, mais sur le plan du langage, le fil est souvent tissé par Franz Liszt, qui eut en matière de « poème symphonique » (terme que l’on peut aussi appliquer à l’orgue et à cet exercice) une influence jusqu’à la première moitié du XXe siècle.

     

    Il y a enfin l’intelligence, le flair du vrai compositeur qu’est Thierry Escaich. Ainsi, contrairement à Gottfried Huppertz qui composa la musique orchestrale pour le film original, Escaich ne « brûle » pas le thème du Dies Irae dès le début de l’Intermezzo : il le garde pour la scène des péchés capitaux et de la grande faucheuse et, par ailleurs, le déguise fort habilement.

     

    La version du film était celle d’avant les découvertes de 2008 à Buenos Aires qui ajoutent 30 minutes au monument. Les retrouvailles de samedi avec Metropolis inciteront peut-être les cinéphiles qui ne connaissent pas cette version complétée à aller y voir. Quant à nous, il nous reste à espérer le retour de Thierry Escaich pour une nouvelle expérience aussi majeure et inoubliable.

    Metropolis
    Film de Fritz Lang (1927) avec accompagnement improvisé à l’orgue Pierre-Béique par Thierry Escaich. Maison symphonique de Montréal, samedi 23 janvier 2016.












    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires

    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.