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    Musique

    Orkestar Kriminal, ou la trame sonore de la Grande Dépression

    20 janvier 2016 | Yves Bernard - Collaborateur | Musique
    «On est comme les rebelles du klezmer», explique Giselle Claudia Webber, artiste colorée et meneuse d’Orkestar Kriminal.
    Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir «On est comme les rebelles du klezmer», explique Giselle Claudia Webber, artiste colorée et meneuse d’Orkestar Kriminal.
    Musique
    Orkestar Kriminal en concert au Québec
    Montréal, à la Vitrola, 21 janvier;
    Wakefield, 22 janvier;
    Val-David, 30 janvier;
    Québec, à l’Anti, 25 février;
    Sherbrooke, au Magog, 26 février;
    Trois-Rivières, au Zénob, 12 mars;
    Montréal, au Quai des Brumes, 10 avril (lancement de la vidéo pour «Der Shmayser») 

    Orkestar Kriminal est une bande de punks qui joue les chansons du punk d’un autre âge : celui des années 1920 et 1930, avec ses mondes interlopes, ses cabarets enfumés et ses atmosphères glauques. Ici, les chansons sont louches et lousses, le jeu est en freestyle, les enregistrements en une seule prise, les langues nombreuses et l’atmosphère, absolument irrésistible.

     

    En mars 2015, les Montréalais faisaient paraître Tummel, un disque qui a remporté un prix Gamiq pour l’album roots de l’année. Ils lancent maintenant l’album en vinyle, et leur compère Geoff Berner, de Vancouver, en fera autant dans le cadre d’une minitournée avec eux au Québec et en Ontario. On démarre ce jeudi à La Vitrola.

     

    Geoff Berner ? « On joue un peu le même style et on est comme les rebelles du klezmer, répond Giselle Claudia Webber, artiste colorée et meneuse d’Orkestar Kriminal. Les sujets dont il traite sont toujours un peu anarchistes. Il mélange le punk avec le klezmer et c’est un super bon écrivain. J’adore un musicien qui prend ses paroles au sérieux. »

     

    Celles des « criminels montréalais » sont inspirées des bas quartiers de la Moldavie, de la Grèce, du Maroc, de l’Ukraine, de la Pologne, de l’Argentine et au-delà. À la base, le ganovim-loshn, ce yiddish des voleurs de Varsovie, d’Odessa et d’Istanbul ; puis à la longue, une inspiration élargie jusqu’aux narcocorridos mexicains pré-El Chapo, de même qu’à des hymnes rébétiques des tanières de haschich de l’underground grec.

     

    La délinquance pour survivre

     

    Globalement, les textes choisis forment une trame sonore des milieux clandestins pendant la Grande Dépression. Giselle explique : « Les personnages de nos chansons sont délinquants pour survivre. Ils ont besoin de fric, et quand ils se font poigner, c’est encore plus de misère et de souffrance pour eux. Il faut comprendre que c’est la situation économique qui les amène vers ce chemin. Mais, encore aujourd’hui et peu importe où, c’est une histoire plus globale et il faut voir tous les côtés de l’histoire. »

     

    Des exemples ? Giselle en raconte quelques-uns : « Une chanson en yiddish traite de l’histoire d’un esclavage humain qui passait par les femmes juives d’Ukraine, qu’on emmenait par bateau en Argentine en leur promettant une meilleure vie. Arrivées là, elles devaient se prostituer. Une autre chanson parle d’une femme en Russie. Je pense qu’elle était la leader d’un gang anarchiste. La chanson est assez connue en Russie, mais les gens n’avaient pas le droit de la chanter, fait que ce sont souvent les immigrants qui la chantaient. »

     

    En studio, les Kriminals y vont à l’ancienne : on installe les musiciens autour d’un microphone, on place la voix en avant, et le tuba, loin dans le coin. On enregistre en direct et on improvise à volonté. « Enregistrer comme dans les années 1920, c’est aussi une façon d’épargner du fric. I’m a cheap leader. J’ai une petite fille à nourrir, fait que c’est ça : one take, un jour, on a fini », rigole Giselle. Plus sérieusement, elle ajoute, à propos de la scène : « Je trouve que l’improvisation est la recette gagnante pour qu’un groupe survive. En improvisant, le sang coule vite. »

     

    Et avec le temps, il y a plus : « Le but, c’est de représenter toutes les communautés culturelles de Montréal, sauf les francophones et les anglophones. Je trouve qu’ici, à cause de l’histoire politique, les gens s’intéressent beaucoup aux racines culturelles de quelqu’un. À cause de cela, je pense qu’il n’aurait pas été possible de former Orkestar Kriminal ailleurs qu’à Montréal », conclut Giselle. Prochaine étape : des chansons créoles.


    Orkestar Kriminal - Der Shmayser

    Orkestar Kriminal en concert au Québec
    Montréal, à la Vitrola, 21 janvier; Wakefield, 22 janvier; Val-David, 30 janvier; Québec, à l’Anti, 25 février; Sherbrooke, au Magog, 26 février; Trois-Rivières, au Zénob, 12 mars; Montréal, au Quai des Brumes; 10 avril (lancement de la vidéo pour «Der Shmayser»).












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