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L'OFF Festival de jazz - L'icône de la génération «beat» enflamme le Lion d'Or

Serge Truffaut   2 juillet 2002  Musique
C'est l'histoire, écrite par le poète Patrice Desbiens, d'une brique qui tombe sur un touriste alors que lui et sa petite famille arpentaient les rues de Québec. Les petits s'emparent de l'appareil photo de leur père. Ils prennent un cliché de son corps effondré sur la rue St-Jean et déguerpissent en prenant soin de conserver le Minolta ou le Nikon. La marque n'a pas été spécifiée, mais cela est tout à fait secondaire parce que...

Parce que cette scène est un élément, et juste un élément, du décor planté par Desbiens pour mieux se moquer de la rencontre littéraire consacrée à Jack Kerouac il y a quelques années de cela à Québec. Intitulé Où est Jack?, ce poème dit par Desbiens fut le sommet verbal, nous semble-t-il, de l'hommage conçu par le contrebassiste Normand Guilbeault au Lion d'Or.

Où est Jack? fut parfois hilarant, parfois grave, souvent lucide, souvent admiratif, toujours captivant. Il était bon ou plutôt juste que Desbiens insiste, par exemple, sur ces «hi-pises», les 12 poètes sans poèmes, qui palabraient au Foubar en marge de cette rencontre. Il était judicieux qu'il nargue ce type de rencontre qui trop souvent se conjugue avec académisme.

Il y a eu Desbiens mais également José Acquelin, François Pelletier, Richard Gingras, Geneviève Letarte, D. Kim, Guy Marchand... Il y eut de bons moments, des métaphores parfois puissantes, et il y eut également des creux, des faiblesses. Mettons que «le vent qui courbe l'herbe dans la prairie», mettons que qualifier la mère de Jack «de perle», ça vous a un petit côté fleur bleue propre à décoiffer l'auditeur. À ce qui nous semble, insérer des lieux communs dans des poèmes, ce n'est pas très poétique.

Ce hiatus dans les mots découlait probablement de la qualité du poème signé par Desbiens ainsi que de la richesse des textes de Kerouac. Autrement dit, le contraste était évident, clair et net. La série de haïkus récités par David Amram, ex-complice des aventures musicales de Kerouac, par Desbiens, et chantés par Marie-Claude Lamoureux, fut le moment de grâce de la soirée, sans oublier les extraits sonores enregistrés par Kerouac lui-même et que Guilbeault ponctua avec passion sur sa contrebasse.

Le développement musical de la soirée fut, lui, magistral de bout en bout. Lorsqu'on songe à la somme de travail que Guilbeault a du accomplir pour présenter un show de cette qualité et de cette longueur — pratiquement cinq heures —, on ne peut qu'applaudir à tout rompre. L'admirable résidait dans ceci: on ne sentait pas le travail. Ce n'était pas lourd. Ce fut fluide.

Tout se déroula à l'image du roulement à billes. Alexandre Côté aux saxes alto et ténor sculptait ses phrases sans hésitation, Ivanhoe Jolicoeur à la trompette déroulait les siennes avec cette intensité qui lui est si coutumière, Jean Derome à la flûte, au baryton et à l'alto fut alerte, toujours présent, étonnant, inventif et généreux, Claude Lavergne avait ceci de pertinent qu'il alternait les figures puissantes inhérentes au big-band avec celles plus complexes du «bibop», Sylvain Provost à la guitare déclinait ces accords qui assurent la cohésion pendant que Guilbeault donnait le la... Guilbeault fut central.

Et Amram? Ce qu'on a retenu est tout simple: derrière son piano, il regardait heureux, tout heureux, cette génération saluait avec enthousiasme et beaucoup d'éclat l'oeuvre de Jack Kerouac.

***

Au Lion d'or, on a entendu des musiques... intérieures. On a savouré ces musiques qui obligent, dans le sens noble du terme, à une pause. Au Lion d'Or, on a plus exactement goûté ces musiques qui ont ceci de très distinct qu'elles imposent le silence en dedans. De quoi? De soi! Nomé dé diou.

Ces musiques étaient celles écrites et jouées par Jean Vanasse au vibraphone, Richard Savoie au saxophone, Jean-Philippe Viret à la contrebasse et Bruno Tocanne à la batterie. Les deux premiers sont Québécois, les deux derniers sont de la Vieille France, la républicaine.

Leur show compte d'ores et déjà comme un moment fort de cette troisième édition. Dans ce qu'on appelle la musique improvisée, cet orchestre s'est avéré souverain. Ils ont alterné les compositions de Vanasse avec celles de Viret, qui ont ceci de singulier qu'elles se prêtent admirablement à ce qu'on nomme le jazz de chambre. Ce fut zen et méditatif à souhait. Ce fut surtout extrêmement subtil. Il est vraiment dommage que la salle fut à moitié pleine.






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