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Série invitation du Festival -- Un Rubalcaba inégal

Caroline Montpetit   2 juillet 2002  Musique
Il était durant quatre soirs au programme mais c'est au troisième, le samedi, en compagnie du contrebassiste Charlie Haden et du saxophoniste David Sanchez, que le pianiste Gonzalo Rubalcaba a donné le spectacle le plus envoûtant de la série Invitation du Festival de jazz, au Monument National.

Manifestement complices, voire amis, les membres du groupe ont repris subtilement plusieurs boléros cubains, mais ont aussi improvisé largement tout en restant dans l'intimité délicieuse qui caractérisait l'album Nocturne, produit par Haden et Rubalcaba l'an dernier. Le jeune Sanchez, qui n'avait pas fait partie du spectacle sur le même thème l'an dernier, a trouvé l'occasion ici non seulement de dévoiler sa fougue, mais aussi la délicatesse enjouée dont il sait faire preuve sur une musique aussi douce.

Pas que la virtuosité qui le caractérise ait failli au pianiste au cours des autres soirs, puisque l'homme a démontré, tout au long de la série, sa stupéfiante aptitude à fréquenter autant le jazz que la musique cubaine et le classique, et sachant souvent, d'une seule note, faire toute la différence.

Mais — était-ce affaire de mise en train, de cohésion? — la soirée de vendredi, au cours de laquelle il recevait Joe Lovano, tantôt au saxophone et tantôt à la batterie, n'a pas suscité l'émoi attendu. Le spectacle, qui aurait pu être enlevé, a laissé le public sur sa soif, devant un Lovano au souffle court et une symbiose absente entre les deux musiciens.

Le jeudi précédent, le pianiste virtuose était accompagné de son batteur, Ignacio Berroa, et de son bassiste, Carlos Gabriel Henriquez, qui sont revenus l'entourer pour le spectacle qui clôturait la série, durant la soirée de dimanche. À cette occasion, David Sanchez est venu les rejoindre et le septette promis est demeuré quartette. En effet, les autres musiciens qui devaient se joindre à Rubalcaba n'ont pas pu, à la dernière minute, répondre à l'appel.

Est-ce cette défection inopinée qui a ralenti l'entrain de l'ensemble? Reste que le trio a mis un certain temps à s'échauffer, avant d'accueillir Sanchez environ à la moitié du spectacle. Leur prestation a levé à la toute fin, alors que Rubalcaba, prenant peut-être conscience du temps qui s'enfuyait et de la série qui s'achevait, a livré toute sa mesure dans une envolée improvisée fascinante, rapidement suivi de Sanchez, qui a aussi donné toute la portée de son souffle. Plus tôt, le batteur Berroa a aussi tenu le public en haleine durant un certain temps.

Il faut dire que cette série Invitation, qui prévoit qu'un artiste renommé du monde du jazz se donne en spectacle avec une succession d'artistes différents, est très exigeante. Elle a cependant le mérite de favoriser des rencontres impromptues, laissant ouvertes diverses possibilités d'improviser — elle permet de faire du jazz, quoi...

«Le jazz est une musique en évolution», disait d'ailleurs Rubalcaba dans une entrevue la semaine dernière.

À partir de mercredi, ce sera autour d'un autre pianiste cubain, Chucho Valdès, de prendre le relais de la série Invitation, qui se poursuivra avec lui jusqu'au samedi. Il y sera notamment accompagné, jeudi 4 juillet, du célèbre contrebassiste Ron Carter et du batteur Iris Muhammad.

Le mercredi, le pianiste rencontrera son double en la personne du pianiste américain Kenny Baron, et le vendredi et le samedi le verront successivement avec son quartette afrocubain et avec Irakere, qui mélange le jazz, le rock, la musique afrocubaine et la musique classique. Variété au menu.
 
 
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