Fred Pellerin, «par l’ouïe, avec l’ouïe et en l’ouïe» !

Fred Pellerin et l’Orchestre symphonique de Montréal s’associaient mercredi soir pour la troisième fois pour composer un conte de Noël musical.
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Fred Pellerin et l’Orchestre symphonique de Montréal s’associaient mercredi soir pour la troisième fois pour composer un conte de Noël musical.

Il est né le divin enfin ! Effectivement, il était temps, au fil d’un conte évoquant la naissance de centaines d’enfants (miracle dit « du cierge dans la grotte » !) puis leur déshydratation par une trop longue sécheresse avant une tentative de suicide collectif, lorsque les habitants du village de Saint-Élie se collent ce qui leur reste de fluide corporel sur des rails gelés avant le passage d’un train. Le tout sur des musiques telles la 1re Symphonie de Brahms, la 10e de Chostakovitch, Alice au pays des merveilles d’Unsuk Chin ou Tableaux d’une exposition, qui ont à voir avec à peu près tout sauf avec les Fêtes.

Je ne sais si c’était un défi par l’absurde. Il faut des magiciens pour faire prendre la mayonnaise à de tels ingrédients et transformer le tout en conte de Noël. Ces magiciens nous les avons ! Au bout de la soirée, il reste une impression d’une atmosphère forcément étrange (Kent Nagano n’est pas en reste, qui commence par l’ouverture Egmont, qui parmi diverses péripéties décrit la décapitation du héros !), mais aussi d’un moment assez peu commun.

« Par l’ouïe, avec l’ouïe et en l’ouïe », l’un des bons mots de Pellerin en la circonstance, lorsque se décante l’histoire pendant la messe de minuit qui amène le village à s’allonger sur la voie ferrée. Du train, qui s’arrêtera juste devant Esimesac, jailliront des denrées opulentes qui provoqueront la tenue d’un réveillon long d’une année. On aurait imaginé que Fred Pellerin broderait à l’envi sur ces libations. Il les survole vite pour arriver à sa morale : arrêtons de mesurer la force des hommes à l’importance de leur part d’ombre et cherchons la lumière.

Sans le vouloir ou en le voulant très bien, Fred Pellerin nous déploie un conte très post-13 novembre 2015, d’un optimiste forcené, presque forcé, quant à tout ce qui peut dérailler dans l’ordre des choses et du monde.

Certes, le programme nous précise très sérieusement que « ce concept de conte de noël en musique a été développé par l’OSM en collaboration avec Radio-Canada, autour d’une idée originale de Kent Nagano », sauf que l’unique et fade expérience Bryan Perro en 2012 montre que le concept est une chose, mais qu’il marche essentiellement grâce à la dynamo Fred Pellerin.

Survolté et bien plus libre dans ce 3e opus, le conteur occupe la scène avec une longue contextualisation de l’histoire. Bien des éléments sont optimisés par rapport à 2011 et 2013: les éclairages encore plus beaux, les rideaux, les projections plus riches sur la grande boule centrale. Il y a aussi davantage d’interaction Pellerin-Nagano et d’imbrication du conte avec la musique.

Kent Nagano et l’OSM ont fait intrinsèquement du beau travail : la synthèse du 1er mouvement de la 1re de Brahms était aussi parfaite que le fondu enchaîné entre Pacific 231 de Honegger et le 2e volet de la 10e de Chostakovitch. L’interlude où Pellerin donnait des conseils de direction au chef était assez irrésistible.

Ce 3e opus montre la voie : plus de liant texte-musique, car la musique peut enrichir le conte. Le facteur limitant du « concept » est désormais Kent Nagano lui-même et sa volonté de plugger coûte que coûte sa « musique sérieuse ». Certes, on le comprend, puisque cette occasion est, sinistrement, devenue la seule dans l’année où l’OSM est encore présent à la télé de Radio-Canada. Le succès rencontré par l’adaptation tonitruante d’Adeste Fideles a cependant montré la voie d’un concept plus populaire et plus clairement orienté vers les Fêtes. Le prochain conte le sera aussi, on l’espère !

Il est né le divin enfin !

Conte de Noël en musique Fred Pellerin. Avec des musiques de Beethoven, Brahms, Chin, Honegger, Chostakovitch, Moussorgski. Orchestre symphonique de Montréal, Kent Nagano. Maison symphonique de Montréal, mercredi 9 décembre 2015. Reprises vendredi et samedi. Diffusion télévisée : 20 décembre à 20 h, puis sur ICI Musique le 23 décembre à 20 h et le 25 décembre à 11 h.