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    Musique classique

    «Elektra», l’opéra «grandissime»

    21 novembre 2015 |Christophe Huss | Musique
    Pour Yannick Nézet-Séguin, «
    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Pour Yannick Nézet-Séguin, « "Elektra" est l’une des grandissimes partitions de l’histoire ».

    Elektra de Richard Strauss prend l’affiche ce samedi à l’Opéra de Montréal pour quatre représentations. À la baguette, rien moins que Yannick Nézet-Séguin.

     

    « Elektra est l’une des grandissimes partitions de l’histoire ; c’est une musique d’un niveau indescriptible. » Yannick Nézet-Séguin s’exprime sans ambages pour convier les spectateurs à vivre cette expérience « qui hante et habite pendant des jours, des semaines, des mois… »

     

    « Pour un amoureux de musique, Elektra est l’aboutissement de tout ce qu’il y a eu avant et ouvre la porte à Berg », résume le chef en entrevue au Devoir.

     

    « Pour un public plus large, cette Oeuvre, avec un grand O, montre en quoi l’opéra est unique. Aucun film, aucun concert, aucun livre, aucune pièce de théâtre ne peuvent atteindre cette richesse et ces degrés de lecture. Strauss nous fait vivre des émotions qu’on ne vivrait pas autrement, et qu’on ne peut même pas identifier. Nous sommes assis, ça nous touche, mais nous ne savons pas pourquoi, car cela dépasse la conscience. Elektra, composé à l’époque même de Freud, c’est le subconscient mis en musique…. »

     

    Mythologie

     

    Créé à peine trois ans après Salomé, le 25 janvier 1909 à Dresde, Elektra a été adapté de la tragédie de Sophocle par Hugo von Hofmannsthal, qui deviendra par la suite le librettiste attitré de Richard Strauss.

     

    L’action se déroule à Mycènes. Au retour de la guerre de Troie, le roi Agamemnon est tué par sa femme Clytemnestre et l’amant de celle-ci, Égisthe. Clytemnestre et Agamemnon ont trois enfants : Electre, mue par le désir obsessionnel de venger son père, Oreste, parti se cacher à l’étranger, et Chrysothémis, moins assoiffée de vengeance, qui tente de tempérer sa soeur.

     

    Le rôle-titre d’Elektra est un rôle de possédée, l’un des plus lourds de l’histoire. L’opéra, ramassé en un acte, qui déploie l’orchestre le plus riche que l’on puisse imaginer, est une suite de scènes tendues. Acmé de la haine : le face à face entre la mère, Clytemnestre, et sa fille, Électre, chacune déterminée à tuer l’autre !

     

    « Quelle partition ! » s’exclame Yannick Nézet-Séguin. Pourtant, « Salomé était mon premier amour. Je comprenais davantage Salomé, sans doute parce que le résultat est plus immédiatement sensuel. Les passages lyriques sont des passages dans la générosité, alors que dans Elektra, ils le sont dans la tendresse. En même temps, Elektra est beaucoup mieux écrit : Strauss savait ce qu’il faisait. Cela procure un plaisir psychologique décuplé. »

     

    Travailler sur ce concentré de tension et d’hystérie est épuisant. « Pour apaiser la tension, nous avons ri. En fait, je n’ai jamais été dans une production où on a ri autant. J’ai bien vite compris que c’était nécessaire. Sinon on devient fou ! » confie le chef.

     

    Humanité

     

    À l’image de la production de Patrice Chéreau, reprise au Met en 2016 et diffusée alors au cinéma, la tendance sur les scènes lyriques est à l’humanisation de ces personnages de la mythologie. Les représentations d’Elektra ont beaucoup changé entre 1970 et 2010…

     

    Yannick Nézet-Séguin acquiesce à cette analyse. « Dans le temps, quand on avait de riches et gros costumes et que c’était représenté à la bonne époque, cela suffisait et on n’allait pas chercher trop loin. Aujourd’hui, il y a une volonté de trouver dans la psychologie de ces personnages de la mythologie des sentiments dans lesquels nous pouvons nous reconnaître. »

     

    Mais le chef québécois teinte cette observation d’un bémol : « Aujourd’hui, il y a toutefois une réticence — et je ne parle pas de notre production ici — à reconnaître que ces personnages sont plus grands que nature. Or l’opéra est plus grand que nature et quand on met en musique et en scène un mythe, c’est parfois bien de pouvoir se dire : “ Non, Clytemnestre ce n’est pas ma mère. ” Personne sur scène, au fond, “ n’est comme nous  », même si, « à travers l’analyse freudienne de ces personnages, nous découvrons nos pulsions cachées ».

     

    La production d’Alain Gautier, autour d’une sculpture de Victor Ochoa, ne cherchera pas « à nous mettre en plein visage toutes ces couches de subconscient. Cela reste à un niveau très humain. Les spectateurs pourront sortir et aimer le personnage d’Elektra. Ça, il faut le faire ! » avoue Yannick Nézet-Séguin.

     

    Le chef est très louangeur de l’institution et de ses partenaires. « Depuis Salomé, nous avons joué beaucoup plus de Strauss et je sens que le langage est beaucoup plus familier, dit-il à propos de son orchestre. Et je trouve ici un plateau, un metteur en scène, une scénographie d’un niveau qui m’impressionne beaucoup et me rend fier d’une maison où j’ai débuté. Je ne m’attendais pas à une qualité pareille sur tous les plans. Je peux faire un travail de top niveau, et cela me donne envie de revenir. »

     

    Ce retour, il l’aimerait dans deux ou trois ans avec La femme sans ombre de Strauss (« mais c’est un autre défi : la distribution est plus grande et c’est plus long »), ou un opéra de Wagner. C’est Wagner (« mais pas le Ring ») qui l’occupera d’ailleurs au Metropolitan Opera les trois prochaines années. « Le prochain opéra italien en scène, ce sera fin 2018 au Met. » Entre-temps, Yannick Nézet-Séguin ouvrira la saison 2016-2017 de l’Opéra de Vienne avec Lohengrin et dirigera aussi Salomé dans la capitale autrichienne.

    La production de Patrice Chereau à Aix en 2013

    Elektra
    Lisa Lindstrom (Elektra), Nicola Beller Carbone (Chrysothémis), Agnes Zwierko (Clytemnestre), John Mac Master (Égisthe), Alan Held (Oreste). Choeur de l’Opéra de Montréal, Orchestre Métropolitain, dir. Yannick Nézet-Séguin. Mise en scène : Alain Gauthier. Décors : Victor Ochoa. Costumes : Opéra de Montréal. Éclairages : Étienne Boucher. (Nouvelle production de l’Opéra de Montréal). À la salle Wilfrid-Pelletier, les 21, 24, 26 et 28 novembre à 19 h 30. 514 842-2112.












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