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    Coup de coeur francophone

    Mehdi Cayenne, entre le mystique et le quotidien

    Le troisième album du Franco-Ontarien offre une chanson amoureuse mais fébrile

    6 novembre 2015 |Philippe Papineau | Musique
    « Le spectacle, c’est comme mon bac à sable», raconte Mehdi Hamdad, qui lance son nouveau disque, Aube.
    Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir « Le spectacle, c’est comme mon bac à sable», raconte Mehdi Hamdad, qui lance son nouveau disque, Aube.
    Coup de coeur francophone
    Aube
    Mehdi Cayenne
    Indépendant
    En magasin ce vendredi 6 novembre 

    Il parle beaucoup, et vite, mais il parle bien, Mehdi Hamdad. Il s’interrompt souvent le temps d’une petite rigolade un peu théâtrale, mais revient exactement là où il avait déposé son idée. Il aime bien décrire son travail et parler de lui, mais il refuse de trahir les aspects mystiques de la création, pour ne pas briser la magie. Le troisième disque de son groupe Mehdi Cayenne, Aube, c’est aussi pas mal tout ça.

     

    Le jeune homme de 28 ans, né en Algérie et ayant vécu à Montréal, Moncton et maintenant Ottawa, crée des chansons depuis une dizaine d’années, polissant sa technique au fil des spectacles et des expériences en tout genre. Mehdi se recule sur sa chaise en souriant — en fait il semble toujours avoir le sourire au bec. « J’ai joué dans des maisons de retraite, dans des prisons, dans des écoles, dans la rue, dans des shows de poésie, de théâtre… J’adore dire oui ! J’aime beaucoup me sortir de ma zone de confort, c’est un plaisir un peu pervers, qui me drive beaucoup. »

     

    Un corps et des chansons

     

    Et Aube est aussi en quelque sorte le fruit de cette volonté de déséquilibre, car Mehdi et ses musiciens y ont « fait une plus grande recherche esthétique », multipliant les versions et les rodant longuement sur scène. S’il a toujours bien aimé le rock éclaté, les structures iconoclastes, Mehdi y a recentré ses énergies, Aube étant peuplé de 12 morceaux plus clairs et concis, harmonieux mais toujours fébriles.

     

    « Ma personne est comme ça aussi, je suis quelqu’un de fébrile. Je voulais faire ça avec l’album. Aller dans la douceur, mais avec des titres intenses, vibrants, mais dans un petit spectre de décibels. J’ai l’impression que mon corps bouge de la même manière que bougent mes tounes. »

     

    Sur son site Web, il offre même au public les inspirations musicales qu’il avait envoyées à ses musiciens avant d’enregistrer. Il y a du Chopin et la Compagnie créole, « qui sont des choix très candides, sans aucun besoin de cool, très émotif. Sans second degré, sans ironie ». Et aussi Deathgrips et Tricky, « des trucs très secs, minimalistes ».

     

    Ce nouveau disque du chanteur nous plonge dans une relation d’amour impossible, que Mehdi Hamdad préfère garder mystérieuse. « Y’avait une fille for sure, mais ce que je voulais en dire est dit dans les tounes. Je veux essayer de ne pas trop livrer, trahir la mystique de la chose. »

     

    Le mystérieux, d’ailleurs, côtoie ici le banal, le quotidien. Suffit de fouiller un peu dans les mots choisis pour arriver vite à un contraste entre le grand et le petit, entre la nature et le café du matin, ou le contact avec la peau. « Si tu lis du Jacques Prévert, ou d’anciens poèmes soufis, c’est une esthétique qui se ressemble. Ça m’atteint beaucoup l’idée de mélanger le sacré et le profane », raconte celui qui vient d’une longue lignée d’imams soufis, la branche mystique de cette religion, dont l’esprit peut être bien compris dans la musique du Français Abd al-Malik.

     

    Pour Mehdi, la suite se passera entre autres sur scène. Lui et son groupe seront d’ailleurs ce vendredi soir à la salle Claude-Léveillée de la Place des Arts, dans le cadre du Coup de coeur francophone. « Le spectacle, c’est comme mon bac à sable, dit-il. Au mieux, y’a quelque chose qui passe à travers moi qui peut participer à l’éclosion des coeurs. Au mieux, y’a un rituel ancien qui passe à travers moi. Dans un show, je me sens là, mais je peux sentir mon âme toucher le fond de la salle, je peux sentir le faisceau de la lumière. C’est ce que je sais faire. C’est quelque chose de très intime, de transformateur. J’en parle comme ça, mais je ne veux pas donner l’impression que je suis un surhomme, c’est comme le contraire. L’idée, c’est de sortir de son propre chemin. »

     

    Et quand on lui parle d’objectif, il élude la question avec sagesse en disant que ce métier n’en est pas un de finalités. « Le moteur, c’est de continuer. Keep on, keepin on. Mon rêve, c’est de faire comme Cohen, sortir un album à 80 ans ! » Plus que 52 à faire, Mehdi.


    Mehdi Cayenne - Je te vois

    Aube
    Mehdi Cayenne, Indépendant, en magasin ce vendredi 6 novembre.












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