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    Musique classique

    Alain Trudel: l’orchestre comme citoyen dans sa ville

    31 octobre 2015 |Christophe Huss | Musique
    Depuis qu’il habite Laval, Alain Trudel s’engage à tisser des liens avec le milieu des affaires, les politiques, les responsables communautaires.
    Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Depuis qu’il habite Laval, Alain Trudel s’engage à tisser des liens avec le milieu des affaires, les politiques, les responsables communautaires.

    L’Orchestre symphonique de Laval a 30 ans. Il vient de publier un excellent disque Respighi sur étiquette ATMA, multiplie les apparitions dans la communauté et se réjouit d’une prochaine rénovation de l’acoustique de sa salle André-Mathieu prévue pour l’été 2016. Alain Trudel, son chef depuis 2006, en parle avec passion.

    « Les humoristes à Montréal ironisent sur le Cosmodôme, mais Laval ce n’est pas qu’une punch line ; il y a la qualité de vie, des choses s’y passent… Il faut aller voir avant de parler… » Dans un fauteuil de la Brûlerie de Sainte-Rose, quartier que nous habitons tous deux, Alain Trudel défend sa ville.

     

    C’est que le chef d’orchestre est désormais résident lavallois et que dans le cadre des partenariats qu’il tisse avec les institutions et organismes de la ville, le Cosmodôme est l’allié naturel du concert des Planètes de Gustav Holst.

     

    Certaines associations sont plus inattendues. Le 2 décembre, pour inaugurer une série de concerts annuels en hommage aux grands Lavallois, le programme « La musique du coeur » honorera l’éminent cardiologue François Reeves (neveu d’Hubert). Et c’est la Fondation de l’hôpital Cité de la santé qui obtiendra 3 $ par billet vendu. Une oeuvre nouvelle sera conçue par Gilles Bellemare en collaboration avec le scientifique. « Il nous faut proposer des programmes que l’on ne trouve pas ailleurs. Les oeuvres canadiennes que nous programmons ne sont pas des pièces de cinq minutes en ouverture, et la nouvelle musique va du consonant, genre musique de film, à Sammy Moussa [sollicité par l’OSM lors de l’inauguration de l’orgue de la Maison symphonique]. Nous avons été les premiers à jouer du Sammy Moussa. Repérer ce qui s’en vient, voilà notre mission », juge Alain Trudel.

     

    Changement d’atmosphère

     

    Dans son discours, Alain Trudel distingue assez clairement les « dernières années » de ses cinq premières à l’Orchestre symphonique de Laval (OSL). « Les gens sont attachés à l’OSL. Il y a quelques années, ce n’était pas le cas. Avec l’ancienne mairie, la prémisse était : “ On fait-tu des affaires ? ” C’était tellement difficile : tout l’argent pour les arts allait dans un seul festival et les choses dépendaient de l’humeur de l’un ou de l’autre. » Aujourd’hui, « les choses sont solides », car « c’est un renouveau à tous les niveaux. Le maire est présent à nos événements, il nous voit comme un ambassadeur ».

     

    Dopé par ces marques de reconnaissance, Alain Trudel et ses musiciens se multiplient : les groupes de musique de chambre issus de l’orchestre joueront « 40 fois dans les écoles et CHSLD » cette saison. L’orchestre, qui donnait cinq grands concerts par saison dans sa salle, en présente désormais six. « Mais avant d’augmenter les concerts à dix, on va travailler dans la communauté. »

     

    Depuis qu’il habite la ville, Trudel s’engage à tisser des liens avec le milieu des affaires, les politiques, les responsables communautaires. « Chef d’orchestre, c’est un truc. Directeur artistique, c’en est un autre. Ici, je donne à fond dans la direction artistique, vue sous un angle relationnel. Laval est rendu là. Avec le changement à la mairie, on y va au mérite. Si nous avons un projet qui a de la valeur et améliore la qualité de vie des concitoyens, le projet va de l’avant. »

     

    Les piliers

     

    Alain Trudel, qui envisage d’étendre le rayon d’action de l’OSL à la couronne nord, jusqu’à Saint-Jérôme et Saint-Sauveur, bâtit l’OSL autour de trois piliers : « Le pilier de l’excellence, le pilier de la communauté et le pilier éducatif. » Il juge que tout projet doit toucher deux de ces piliers. « L’excellence nous regarde. Cela prend la récurrence pour s’améliorer et cela prend de l’implication dans la communauté pour avoir la récurrence. Nous neserons pas incontournables seulement à cause de la qualité. Nous le serons par notre implication. »

     

    Et pour un budget de 1 million de dollars, l’OSL en donne beaucoup, surtout depuis la création des trois programmes chambristes (ceux qui tournent dans les CHSLD et écoles) et les quatre « Musique, Maestro ! », des rendez-vous d’après-midi qui touchent les personnes âgées ne désirant pas sortir le soir.

     

    Quant aux choix artistiques, on ne verra pas de cycle Mahler à Laval. « Je n’ai pas besoin de me satisfaire, et n’ai pas besoin d’hypothéquer l’avenir d’un orchestre pour me faire mon répertoire : ici, on travaille pour l’orchestre et pour les gens. » C’est « l’orchestre en tant que citoyen dans sa ville », animé par « des gens qui aiment les gens ». Les sept concerts de l’été 2015 pour le 50e anniversaire de la ville rentraient dans ce cadre. « Nous avons touché dans leur quartier des personnes qui ne seraient jamais venues nous voir. Il faut créer tranquillement une certaine habitude. Auparavant, le mot d’ordre était : “ Venez nous voir et on va faire beaucoup de promotion pour que vous veniez. ” Je ne pense pas que cela marche si bien que ça. Rien ne vaut le bouche-à-oreille… »

     

    Avec un tel ancrage, Alain Trudel n’a pas peur de voir l’OSL remis en cause. Le fait d’imaginer un « Orchestre Métropolitain du Grand Montréal » qui rayonnerait aussi à Longueuil et Laval n’est pas d’actualité. « Ces questions ont déjà été discutées dans le passé. Aujourd’hui, avant de penser à cela, il faudrait voir le nombre d’orchestres qui poussent à Montréal, où chaque chef a son orchestre, maintenant ! Nous, on est là pour servir la communauté et pour servir la musique. »

     

    Et si les 2,6 millions consacrés à la rénovation de l’acoustique de la très sèche salle André-Mathieu sont bien investis, le dernier verrou limitant ce développement artistique sautera enfin. On entendra reparler de l’OSL !













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