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    Pourquoi réécrire l’histoire de l’enregistrement?

    5 septembre 2015 |Christophe Huss | Musique
    Seiji Ozawa a célébré son 80e anniversaire de naissance cet été.
    Photo: Toru Yamanaka Agence France-Presse Seiji Ozawa a célébré son 80e anniversaire de naissance cet été.

    En publiant les « Complete Warner Recordings » de Seiji Ozawa, Warner Classics franchit un pas dans la réécriture de l’histoire de l’enregistrement. Souhaitons qu’il s’agisse d’un égarement passager.

     

    Les « Complete Warner Recordings » de Seiji Ozawa ou de Kyung-Wha Chung — un autre coffret de la série —, cela n’existe tout simplement pas. Ozawa a enregistré un peu pour Erato, mais surtout avant qu’Erato soit racheté par Warner (1992).

     

    À ce titre, le prolifique chef japonais a, dans sa carrière, gravé en tout et pour tout 77 minutes de musique en deux disques pour Warner : des oeuvres de Renaud Gagneux et Rodion Chédrine pour violoncelle et orchestre avec Mstislav Rostropovitch en 1994 (Teldec) et The Shadows of Time de Dutilleux en 1998 à Boston (Erato). Ce coffret comporte pourtant 25 CD.

     

    La disparition d’EMI

     

    Il s’agit en fait surtout, ici, d’enregistrements réalisés pour EMI. Que Warner ne puisse plus utiliser le logo rouge EMI est une chose, mais un enregistrement réalisé pour le label rouge reste un « EMI Recording », au même titre que des « Philips Recordings » sont désormais publiés par Decca, qui n’a plus le droit d’usage de la marque Philips sur des phonogrammes. L’histoire de l’enregistrement est parsemée de cas de labels disparus. Lorsque La Voix de son maître a absorbé le catalogue Ducretet-Thomson, les enregistrements de Désiré Inghelbrecht sont restés un legs Ducretet ; ils ne sont jamais devenus des « enregistrements EMI » !

     

    Warner, qui a ajouté en 2013 le fonds EMI et Virgin Classics aux catalogues Teldec, Erato, Das Alte Werk, que l’entreprise possédait déjà, a respecté l’usage jusqu’à la fin de l’année 2014. On y recevait encore le coffret « Lili Kraus, The complete Parlophone, Ducretet-Thomson and Les Discophiles français Recordings ». En voyant désormais des « Warner Recordings » de la violoniste Kyung-Wha Chung (le legs EMI, inférieur à celui de Decca réédité récemment) ou de Seiji Ozawa, on écarquille les yeux. L’appellation, historiquement fausse, induit beaucoup de confusion.

     

    Quelques raretés

     

    Outre les deux CD Warner précités, Ozawa avait enregistré pour Erato (avant le rachat d’Erato par Warner) trois inutiles remakes : la Symphonie pathétique de Tchaïkovski (Boston, 1986), un pachydermique ultime Concerto pour violoncelle de Dvorak de Rostropovitch (Boston, 1985) et un couplage de la Symphonie concertante de Prokofiev et du 1er Concerto pour violoncelle de Chostakovitch, toujours avec Rostropovitch.

     

    La boîte de 25 CD contient donc, en 20 CD, les enregistrements EMI d’Ozawa, dont certains fort rares. Ce qui intéressera les collectionneurs, ce sont par exemple les trois disques ardents réalisés en 1969 et 1970 à Chicago (Schéhérazade de Rimski-Korsakov, Concerto pour orchestre de Bartók et de Lutoslawski, Sinfonietta de Janacek, Danses de Galanta de Kodály).

     

    Suivent, tout aussi rares, les quatre disques avec l’Orchestre de Paris entre 1970 et 1972, dont Ravel et Prokofiev avec Alexis Weissenberg, la musique pour piano et orchestre de Stravinski avec Michel Béroff, une 4e de Tchaïkovski et l’intégrale de L’oiseau de feu de Stravinski. La juxtaposition avec une autre intégrale de L’oiseau de feu (Boston, 1983 pour EMI) montre à quel point, comme d’autres chefs de la même génération, Seiji Ozawa, certes toujours professionnel, s’est gentiment embourgeoisé dans les années 1980. Parmi les raretés, citons aussi un CD Takemitsu/Ishii et des concertos de Bruch et Sibelius avec Masuko Ushioda (Tokyo, 1971).

     

    Le reste (10 CD) montre surtout Ozawa habile accompagnateur de Perlman, Mutter, Spivakov et le documente lors de son passage à l’Orchestre National de France, avec deux CD Bizet, gentillets, et une 3e de Saint-Saëns. Cela risque de faire un peu cher la rareté.

    Seiji Ozawa
    « The Complete Warner Recordings ». Warner 25 CD 0825646139514.












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