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    Michèle Losier: déterminée!

    La mezzo-soprano a séduit 45 000 spectateurs au Parc olympique. Qui est notre nouvelle Carmen?

    15 août 2015 |Christophe Huss | Musique
    Quand l’OSM a préparé sa Virée classique, la porte vers Carmen s’est ouverte en grand pour Michèle Losier.
    Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Quand l’OSM a préparé sa Virée classique, la porte vers Carmen s’est ouverte en grand pour Michèle Losier.

    La mezzo-soprano Michèle Losier, 37 ans, est l’une de nos plus solides valeurs dans le domaine de l’art lyrique. Elle a écumé les plus prestigieuses scènes d’Europe depuis sept ans. Le Québec l’a redécouverte cet été.

     

    En quelques semaines, Michèle Losier a chanté Lully en ouverture du Festival d’opéra de Québec, Le pèlerinage de la rose de Schumann et la Missa solemnis de Beethoven à Lanaudière avant d’endosser les habits de Carmen devant 45 000 spectateurs au Parc olympique de Montréal. Qui pouvait croire, en voyant son assurance retransmise sur grands écrans, que c’était là sa première Carmen ?

     

    Aborder Carmen pour une mezzo-soprano est « une question d’opportunité », dit Michèle Losier au Devoir. « Comme je chante beaucoup de répertoire français, des rôles lyriques aigus et beaucoup de Mozart, Carmen n’était pas sur ma liste. On me l’avait proposé il y a quelques années, mais j’avais refusé : lorsque vous chantez beaucoup de rôles aigus, vous ne pouvez vous lancer du jour au lendemain dans un rôle grave. »

     

    Quand l’OSM a préparé sa Virée classique, la porte vers Carmen s’est ouverte en grand. « L’occasion était favorable, car il n’y avait pas besoin de chanter le rôle au complet et c’était une version de concert, avec mise en espace. » Michèle Losier allait voir si elle serait dans sa zone de confort avec ce rôle emblématique. La réponse fuse : « Oui, je me sens confortable ».

     

    Pour le moment, cette Carmen n’a pas encore de lendemains, mais dès cet automne, Michèle Losier sera au Royal Opera House de Covent Garden à Londres pour y chanter Mercédès. Par la même occasion, elle sera la doublure d’Elena Maximova et d’Anita Rachvelishvili dans Carmen.

     

    Une carrière intense

     

    Il était facile de repérer Michèle Losier parmi les chanteuses qui ont émergé au Québec dans la première moitié des années 2000. Alors qu’elle venait d’entrer à l’Atelier de l’Opéra de Montréal, elle chantait déjà Cherubino dans Les noces de Figaro à la salle Wilfrid-Pelletier, puis Mercédès dans Carmen, avant le rôle principal de Lazuli dans L’étoile de Chabrier en novembre 2005.

     

    Nous l’avons moins vue par la suite. Finaliste aux auditions du Metropolitan Opera en 2005, elle commence une carrière aux États-Unis (Los Angeles, New York, Seattle et Washington). Finaliste au Concours Reine-Élisabeth-de-Belgique en 2008, elle est repérée et remplit son carnet d’adresses. « Grâce à des contacts et relations, j’ai développé le marché européen, et quand on développe un marché, il faut y rester pour l’entretenir. » Michèle Losier est donc restée en Europe, dont elle chérissait « la diversité ». On peut la comprendre, quand on sait que le chef Marc Minkowski lui a ouvert les portes du Festival de Salzbourg et de l’Opéra comique à Paris. À Salzbourg, elle a chanté Dorabella dans Cosi fan tutte en 2011.

     

    Parmi ses expériences majeures, Michèle Losier cite, outre ses Dorabella à Salzbourg et Londres, « Charlotte dans Werther à Sidney en 2009, Niklausse des Contes d’Hoffmann d’Offenbach au Liceu de Barcelone [le spectacle, avec Natalie Dessay et dirigé par Stéphane Denève, existe en DVD], Médée de Charpentier au Théâtre des Champs-Elysées en 2012 et Sesto de La clémence de Titus à l’Opéra d’État de Vienne en 2014. »

     

    La mezzo-soprano a profité de l’été 2015 pour se rappeler à notre bon souvenir et « redévelopper le marché ici ». Elle a l’intention d’en faire de même aux États-Unis.

     

    Maternité

     

    On ne le dirait pas, à voir son activité trépidante : Michèle Losier a donné naissance, le 26 janvier dernier, à son premier enfant. On connaît maintes chanteuses qui ont mis du temps à revenir, voire qui ne sont jamais revenues à leur meilleur niveau. Au contraire, Michèle Losier fait feu de tout bois.

     

    La Québécoise a chanté jusqu’à la fin de son 6e mois de grossesse. « J’aurais pu travailler plus longtemps, mais cela me demandait de me déplacer, notamment pour Stephano dans Roméo et Juliette de Gounod à Madrid au 8e mois. J’ai donc renoncé. »

     

    Pour une chanteuse, cela se corse surtout après l’accouchement. « La voix reste belle pendant toute la grossesse. Après, ce qui a un peu compliqué les choses, c’est la césarienne que j’ai subie : la reconstruction musculaire complique l’appui et donc le chant. J’ai mis 3 mois à travailler la respiration pour que le bassin se tienne bien pour soutenir la voix. » C’est effarée qu’en reprenant les exercices, après un mois, elle s’est entendue chanter complètement faux. « Je n’ai jamais vraiment chanté faux de ma vie, mais là, c’était toujours en dessous. » Mais elle s’est mis de la pression : « Deux mois après l’accouchement, j’étais à Amsterdam pour travailler Benvenuto Cellini. Il me restait un mois pour arriver à chanter. Le fait d’avoir été obligée à retravailler si tôt m’a motivée. »

     

    Si Michèle Losier est revenue en forme en trois mois, alors que d’autres naviguent à vue pendant six mois ou un an, c’est par sa conscience de ses capacités physiques, et notamment de l’appui d’où naît le contrôle de la respiration et, donc, de l’émission vocale. « Le chant, c’est le travail d’une vie ; c’est la découverte de sensations dans le corps. Je n’ai pas un instrument d’acier, une voix qui peut chanter six heures d’affilée. Je ne peux pas sortir, être sur le party et chanter le lendemain. Mais l’appui, chez moi, n’était pas quelque chose d’étranger. Je le comprenais, car j’étais sportive dans ma jeunesse et j’ai appris à respirer de façon abdominale très tôt dans ma vie. »

     

    La chanteuse voit la vie en rose : « Mon enfant me comble tellement que cela bénéficie à mon chant, car je suis une femme plus heureuse. Mais je reste extrêmement ambitieuse. » Michèle Losier ne chantera pas moins et se gardera ses habituelles plages de repos.

     

    Musicalement, elle tient à garder tout son répertoire. La musique baroque par exemple, parce qu’elle y glane des rôles de tragédienne : « J’espère aborder Alceste ou Armide de Gluck. Avec l’âge, la voix va prendre plus d’ampleur ; cela fonctionne dans ce répertoire. » Michèle Losier aimerait aussi approcher les opéras de Richard Strauss, Le chevalier à la rose, Ariane à Naxos. Elle ajoute : « Je ne chanterai probablement jamais Verdi, mais j’aimerais garder Mozart jusqu’à 50 ans. »

     

    Mais même une carriériste ne peut tout contrôler. Alors, elle conclut : « Je ne choisis pas toujours tout : je vais en fonction de l’offre et de la demande et je me croise les doigts ! »













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