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    Le Nagano show

    6 août 2015 |Christophe Huss | Musique
    L'Orchestre symphonique de Montréal, Kent Nagano et la mezzo Michèle Losier lançaient mercredi soir la Virée classique 2015 avec un concert consacré à l'opéra «Carmen».
    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir L'Orchestre symphonique de Montréal, Kent Nagano et la mezzo Michèle Losier lançaient mercredi soir la Virée classique 2015 avec un concert consacré à l'opéra «Carmen».
    Critique concert
    Pré-concert : Nodaïra : Paroles de paix (création). Schubert : Heidenröslein. Beintus : Yuuyake koyake (Ciel embrasé). Choeur des enfants de Montréal, membres de l’Orchestre symphonique de Montréal, Kent Nagano.

    Le grand concert de l’OSM sur l’Esplanade du Parc olympique a attiré, mercredi soir, une impressionnante foule de plus de 45 000 spectateurs.

     

    Le succès populaire ne se dément donc pas pour une manifestation préparée avec un grand soin. C’est de la vraie qualité qu’offre l’orchestre symphonique gratuitement à la population, avec, par exemple, un choix de solistes qui ne diffère pas de ce qu’il aurait été à la Maison symphonique pour un public de mélomanes déclarés.

     

    Le positionnement de l’événement, en prélude de la Virée symphonique, permet aussi à l’orchestre de faire de la publicité ciblée pour cette manifestation qui se tiendra vendredi et samedi. La sonorisation était excellente, à l’exception d’un roulement épisodique des graves et d’un gros bruit parasite isolé.

     

    S’agissant de Carmen, avait été convié un excellent groupe de danseuses flamenco et l'efficace Alain Gauthier pour une mise en espace (mise en scène minimaliste, devant l’orchestre) d’une parfaite acuité, avec des costumes adéquats. C’est ce que nous avons vu du premier rang, assis à nos places privilégiées. Ce n’est, hélas ! pas ce que les spectateurs ont vu sur les écrans géants.

     

    Car le gros regret de la soirée fut l’absurdité de la mise en images servie sur les écrans aux spectateurs. Je ne parlerai pas de la balance des blancs défaillante, mais surtout de ce qui était montré. Le réalisateur avait-il donc un quota d’images de Kent Nagano et de musiciens à caser ? Ou n’avait-il vraiment pas été renseigné sur ce qu’est un opéra, une action et un spectacle lyrique ? Quand Carmen cherche à séduire Don José, ignorer l’action pour montrer des choristes qui chantent en regardant leurs partitions est un peu niais. Des hiatus comme celui-là furent innombrables, car une sorte de succession rapide et standard d’images de la scène, de musiciens, des choristes et de plans du chef se répétait inlassablement, comme s’il s’agissait de créer un « Nagano show » plutôt que de faire vivre l’action et de documenter le spectacle Carmen.

     

    Même la première fois que Lanaudière a testé la retransmission vidéo de ses spectacles, il y a quelques années, ce qui était montré était d’emblée autrement plus pertinent. Il y a un sujet à méditer ici : cet événement, qui rassemble en une seule soirée autant de spectateurs que le plus grand festival de musique du Canada en un mois (!) mérite mieux à ce niveau.


    De belles voix
     

    Sur le plan musical, les spectateurs ont été bien servis : un orchestre et des choristes efficaces, Michèle Losier avec la voix (superbe ampleur) et le physique du rôle ; Marianne Fiset émouvante dans un personnage qui lui va parfaitement ; Hugo Laporte excellent Dancaïre, à la diction très nette. Joseph Kaiser fut dramatiquement efficace, mais il détimbre ses pianissimos et possède des notes de passage où la voix se recroqueville. Kaiser campe un Don José obtus, narcissique et couard (il tue Carmen dans le dos). Enfin, Escamillo n’est pas le meilleur rôle de Gregory Dahl et la langue française, pas sa spécialité. Mais ses moyens importants éludent bien cela.

     

    Quant aux extraits proposés, ils ont été sobrement introduits par une narration d’André Robitaille. Deux problèmes de choix des extraits, cependant. L’un est dramatique. À l’acte II, faire se succéder directement le Je suis amoureuse de Carmen avec l’air de la fleur, où Carmen repousse Don José, évacue le Je vais danser en votre honneur (la danse aux castagnettes de Carmen) qui, seul, explique, lors de l’appel du clairon, pourquoi Carmen passe de l’envie torride au rejet de Don José. Tel quel, ce retournement était dramatiquement illisible.

     

    L’autre problème est musical : on ne peut pas évacuer de Carmen le trio des cartes de l’acte III : c’est le centre de l’oeuvre, le moment troublant et capital où Carmen comprend que la mort est sa destinée. C’est là qu’apparaît le motif musical qui hantera toute la scène finale.

     

    Globalement, ce fut toutefois un spectacle populaire réussi, auquel on aurait attendu un accueil plus délirant (mais l’écoute fut très respectueuse) du public. Il restera, si l’OSM persiste dans la voie du spectacle d’opéra « semi-staged », comme on dit dans le métier, à revoir de fond en comble la philosophie de sa retransmission visuelle.

     

    En prélude au concert, les écrans géants relayaient, avec un impeccable niveau technique, depuis le Jardin botanique, la cérémonie du souvenir commémorant le 70e anniversaire du bombardement d’Hiroshima. « Une date triste qu’il faut rappeler au monde entier », a déclaré le maire Denis Coderre. « En perpétuant le souvenir d’Hiroshima, nous perpétuons l’espoir que les peuples de la terre puissent vivre en paix », a-t-il poursuivi. Les trois judicieuses compositions avec choeur d’enfants, chantant par coeur, juste et avec une excellente prononciation le Heidenröslein de Schubert, se sont sobrement et bien fondues à ladite cérémonie.

    L’OSM au Parc olympique
    Carmen, opéra de Georges Bizet (extraits). Michèle Losier (Carmen), Joseph Kaiser (Don José), Marianne Fiset (Micaëla), Gregory Dahl (Escamillo), Florie Valiquette (Frasquita), Christianne Bélanger (Mercédès), Hugo Laporte (Le Dancaïre), François-Olivier Jean (Le Remendado), Alain Coulombe (Zuniga), La Poesia del Flamenco (Shraddha D. Blaney, danseuse et chorégraphe), Choeur et Orchestre symphonique de Montréal, Kent Nagano. Esplanade Financière Sun Life du Parc olympique, mercredi le 5 août 2015.












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