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Chanson - Ma première Place des Arts, dixième prise

Sylvain Cormier   9 janvier 2004  Musique
À l'heure où les Star Académie et Canadian Idol propulsent un Wilfred ou une Audrey en orbite plus vite qu'un satellite, le petit monde des concours de jeunes talents Catelli de la chanson semble n'offrir que des voies d'accès mal éclairées où chaque pas est ardu. Tant mieux, clame François Guy: le concours qu'il propose, Ma première Place des Arts, est depuis dix ans le lieu de ceux pour qui durer ne se mérite vraiment qu'à la dure.

François Guy n'en a pas contre Star Académie. «C'est juste un bon show de TV. Et puis, ç'a quand même un rapport avec la chanson. Au moins, c'est pas des humoristes, bon yeu!» Il a presque hurlé la dernière phrase. Fort en gueule, l'ancien des Sinners. Depuis l'époque. Et ce ne sont pas ses trois ans à la direction de la SACEF (Société pour l'avancement de la chanson d'expression française) et du concours Ma première Place des Arts qui l'ont changé. «Quand m'arrive un gars comme Baptiste [lauréat chez les auteurs-compositeurs-interprètes en 2002] qui me dit que Star Académie c'est d'la marde et que c'est pas des vrais artistes, ça m'enrage. Je lui dis: "Laisse le monde décider ce qui est vrai ou pas vrai. Occupe-toi de tes affaires. Fais des tounes."»

L'approche François Guy n'est pas l'approche Robert Maltais, me dis-je. Du temps de Maltais, fondateur de la SACEF il y a dix ans, le concours était très... maternant. Motivateur extraordinaire, homme de grande foi, pas loin du missionnaire, Maltais donnait du souffle à ses aspirants. Guy, lui, tout aussi généreux de son temps — «quiconque s'inscrit au concours peut venir passer une heure dans mon bureau», assure-t-il —, préfère brasser ses ouailles. Les confronter. «Moi, je pose des questions. Te regardes-tu dans un miroir? Pratiques-tu tous les jours? Est-ce que t'es autocritique? Es-tu capable de te comparer, d'écouter les autres? As-tu lu des livres? As-tu écouté des milliers de chansons? Travailles-tu ton art? Et puis, je dis la vérité telle que je la perçois. Sans ménagement. S'ils sont bons compositeurs mais écrivent des textes pourris, je leur dis. Mais je leur fais rencontrer des paroliers.»

C'est son leitmotiv: tout le monde n'est pas fait pour les feux de la rampe. Parmi les quelque 260 candidatures reçues cette année pour les 36 places disponibles des 12 soirées de sélection préliminaire, chacun et chacune rêvant d'être le prochain Daniel Bélanger ou la prochaine Isabelle Boulay, il y a, soutient-il, de vrais artisans qui s'ignorent. Le pur parolier pas mélodiste pour deux sous. L'interprète exceptionnel qui s'ingénie à ne chanter que ses propres créations médiocres. Et vice-versa. «Le problème, c'est surtout qu'ils se sont fait dire toute leur vie qu'ils étaient bons dans tout, alors que c'est pas vrai.» François Guy prend l'exemple de François Guy: «J'ai publié 300 tounes dans ma vie. Y en a 275 que j'aurais mieux aimé ne jamais avoir écrites. Mais il fallait les écrire pour qu'il en ressorte 25. J'ai appris mon métier en le pratiquant.» Faut-il rappeler qu'en plus des frasques avec les Sinners et La Révolution française (l'hymne Québécois, c'est de lui), on doit à François Guy de très valables revues musicales (dont Circociel, en 1976) et de forts honorables chansons données à d'autres (Y a les mots, popularisée par Francine Raymond, pour ne nommer que celle-là).

Écrire, écrire encore. Composer, composer tout le temps. Se produire sur scène, le plus souvent possible. Mots d'ordre simples, qu'il s'agit d'appliquer. «C'est bien pour ça qu'on a organisé Le Grand Huit. Pour que nos lauréats puissent se faire voir et entendre après le concours. Pour que ce soit pour vrai.» Organisé de concert avec d'autres concours, le Festival en chanson de Petite-Vallée et le Maillon Rhône-Alpes du Chaînon Manquant, Le Grand Huit offre résidences de création et tournée de spectacles au Québec et en France à la huitaine gagnante. «On les met ensemble et on les laisse se débrouiller. Ils ont un show à monter, deux tounes chacun à créer, plus une toune commune. Comme ça, ils arrêtent de se regarder le nombril et ils travaillent. Fort.»

L'autre gros problème auquel s'est attaqué François Guy à Ma première Place des Arts, c'est celui du répertoire chez les interprètes. À savoir: la courte, trop courte liste des «chansons de concours». Nommément: Ton visage, de Ferland, Amsterdam, de Brel, Avec le temps, de Ferré, et assimilées. «Et beaucoup de Fais-moi mal, Johnny», ajoute François Guy en rigolant. «Moi, une fille de 18 ans qui me chante Avec le temps, je trouve ça d'un ridicule consommé. Ils ne savent pas de quoi ils parlent. Ils pensent qu'ils vont impressionner le jury en leur chantant du Ferré. Je leur dis: chantez vos contemporains, de la même façon que Pauline Julien chantait Vigneault ou Blanchet. Chantez Katerine, chantez Stefie Shock, Vincent Vallières!» Des mesures ont été prises: un poste de «conseiller au répertoire» a été créé, et MusicAction a fourni de quoi remplir une discothèque de référence.

Qui plus est, un règlement a été instauré: une chanson ne peut pas être interprétée plus de deux fois par saison, demi-finales et finales comprises. En plus des incontournables que l'on contourne enfin, on évite ainsi les effets de mode. «Cette année, ils nous arrivent tous avec La Quête, à cause du succès de L'Homme de la Mancha. Ça ou la chanson de Star Académie.» François Guy soupire. «La vérité, c'est qu'ils sont paresseux. Mais ce n'est pas une maladie incurable.»

MA PREMIÈRE PLACE DES ARTS

Au Studio-théâtre de la PdA

les lundis dès 20h

à partir du 12 janvier

Direction musicale:

Benoît Sarrasin
 
 
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