Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Connectez-vous
    «Lo Esencial» de Flamenco Vivo

    Du flamenco avec un sourire en coin

    26 juin 2015 | Yves Bernard - Collaborateur | Musique
    La troupe Flamenco Vivo
    Photo: FIJM La troupe Flamenco Vivo

    Ce n’était pas le temps des plus grandes déchirures, jeudi soir lors de la première du spectacle Lo Esencial offert par la troupe Flamenco Vivo à la Cinquième Salle de la Place des Arts dans le cadre du Festival international de jazz de Montréal. C’était bien sûr du flamenco de racines, authentique, senti, humain, mais on percevait que l’esprit de famille, la complicité, cette façon de se sentir bien ensemble, prédominaient. Comme dans le temps des paysans espagnols qui chantaient en travaillant ou en faisant les tâches quotidiennes.

     

    Sous la direction de Luis de la Carrasca, Lo Esencial se veut un retour au flamenco, mais aussi une façon d’en faire connaître plusieurs richesses. Ainsi, on commence par l’univers des pregones, un chant de vente, une sorte de publicité humaine que l’on faisait au village. De la Carrasca chante et marche dans l’assistance et distribue des caramels. Puis il revient, frappe avec un marteau et lance une martinete en l’honneur des forgerons.

     

    Le chant est rauque, parfois voilé, plutôt mélodieux. On est loin de la puissance dévastatrice de plusieurs grands cantaors, mais les ornements sont agréables et plus la soirée avance, plus on entendra quelques élans émotionnels plus forts. L’esprit général est au flamenco puro, mais avec des nuances : le percussionniste Antonio Gomez est muni d’une caisse claire et de cymbales, non seulement du cajon caractéristique du flamenco contemporain. Cela confère parfois un côté forain, un phénomène rare dans le genre.

     

    De son côté, le guitariste José-Luis Dominguez complète bien l’univers rythmique très présent au cours de la soirée, mais quelques élans percussifs dans son jeu ponctuent à l’occasion l’ensemble d’une touche un peu plus moderne. Nous ne sommes toutefois pas dans le flamenco fusion, sauf vers la fin lors de la présentation d’une vidalita, ce type de chants d’allers-retours entre l’Espagne et l’Amétique latine, alors que la tristesse se fera douce et que le son se rapprochera de Cuba.

     

    La danseuse Ana Pérez apparaît, elle danse d’abord assise, se lève, martèle le plancher, répond au chant qui vient de l’arrière de la scène. De la Carrasca est fidèle à sa réputation de meneur qui laisse beaucoup de place aux jeunes talents qu’il recrute. La guitare devient très rythmique, tous font les percussions, avec les grattements de guitare ou les palmas, ces excitants clappements des mains. Le cantaor lance la plainte, on accélère, on s’en va vers la puissante buleria, mais en solo, alors que le percussionniste s’exécute. La guitare attaque aussi, avec une belle gamme de techniques de jeu.

     

    Après l’entracte, on revient avec une soleá. On se rapproche alors du chant basique, on ornemente bellement, pas complètement en puissance, mais avec un cri voilé. Puis, ce sera la période de Kuky Santiago, le danseur qui était demeuré discret jusque-là. Il martèle, tourne sur lui-même et demeure souvent décontracté. Il sourit en dansant, devient même drôle dans ses mouvements. Cela contraste avec l’expression tragique de plusieurs danseurs de flamenco. On a même l’impression qu’il imite les mouvements de la salsa. Puis, il se lance dans de formidables tremblements de pieds.

     

    On revient à la buleria, tous ensemble, presque comme dans un jam ou dans une joute improvisée. Ici, même la déchirure paraît souriante, comme les bottines qui se sont livrées à des podorythmies accélérées… Vers la fin, on revient à trois, comme à la maison, avant l’arrivée des deux danseurs. Avant le rappel, les cinq artistes se rapprochent les uns des autres. Les applaudissements seront nourris. Ils reviennent pour terminer la fête de façon spontanée et livrent même une surprise en français, toute courte, mais que tout le monde connaît. La sauce prend et les sourires demeurent.

    Lo Esencial
    De Luis de la Carrasca. Par la troupe Flamenco Vivo à la Cinquième Salle de la Place des Arts, jusqu’au 29 juin.












    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires

    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.