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    Musique classique

    Appuyer là où ça fait mal 

    1 juin 2015 |Christophe Huss | Musique
    Les Molinari ont fait preuve d’une excellente justesse et surtout d’une cohésion remarquable.
    Photo: Quatuor Molinari Les Molinari ont fait preuve d’une excellente justesse et surtout d’une cohésion remarquable.
    Le quatuor selon Chostakovitch
    2e Concert : Quatuors n° 7 à 11. Quatuor Molinari.
    Conservatoire de musique de Montréal, samedi 30 mai 2015.

    Le Quatuor Molinari a réussi son pari : donner les 15 Quatuors de Chostakovitch en trois concerts, dont deux pour le seul samedi. Nous adressons notre plus vive admiration aux artistes pour avoir assumé ce défi sans compromissions artistiques, mais aussi au public, nombreux, qui, du moins à en juger par la séance de samedi après-midi, parvient à absorber ce concentré de musique avec un stoïcisme et une concentration qui défient l’entendement.

     

    En ce qui nous concerne, rien n’est davantage aux antipodes de notre conception de la musique que les idées de défi sportif, de records, de « folles journées » et autres marathons, pianothons, etc. La fonction de la musique n’est pas l’empilement, surtout lorsqu’il s’agit de confessions intimes (le genre du quatuor) et, qui plus est, des confessions les plus douloureuses du quatuor chez Chostakovitch. Nous pouvons comprendre l’ivresse que représente pour un musicien la confrontation avec tout ce corpus. Ce goût de l’aventure est-il forcément partageable par un public ? Apparemment, oui, même si cette réponse nous sidère.

     

    Trop-plein

     

    Chostakovitch met tellement de tragédies, de douleur, de mort dans ses quatuors qu’il y a un moment où à force d’appuyer là où cela fait mal, l’auditeur conscient de ce qui se passe, atteint le trop-plein. Car ces oeuvres n’ont nullement été écrites pour se succéder. Je prendrais l’exemple du 9e Quatuor, oeuvre pour le moins difficile. Isolément déjà, elle frôle le rébarbatif, mais quand elle est enfilée sans pause après le 7e et le 8e, comment peut-on rester concentré et réceptif au message ? Le parcours s’est fini tard le soir, avec le 15e à la lueur des bougies. Ceux qui l’ont suivi in extenso méritent de partager le prix Opus que les Molinari glaneront sans doute dans neuf mois.

     

    Musicalement, on se rend parfaitement compte à quel point le quatuor bien rodé a absorbé l’oeuvre de Chostakovitch. Olga Ranzenhofer est, partout, cette première voix ferme que l’on attend et les interventions de l’altiste Frédéric Lambert, qui excelle comme musicien, sont tranchées et décidées. Dans les Quatuors n° 7 et 8, le violoncelliste Pierre-Alain Bouvrette apparaissait comme le plus fragile, mais sans que l’on puisse lui imputer grand-chose.

     

    Les Molinari ont fait preuve d’une excellente justesse et surtout d’une cohésion remarquable. Il y a dans le 9e Quatuor (chiffre 89 de la partition, pour les initiés) un passage instantané de triple forte à pianissimo qui a été réalisé de manière saisissante y compris dans la texture sonore du pianissimo qui se maintient pendant quelques mesures. C’est à ces détails que l’on juge la classe d’une proposition artistique.

     

    Le Quatuor Molinari a été remarquable dans un chef-d’oeuvre aussi exposé que le 8e Quatuor autant que dans des passages plus obscurs que sont l’Humoresque ou la fin de l’Élégie du 11e Quatuor. Admirables aussi, la passacaille de l’Adagio du 10e Quatuor et le doux balancement mineur-majeur qui fait l’unicité de cette oeuvre.

     

    Chapeau bas donc, même si l’exercice n’est pas notre tasse de thé.

    Le quatuor selon Chostakovitch
    2e Concert : Quatuors n° 7 à 11. Quatuor Molinari. Conservatoire de musique de Montréal, samedi 30 mai 2015.












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