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    Égratigner l’image du gentil Philémon

    Le chanteur s’installe pour un soir seulement au Cinéma L’Amour, avec le Quatuor Molinari

    25 avril 2015 |Philippe Papineau | Musique
    Derrière les romances de Philémon se cachent les plaisirs de la chair.
    Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Derrière les romances de Philémon se cachent les plaisirs de la chair.

    Pourquoi organiser un concert normal comme il s’en fait 100 par soir à Montréal alors qu’on peut essayer une formule qui permet au public et aux artistes de se mettre un peu en danger ? C’est certainement ce qui ressort de l’invitation du chanteur Philémon Cimon, qui, accompagné du Quatuor Molinari, foulera ce vendredi 1er mai à 23 h les planches peut-être collantes du célèbre Cinéma L’Amour, lieu de diffusion de films érotiques du boulevard Saint-Laurent.

     

    Question d’être « concept », Philémon Cimon a enfilé son coton ouaté Playboy le temps de l’entretien avec Le Devoir, ce qui contraste avec son image publique de garçon doux à la voix fragile. D’ailleurs, ce concert intitulé Philémon fait l’amour au Cinéma L’Amour part un peu de là, de ce que dégage l’auteur-compositeur-interprète, lauréat du prix Félix-Leclerc en 2014, année où il a lancé son deuxième album, L’été.

     

    « Tout ça, c’est principalement l’idée de Frédéric Lambert, du Quatuor Molinari, qui aimait ma musique et qui cherchait quelque chose à me proposer, raconte celui qui s’est fait connaître avec ses Sessions cubaines. Il voulait plus ou moins me salir, ç’a l’air ! Il trouvait que mon image médiatique était très propre ou je ne sais pas quoi. »

     

    Petite pause chez Philémon, qui plisse un oeil en pensant à sa dernière phrase. « C’est très drôle, l’idée de l’image médiatique, parce que ç’a pas nécessairement rapport avec qui je suis. C’est comme un décalage. Veux, veux pas, on est rendu à vendre plus sa personnalité que sa musique, malheureusement. Quand tu te présentes, on ne dit pas : “Voici le produit d’une facette de Philémon”, on dit : “Voici Philémon.” »

     

    Le côté charnel

     

    Et Philémon prend un malin plaisir à préparer ce spectacle un brin décalé, où il chantera ses chansons plutôt romantiques dans un environnement, disons, plus terre à terre. « On voulait y aller avec le contraste. Jouer mes chansons dans un endroit où il y a un grand manque d’amour, et je ne veux pas dire que ce qui se passe là n’est pas correct. »

     

    Quand on fouille un peu dans les paroles de Philémon, le paradoxe initial est quand même doublé d’une certaine cohérence. Derrière la romance se cachent les plaisirs de la chair. « C’est pour ça que j’étais pas du tout en désaccord avec l’idée de Fred. Moi, le côté charnel, je le sentais présent en général dans mes affaires, c’est quelque chose qui me plaît et qui m’inspire. Je ne tombe pas nécessairement dans quelque chose de pornographique et j’essaie de le dire avec une forme d’élégance, mais je suis souvent en train de parler de la peau. De parler des cheveux, d’une cheville, d’un poignet. »

     

    Sur la saisissante affiche de ce concert, on peut d’ailleurs voir cheveux, poignets et même beaucoup plus, alors qu’on y voit Philémon (habillé) entouré d’une série de corps d’hommes et de femmes dénudés, dans une position et un traitement visuel rappelant des toiles de peintres français du XIXe siècle. Philémon évoque les classiques La Liberté guidant le peuple de Delacroix et Le radeau de la Méduse, de Géricault.

     

    « Au bout du compte, c’est juste moi qui ne suis pas tout nu sur cette affiche-là ! Y’en a qui ont trouvé que j’étais pas game, mais je trouvais que ç’aurait eu moins de poids artistiquement. Sur la photo, j’ai l’air plus ou moins intéressé par ce qui se passe au-dessous de moi. Quelque part, j’aime penser que ça montre mon imaginaire, que c’était une métaphore. De là l’idée que je sois habillé. On ne parle pas de quelque chose de réel, on est en train de parler de quelque chose de fantasmé. »

     

    Ce qui sera bien concret le 1er mai, c’est cet environnement assez particulier dans lequel la musique résonnera. « Il devait y avoir 375 places, mais il y a deux rangées qui n’ont pas de sièges. Ç’a l’air qu’ils ne savent pas où ils sont ! Y’a une part de non géré qui fait partie du jeu. »

     

    Depuis qu’il sait qu’il jouera au Cinéma L’Amour, Philémon y est passé à quelques reprises, question, bien sûr, de se familiariser avec le lieu et d’attacher quelques ficelles. « Ça m’a fait penser à Cuba, dit-il en rigolant. Et ça m’a “réconcilié” avec le côté sanitaire de tout ça ! Juste l’esthétique, c’est une super belle salle du début du siècle, avec de grosses colonnes, des moulures partout. Mais comme à Cuba, on dirait que ça fait un bon 50 ans que ça n’a pas été peinturé, ça décolle par bout, et ça fait quelque chose de super beau, quelque part. »

     

    Au public, il ne donne pas de conseils particuliers, à part d’être conscient qu’il entre dans un cinéma érotique et pas au Club Soda. « Y a quelque chose de vivant là-dedans, et qui me plaît parfois plus que d’arriver quelque part où ça ne sent jamais rien. Mon cousin Papatcho, qui joue sur mes disques, appelle ça de la texture. C’est quelque chose de rugueux, mais qui se passe, qui va t’accrocher. Y a quelque chose de bien quand t’es bouleversé, parce que c’est à travers ça qu’on avance. » Et qu’on s’élève, oserait-on ajouter.

    Derrière les romances de Philémon se cachent les plaisirs de la chair. Sur l’affiche du concert, Philémon évoque les classiques «La Liberté guidant le peuple» de Delacroix et «Le radeau de la Méduse» de Géricault.












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