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    Musique classique

    La mue émue du coléoptère

    13 mars 2015 |Christophe Huss | Musique
    Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir

    Au premier degré, une femme déguisée en cloporte portant deux entonnoirs sur la tête se défait d’une cape en vinyle, laissant apparaître un clitoris en plastique surdimensionné, le tout en éructant « mo, mo, mo, mo » devant un drap coloré dans lequel sont insérées plusieurs figurations polymérisées de vagins.

     

    C’est un peu étrange. Mais c’est du Giacinto Scelsi.

     

    Si on monte de quelques degrés, on est tout à fait en droit d’y voir, à l’unisson de François Tousignant commentant dans Le Devoir la création, en 1995, de ces Chants du Capricorne : « un parcours initiatique où seront remis en question plusieurs aspects de notre vie psychologique — selon Scelsi, la seule vraie, avec la recherche métaphysique de l’illumination ». Je comprends et perçois cela. Mais nous sommes humains et je n’étais pas, jeudi soir, dans la condition physique et spirituelle nécessaire pour recevoir un message si élevé, dur et exigeant.

     

    Cette non-prédisposition ne m’empêchera pas de saluer deux choses capitales. D’abord, le tour de force incroyable de Marie-Annick Béliveau, qui a (voir Le Devoir du samedi 7 mars) véritablement réussi à assimiler, digérer et faire sien ce rituel musical et théâtral d’une difficulté sans borne. Son travail pour devenir une sorte de corps qui chante est impressionnant. Ensuite, l’ingéniosité et la qualité de tout le dispositif scénique, du costume aux éclairages en passant par les projections, d’une grande justesse, qui rehaussent les atmosphères. Tout est prémédité, travaillé avec une finesse et une profondeur qui font honneur au label Chant libres.

     

    Il faut aussi relever le double travail créatif : celui de Scelsi dans la palette de l’expression vocale, alors qu’aucun mot n’est prononcé, et celui de Pauline Vaillancourt qui a agencé cela en un « opéra-performance » efficace. Une chose qui n’a pas été relevée à ma connaissance et me titille, notamment au début du spectacle, est la possible influence de l’art théâtral japonais sur Scelsi. On rappellera en effet que Les chants du Capricorne ont été inspirés par sa muse Michiko Hirayama. Le spectacle de Chants libres laisse habilement planer, aussi, cette ombre-là.

    Les chants du Capricorne
    Opéra-performance conçu par Pauline Vaillancourt sur l’oeuvre de Giacinto Scelsi. Marie-Annick Béliveau (mezzo-soprano). Julien Grégoire et François Gauthier (percussion), René Gosselin (contrebasse), Simon Stone (saxophone) et Pauline Vaillancourt, musiciens enregistrés. Mise en scène : Pauline Vaillancourt. Installation et costume : Massimo Guerrera. Vidéographie : Michel Giroux et Jean Décarie. Éclairages : Nancy Bussières. Maquillage : Jacques-Lee Pelletier. Usine C, le jeudi 12 mars 2015. Reprise vendredi et samedi à 20 h.












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