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    Les «Chants du Capricorne» et le mystère Scelsi

    Ce spectacle marquant avait été créé et chanté par Pauline Vaillancourt en 1995

    7 mars 2015 |Christophe Huss | Musique
    Pauline Vaillancourt s’attelle désormais à la transmission du message musical, avec son interprète Marie-Annick Béliveau (notre photo).
    Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Pauline Vaillancourt s’attelle désormais à la transmission du message musical, avec son interprète Marie-Annick Béliveau (notre photo).

    Chants Libres remet à l’affiche pour trois soirs Chants du Capricorne de Giacinto Scelci, un spectacle marquant de la compagnie, créé et chanté par Pauline Vaillancourt elle-même en 1995.

     

    Pauline Vaillancourt est passée de l’autre côté du plateau. À 70 ans, les Chants du Capricorne de Scelci, qu’elle a tant promus en tant qu’interprète de ces mélodies sans texte, transformées par elle en « opéra performance », ont changé de configuration. Elle s’attelle désormais à la transmission du message musical, avec son interprète Marie-Annick Béliveau.

     

    C’est dans une chaufferie, à l’UQAM, où s’est préparé ce spectacle, présenté pour trois soirs à l’Usine C, jeudi, vendredi et samedi, que nous avons rencontré les protagonistes de cette reprise emblématique, 20 ans après.

     

    Un spectacle bien ancré

     

    Giacinto Scelsi (1905-1988) est une sorte d’icône en Europe. Électron libre de la création musicale — génie pour les uns, fumiste pour les autres —, Scelsi fut, à partir du début des années 1950, un chercheur de musiques, avant de devenir, à compter des années 1970, une sorte de gourou mystique.

     

    Scelsi a écrit une vingtaine de mélodies (dix-sept dans le spectacle) entre 1962 et 1972 pour sa muse et interprète Michiko Hirayama. Sur le plan formel, Chants du Capricorne, tels que créés par Chants Libres en 1995 au Musée d’art contemporain de Montréal, sont donc une extrapolation théâtralisée initiée par Pauline Vaillancourt : « C’est moi qui ai décidé cela, car j’avais envie d’exprimer quelque chose. »

     

    Une voix est accompagnée par cinq musiciens préenregistrés. Sur le plan scénique, une femme-capricorne, dans un imposant costume, se défait peu à peu de ses oripeaux et entame sa mue. S’ensuit, comme le résume la présentation de Chants Libres, « un parcours initiatique au coeur d’univers symboliques, mythiques et oniriques ».

     

    Le spectacle de 1995 subira peu de modifications. L’installation d’origine sera habillée par une technologie visuelle différente. « Il y a 20 ans, on projetait avec du Super-VHS ! », s’amuse Pauline Vaillancourt, qui souligne que la mise en scène et la conception du spectacle sont les mêmes. Les éclairages… et l’interprète ont changé, les projections étant adaptées des créations de Michel Giroux, dûment numérisées et retravaillées par Jean Décarie.

     

    Apprendre l’infinitésimal

     

    Dans son écriture vocale, « Scelsi travaille dans les quarts de ton, le minimalisme », dit Pauline Vaillancourt. Pour Marie-Annick Béliveau, « Scelsi traite le chanteur comme matériau vocal. Les quarts de ton sont là pour créer des tensions organiques, vocales et physiques ». Pour la chanteuse, « le fait qu’il n’y ait pas de texte change tout, car comme il ne s’agit pas de la mise en musique d’un sujet, les phonèmes sont du matériau sonore auquel on prête ou non des intentions ». C’est pour cela que le spectacle n’est pas narratif : « Il se passe quelque chose, mais cela ne raconte pas une histoire. »

     

    Pauline Vaillancourt voit une différence majeure par rapport à un autre compositeur, célèbre pour son utilisation de phonèmes, Georges Aperghis : « Aperghis repose sur des jeux de mots, des jeux de rythmes. Tout est construit. Ce sont des triangles, des carrés, des rectangles. Scelsi est linéaire ; ce sont des courbes, une émotion différente. Avec Aperghis, on joue sur le théâtre en se servant des mots ; là, on joue sur des émotions sous-jacentes, pas exprimées au premier degré. »

     

    Avec Scelsi, « tout est dans le fond de la partition », renchérit sa jeune collègue qui, pour ne rien laisser au hasard, a travaillé « presque quotidiennement, par petites bouchées », du 8 juin 2014 au 9 janvier 2015, pour parachever la mémorisation ! Les Chants du Capricorne posent en effet un problème aigu de mémorisation : « Des détails infinitésimaux trouvent leur signification de manière très physique. Il faut donc travailler avec le mouvement. C’est le mouvement qui fait qu’on se souvient de la partition. » Et non seulement le mouvement, mais le mouvement détaillé avec le costume, fort pesant !

     

    Pauline Vaillancourt a suivi Marie-Annick Béliveau de près : « J’ai attendu 20 ans que quelqu’un reprenne ce spectacle, car apprendre la partition n’est pas une partie de plaisir. » La directrice de Chants Libres est « très fière d’avoir réussi à passer les Chants du Capricorne » à une jeune artiste.

     

    Depuis début janvier, la mezzo-soprano, qui dit avoir gardé « une impression très forte » du spectacle de 1995, enchaîne la partition jour après jour : « Répéter par petits bouts et coller le tout une semaine avant le spectacle serait absolument impossible, tant pour les gestes que pour la musique et la voix. Il faut par exemple que je trouve les moments où je peux m’économiser un peu et ceux où je donne plus. »

     

    Rendez-vous pour le tour de force à partir de jeudi à l’Usine C.

    Chants du Capricorne
    Opéra performance de Giacinto Scelsi pour voix solo et cinq musiciens préenregistrés. Marie-Annick Béliveau (mezzo). Musiciens enregistrés : Julien Grégoire et François Gauthier (percussion), René Gosselin (contrebasse), Simon Stone (saxophone), Pauline Vaillancourt (voix). Pauline Vaillancourt (conception et mise en scène), Massimo Guerrera (installation et costume), Michel Giroux et Jean Décarie (vidéographie), Nancy Bussières (éclairages), Jacques-Lee Pelletier (maquillages). À l’Usine C les 12, 13 et 14 mars à 20 h. Billetterie : 514 521-4493












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