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    Montréal/Nouvelles musiques

    La folle aventure d’Atlantide

    Comment faire sortir une baleine d’une boîte de sardines? Seul Walter Boudreau a la réponse!

    21 février 2015 |Christophe Huss | Musique
    Walter Boudreau
    Photo: Pierre Saint-Amant Walter Boudreau

    Montréal/Nouvelles Musiques 2015, du 26 février au 7 mars à Montréal, s’ouvre jeudi par un concert ressuscitant une oeuvre d’art totale, un peu folle, conçue par Michel-Georges Brégent : Atlantide. Walter Boudreau, directeur artistique de la Société de musique contemporaine de Montréal, nous raconte cette aventure, il y a trente ans et aujourd’hui.

     

    Atlantide date de 1985. Il s’agit à l’origine d’une commande de Radio-Canada d’une oeuvre conçue et pensée pour la radio.

     

    Michel-Georges Brégent a composé Atlantide pour 57 instruments et 12 chanteurs. Walter Boudreau avait été engagé pour diriger les musiciens et enregistrer le projet en studio : « C’était aussi le début de la musique électroacoustique et la première utilisation des échantillons gérés par l’ordinateur. » Cette partie avait été réalisée dans les studios d’Alain Thibault. Ensuite, les 16 pistes de musique électronique étaient intégrées dans un produit final de 24 pistes.

     

    « Nous étions jeunes et naïfs à l’époque, raconte, amusé, Walter Boudreau. Brégent composait ça la nuit et le lendemain matin on entrait en studio pour répéter et enregistrer. Mais c’était d’une difficulté hallucinante ; je n’ai jamais vu ça et Dieu sait si j’en ai vu. »

     

    Immersion

     

    « On devait faire Atlantide en dix jours ; ç’a pris trois mois ! Certaines journées on enregistrait huit ou neuf mesures et on sortait le dos en compote. » Brégent avait même sollicité un choeur d’enfants, mais c’était tellement difficile que Les Petits Chanteurs du Mont-Royal n’arrivaient pas à chanter la partition. « Je me souviensd’être rentré en studio, j’ai donné un coup de pied dans le mur et j’ai dit au réalisateur Richard Lavallée : mets-les dans un taxi et cherche-moi des sopranos baroques. Ce qu’elles en ont arraché, les filles… »

     

    Avec la complexité de Brégent, Walter Boudreau est en terrain connu : « Ce qu’il faut comprendre, quand on m’accuse qu’il y a trop de strates dans ma musique [sourire goguenard du musicien à l’égard de son interlocuteur], c’est que, par rapport à Brégent, humm… Chez lui, c’est rempli : pas de place pour un cure-dent ! »

     

    L’idée de l’époque, c’était une sorte d’immersion totale, ce qui apparaît a posteriori fort étrange pour une oeuvre radiophonique limitée à la stéréo. « On a conçu une baleine pour la coincer dans une boîte de sardines : c’est bien, mais ce n’est pas cela. »

     

    À contre-courant

     

    « Brégent, visionnaire et avant-gardiste, connaissait très bien la technologie de l’époque. Il a donc utilisé toutes les ressources, tous les effets possibles. C’est sa vision cosmique et c’est pour cela qu’il utilise tout. » L’inventaire instrumental va de la viole, de la chalémie et du cromorne aux instruments électroniques d’avant-garde de l’époque. Walter Boudreau observe : « Cela nous mettait en porte-à-faux par rapport à Boulez et à toute cette école exclusive, qui se déchirait les chairs avec des fourchettes rouillées en se refusant le plaisir et l’orgasme. Mais comment refuser l’accord de fa dièse mineur ? On ne peut pas ; ce serait comme refuser la pyramide de Khéops ! C’est pour cela que Xenakis parlait de la métamusique, une musique qui englobe toutes les pratiques musicales. Brégent et moi, nous sommes des impurs, des adeptes du tout-inclus. »

     

    L’objectif de faire revivre Atlantide est de donner enfin à l’oeuvre le caractère immersif qu’elle porte en elle : « Le surround, le 5.1, n’existait pas à l’époque. Dans la nouvelle version, vous allez être complètement immergés. » Les progrès de la technologie facilitent les choses. « Aujourd’hui, des “mix” dans les consoles, on peut les programmer. À l’époque, on avait mixé pendant un an, à dix mains, à la console, à raison d’une fois par semaine. » Boudreau voit Atlantide comme une « oeuvre de son temps qui véhicule des idées éternelles. Tout est là pour venir chercher et toucher l’auditeur ».

     

    Retrouver l’introuvable

     

    Pour préparer cette résurrection artistique, la SMCQ a eu beaucoup de chance. Tout d’abord, Walter Boudreau a retrouvé les bandes contenant la musique électroacoustique et toute la musique générée par ordinateur. Il a aussi trouvé un appareil (hautement spécifique) pour les lire. Se heurtant au problème de localiser les plus étranges des instruments anciens, Boudreau a sollicité Radio-Canada pour vérifier si la bande originale s’y trouvait encore. Et le miracle a eu lieu : « On a pu sauver la bande, numériser toutes les pistes originales brutes et les mettre sur le disque dur. »

     

    Walter Boudreau a donc réécrit l’oeuvre pour 15 instrumentistes (un quintette à cordes, un quatuor de saxophones etdes cuivres) et 12 chanteurs. La réduction est possible puisque « tous les instruments anciens, toute l’électroacoustique, nous les avons dans l’ordinateur ». Dans la cinquième section, un blues intitulé Complainte des villes solitaires, Karen Young, qui a participé à la création, chantera, avec sa fille Coral Egan et Marie-Annick Béliveau.

     

    Pour cette oeuvre de 30 minutes, la Société de musique a commandé une vidéo afin de remplacer les éclairages dans les sections électroacoustiques. « Si Michel-Georges Brégent était vivant aujourd’hui, c’est ce qu’il voudrait. Il croyait en un art total : il voulait faire exploser le cerveau », affirme Walter Boudreau, fier de cette aventure « archéologique et musicologique » mue par « la volonté de remettre sur les rails quelque chose qui doit vivre ».

     

    Montréal/Nouvelles Musiques (MNM), qui se prolongera jusqu’au 7 mars, sera conclu par l’OSM et son concert Voyage avec Philip Glass. Le principal hôte étranger de MNM est l’ensemble Musikfabrik de Cologne, qui proposera la création américaine de la première oeuvre de Claude Vivier, Hiérophanie, composée lorsque le compositeur était encore au conservatoire.













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