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    Father John Misty au Corona

    Le «père Jean» sans Richard le repère

    17 février 2015 23h39 |Philippe Papineau | Musique
    Father John Misty au Festival d'été de Québec, l'été dernier.
    Photo: Francis Vachon Archives Le Devoir Father John Misty au Festival d'été de Québec, l'été dernier.

    Difficile d’écrire de façon détachée sur le concert qu’a donné lundi soir le musicien américain Father John Misty au Théâtre Corona. On a beau dire que le critique doit faire abstraction de ses propres humeurs, l’ambiance était triste, car juste avant d’entrer dans la salle, j’apprenais le décès à 42 ans d’un ami et collègue, le journaliste musical Richard Legault.

     

    La tête à spin, volontés contradictoires. Que faire: rester au concert ou partir à la maison? Allez, je reste, un peu pour vous, beaucoup pour Richard. C’est lui qui m’avait incité à y être, de l’habituel ton cassant qu’il utilisait sur son compte Twitter @MTLConcerts: «Je vais au show, sois là toi aussi». Ils étaient plus de 30 000 à le suivre sur ce compte lié à son blogue, Montreal Concerts, qu’il menait depuis 11 ans.

     

    Je pense qu’il aurait voulu que je reste, et qu’il aurait aimé qu’on parle de lui et d’un concert en même temps. D’autant qu’en attendant l’entrée en scène de la tête d’affiche, venu défendre son deuxième disque I Love You Honeybear, je trouvais que l’ami Richard et Father John Misty avait bien des points en commun. Deux gars colorés, instruits, baveux, limite détestables, mais charismatiques. Des gens essentiels dans leurs domaines respectifs: des empêcheurs de tourner en rond.

     

    Father John Misty ne m’a pas fait regretter d’être resté au Corona. Accompagné de six musiciens, le chanteur né Josh Tillman a fait tout ce qu’il fallait pour me garder les yeux rivés sur la scène et pour éviter que mon esprit divague. L’ayant vu en solo l’été dernier au Festival d’été de Québec – je vous en avais parlé dans ces pages – je craignais les monologues longuets. Pas du tout. Père Jean le brumeux a presque été muet entre les chansons pendant la première moitié du spectacle, optant pour le déhanchement et l’agenouillement plutôt que pour la jasette.

     

    La place était donc belle pour ses chansons folk-rock, mélodiquement remarquables, presque spirituelles, portées par sa voix riche au large registre. Si Father John Misty s’est abondamment promené sur la scène, coinçant à de nombreuses reprises son fil dans les moniteurs et dans son pied de micro, on ne peut pas en dire autant de son groupe, plutôt pépère derrière. C’est ce qu’on pourrait reprocher au concert d’hier: d’être encore prudent, et trop collé sur les versions du disque.

     

    Le chanteur a commencé à prendre un peu plus de place en fin de parcours, en s’amusant avec la foule déjà conquise, descendant dans le parterre le temps d’un bout de chanson. Encore un peu sous le choc, je n’ai même pas sorti mon calepin ou noté quoi que ce soit, mais je sais que Father John Misty a joué l’essentiel de son dernier disque, ajoutant les gros morceaux de son premier album, dont Funtimes in Babylone et Hollywood Forever Cemetery Sings. Et qu’au rappel, il a joué I’m Your Man de Leonard Cohen, un geste sympa en sol montréalais.

     

    Non, au lieu de prendre des notes, lundi soir, j’ai cherché pendant tout le spectacle ce que ce brave Richard en aurait dit, quelle vanne incendiaire aurait-il lancé, quelle déclaration d’amour aurait-il offert. C’est ce que je viens de perdre: un repère.


    Father John Misty - I Love You Honeybear













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