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    À L’Outremont

    Tous à la rencontre de l’histoire

    11 février 2015 |Sylvain Cormier | Musique
    Salomé Leclerc semblait hantée par l’équipée du couple Émilie et Nolasque au Klondike, carrément enflammée par «Les allumettières».
    Photo: Annik MH De Carufel Archives Le Devoir Salomé Leclerc semblait hantée par l’équipée du couple Émilie et Nolasque au Klondike, carrément enflammée par «Les allumettières».

    Remarquable réussite. Pas seulement la réussite du spectacle de ce mardi soir à L’Outremont, qui était en quelque sorte le rêve éveillé d’Alexandre Belliard, un grand ralliement de chanteurs et chanteuses autour des chansons de son projet des Légendes d’un peuple, mais bien la réussite d’une idée « pas super sexée », pour citer Stéphane Archambault dans sa présentation : mettre en chansons les histoires d’hommes et de femmes d’ici, connus et moins connus, qui ont compté dans le parcours francophone en Amérique du Nord, de Paul Chomedey de Maisonneuve à Marie Rollet, de Riel à Yvon Deschamps, et une cinquantaine d’autres. Et que ces chansons tiennent debout en tant que chansons.

     

    Mesurons. Depuis la sortie du premier volume des Légendes, très exactement le 15 février 2012 (on célébrait l’anniversaire mardi, exprès), Belliard en a porté deux autres à bout de bras, seul avec son « baluchon de chansons » (Archambault, encore), sur toutes sortes de scènes et dans pas mal d’écoles. Et voilà que le plus récent, Légendes d’un peuple — Le collectif, permet au projet de voir grand : cette première montréalaise dans la « magnifique salle pleine d’histoire » qu’est L’Outremont lance une tournée, certes à collectif variable selon les disponibilités, mais néanmoins destinée à moult lieux de qualité, dont le Grand Théâtre de Québec, en mars.

     

    Ce n’est pas rien. Ça ne veut pas dire que ce spectacle est parfait. Ça ne veut pas dire que toutes les chansons servent idéalement un propos parfois bien difficile à rimer : ça varie. Ça ne veut pas dire que tous les interprètes parviennent à s’approprier également ces mélodies pas toujours porteuses non plus : c’est selon. Mais on ressort d’une telle soirée avec le sentiment d’avoir vécu quelque chose… d’historique. Le souffle est commun, l’intention est plus que belle, et les grands moments assez nombreux pour nourrir une certaine exaltation. C’est beaucoup.

     

    Parfois c’était le texte qui portait, parfois la chanson qui s’imposait, parfois l’interprète qui soulevait, et parfois c’était tout en même temps. Je me souviendrai de ces confluences entre l’histoire, la mélodie et la manière, de Patrice Michaud saisissant de force dans Paul Chomedey de Maisonneuve, d’Alexandre Désilets et son incroyable voix au service de l’incroyable aventure de Marie-Anne Gaboury (Où tu vas, j’irai), d’Éric Goulet souverainement country dans Libertés surveillées, du vaillant Vincent Vallières avec Denis Vanier sur film derrière lui dans La star du rodéo (bravo à Yann Perreau pour les trouvailles de sa mise en scène : citations, projections, entrées et sorties des participants…).

     

    Paul Piché, Mara Tremblay, Jorane, Archambault et Marie-Hélène Fortin, Perreau lui-même dans Riel, les trois musiciens (Denis Ferland, Guido Del Fabbro, Hugo Perreault), tout le monde était à la hauteur, mais permettez un émoi : c’est avec Salomé Leclerc que j’ai eu le plus fortement l’impression de vivre ces vies. La jeune femme semblait hantée par l’équipée du couple Émilie et Nolasque au Klondike, carrément enflammée par Les allumettières, et quand elle ne chantait pas, elle tapait comme une possédée sur ses tambours. L’incarnation même du projet.

     

    Et pourtant, le plus beau, c’est que ça restait le projet de Belliard. Il aura été là presque du début à la fin (assis près d’une petite table, à l’un des bouts de la scène), le plus souvent pour mettre en contexte, mais pour chanter aussi (notamment La vie c’est ça, hommage à Yvon Deschamps, une merveille), et pour sourire, beaucoup. Sa joie, sa ferveur, la simplicité dans son art de raconter, fournissaient le liant, et l’on savait gré à ce type foncièrement sympa de faciliter l’accès à tout ce contenu pas digéré d’avance. Et l’on comprenait pourquoi, au-delà du devoir de mémoire, ces artistes ont choisi de le soutenir : franchement, il le mérite. On imagine le même spectacle en juin, aux Francos, devant les multitudes : tout ça est loin d’être fini, ça va faire encore des petits.













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