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    À la conquête du public… et des musiciens

    24 janvier 2015 | Marie Lambert-Chan - Collaboratrice | Musique
    L’Arsenal à musique présente le spectacle L’usine des sons, destiné aux enfants de 8 à 12 ans.
    Photo: Reggi Ettore L’Arsenal à musique présente le spectacle L’usine des sons, destiné aux enfants de 8 à 12 ans.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    Les organismes et les ensembles musicaux s’activent sur le terrain pour faire connaître les musiques nouvelles à la population, mais aussi aux interprètes et aux compositeurs qui ignorent pratiquement tout de cet univers contemporain.


    « Musique contemporaine » rime encore et toujours avec « public averti ». Une idée préconçue et tenace que s’emploient à défaire depuis des années Le Vivier, carrefour des musiques nouvelles, et ses membres. « Les gens n’ont pas un accès direct à l’art contemporain parce qu’il n’est pas largement médiatisé, surtout dans le cas des musiques nouvelles, convient Emmanuelle Lizère, médiatrice culturelle pour Le Vivier. La radio ne les diffuse pas. Les interprètes et les compositeurs, de leur côté, n’ont guère accès à la rue pour se faire voir et entendre, contrairement aux participants de la Biennale de Montréal, par exemple. » Les créateurs de musiques nouvelles s’aventurent donc à l’extérieur des salles de spectacle pour initier leurs futurs spectateurs.

     

    Cela commence avec les tout-petits. Des organismes comme L’Arsenal à musique, Sacré Tympan et Le Moulin à musique créent des oeuvres originales pour les jeunes oreilles, ainsi que des ateliers de médiation où ils font découvrir les musiques nouvelles aux écoliers.

     

    « Nous offrons une expérience acoustique aux enfants, explique Lorena Corradi, directrice générale de L’Arsenal à musique, une compagnie qui a présenté plus de 15 000 spectacles depuis 1978 devant plus de 3 millions de personnes à travers le monde. À cet âge, ils sont de véritables éponges et ont soif de nouveauté. Le problème se situe plutôt du côté des adultes. Les parents et les professeurs présument souvent que les enfants n’aimeront pas le contemporain. Or les petits sont généralement ravis de ce qu’ils entendent. “Encore, encore !”, nous disent-ils. »

     

    Le public plus mature n’est pas en reste. Le Vivier multiplie ses activités de médiation dans la collectivité. Emmanuelle Lizère donne en exemple le projet X-Art, une série d’ateliers sur le processus créatif réalisés auprès d’une dizaine de décrocheurs de 17 ans au Centre communautaire de l’Organisation des jeunes de Parc-Extension (PEYO). Il y a aussi ce projet de l’organisme Projections libérantes qui mêle peinture et musique : l’année dernière, des groupes de francisation à Montréal ont découvert des tableaux de Paul-Émile Borduas, Jean-Paul Riopelle et Ozias Leduc, de même que des partitions créées spécifiquement par le compositeur Simon Martin en hommage à ces peintres.

     

    « Nous cherchons à toucher un public qu’on ne connaît pas, résume Mme Lizère. Nos ateliers ne versent pas dans le didactique. Au lieu de leur indiquer ce qu’ils devraient entendre, nous partons de leurs perceptions — qui, au demeurant, sont souvent très justes ! Après coup, la plupart affirment que ce qu’ils ont écouté n’était pas ce à quoi ils s’attendaient. Une fois qu’ils ont goûté aux musiques nouvelles, les gens en deviennent friands ! »

     

    Assurer la relève artistique

     

    Il n’y a pas que le grand public qui ait besoin d’un coup de pouce pour apprécier la musique contemporaine. Bien des musiciens ignorent tout de cet univers. « On ne fait pas suffisamment de place aux musiques nouvelles dans la formation actuelle, estime Isabelle Bozzini, violoncelliste et codirectrice du Quatuor Bozzini. Il est vrai qu’un interprète doit faire ses gammes et apprendre le répertoire classique, mais on doit faire évoluer les choses, d’autant plus qu’il y a un réel intérêt chez les étudiants pour le contemporain. »

     

    Un tel enthousiasme n’est pas feint. Depuis 2005, le Quatuor Bozzini organise le Composer’s Kitchen, un événement où quatre jeunes compositeurs, deux Canadiens et deux Britanniques, voient leur pièce lue, décortiquée, commentée, retravaillée et exécutée en concert. Au départ, le Quatuor Bozzini recevait une quinzaine d’inscriptions, alors qu’aujourd’hui ils sont plus d’une centaine, de part et d’autre de l’Atlantique, à convoiter une place dans cet atelier.

     

    Devant cet intérêt, le Quatuor a lancé d’autres projets : le Bozzini Lab, un atelier de composition intensif qui a lieu à Vancouver et, pour la première fois cette année, à Montréal, où sont invités des compositeurs en formation ou en début de carrière ; le Performer’s Kitchen, un événement qui met en contact les jeunes interprètes avec des musiciens spécialistes des musiques nouvelles ; et le Concordia Creative Music Institute, un atelier d’une semaine, sur la musique de 1950 à aujourd’hui, réservé aux étudiants inscrits à un programme d’interprétation au cégep ou à l’université.

     

    « Nous voulons transmettre notre amour et notre connaissance de cette musique à la prochaine génération, déclare Isabelle Bozzini. Et ça fonctionne ! Nous jouons régulièrement les créations de compositeurs aujourd’hui établis que nous avons en quelque sorte formés il y a de cela quelques années. »

     

    Abattre les frontières entre les répertoires

     

    Isabelle Bozzini l’admet sans détour : les ensembles spécialisés en musiques nouvelles ne font pas dans le divertissement grand public. « On ne peut pas aller chercher les gens qui veulent juste relaxer sans se poser de questions, dit-elle. La musique contemporaine exige un minimum d’investissement. » En même temps, la violoncelliste croit qu’il serait malvenu de sous-estimer la capacité du public à apprécier des oeuvres qui sortent des sentiers battus. Elle se rappelle avoir joué avec son quatuor une pièce « assez aride et obscure » d’un compositeur allemand, dans le cadre du festival MUTEK en 2012. À son grand étonnement, 150 personnes s’étaient déplacées pour l’écouter… et ont aimé !

     

    Selon Emmanuelle Lizère, le métissage des répertoires est une façon intéressante de lever le voile sur la musique contemporaine sans forcer la note. Elle mentionne entre autres le Quatuor Quasar, qui a déjà proposé un concert intitulé De Bach à Zappa, où le classique frayait avec le nouveau. « L’un n’exclut pas l’autre, croit-elle. La musique d’hier, celle de Bach et de Beethoven, a déjà été une musique nouvelle. C’est une continuité dans le temps. »













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