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    Les nouvelles technologies de mieux en mieux intégrées

    24 janvier 2015 | Benoit Rose - Collaborateur | Musique
    Un instrument à vent de musique nouvelle, le trio Bol
    Photo: Productions Totem Contemporain Un instrument à vent de musique nouvelle, le trio Bol
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    Depuis l’avènement des magnétophones à bande magnétique, des compositeurs curieux se sont approprié la technologie pour enregistrer puis manipuler électroniquement des sons produits de manière acoustique. Aujourd’hui, les créateurs de musiques dites nouvelles peuvent compter sur un arsenal de nouvelles technologies, mises en dialogue avec l’ordinateur, pour transporter le public — et les interprètes — au coeur d’expériences poétiques inédites et immersives.


    Akousma, le festival montréalais des musiques numériques immersives, présente chaque année à l’Usine C des concerts de musique électroacoustique avec orchestre de haut-parleurs. « C’est-à-dire qu’on a une soixantaine de haut-parleurs qui entourent le public dans la salle, et le compositeur vient présenter sa pièce à la console et spatialiser son oeuvre dans l’espace », explique Louis Dufort, directeur artistique de l’événement depuis 2011. C’est une musique qui se veut très prenante, ajoute-t-il, où il n’y a rien à voir et tout à entendre, l’auditoire baignant littéralement dans le son.

     

    Le public peut aussi y apprécier un certain éclatement formel de ce genre musical, soutenu par le développement toujours effervescent des nouvelles technologies et par la créativité des artistes. L’art numérique, par exemple, prend sa place à sa façon, au fur et à mesure que des compositeurs se mettent à exploiter l’ordinateur non seulement pour se faire un cinéma auditif, mais pour manipuler aussi des images de synthèse, créant des oeuvres dites de « vidéomusique ».

     

    « La vidéomusique est une forme hybride qui livre, en même temps en image et en musique, une vision poétique et ouverte de l’imaginaire, décrivait le compositeur Jean Piché en 2003. Elle prétend à la poésie sensorielle. […] L’ouverture de sa forme permet l’exploration débridée du magique, du fantasmagorique et d’un nouveau type d’absolu : la musique devenue image. » Piché, Dufort, Sylvain Pohu et Dominic Thibault ont tous participé en tant que compositeurs à la création de K’anchay en 2011, une expérience vidéomusicale formée de quatre pièces interprétées par l’ensemble de percussions Sixtrum.

     

    «Jouer de la vidéo»

     

    Membre de Sixtrum, Fabrice Marandola dit avoir trouvé ce projet très stimulant : « Les nouvelles technologies apportent d’abord une ouverture vers tout un monde de sons qu’on n’aurait pas sans elles, mais elles viennent aussi travailler sur notre relation entre le geste et le son. » Car, de plus en plus, les musiciens sont appelés à utiliser des interfaces et des instruments électroniques nouveaux et à s’adapter par exemple à un traitement du son en temps réel ou encore à des dispositions très variées de haut-parleurs dans l’espace. Ils doivent carrément développer de nouvelles techniques de jeu.

     

    Pour K’anchay, les percussionnistes devaient jouer avec des baguettes sur des claviers de type vibraphone, mais comportant des lames en caoutchouc. Si, à la base, le jeu pouvait se rapprocher d’un jeu « normal », il arrivait toutefois que les musiciens déclenchent avec leurs frappes à la fois des sons électroniques de différentes natures selon les oeuvres et des éléments visuels dans les images projetées derrière eux. En quelque sorte, comme l’affirme tout sourire Marandola, les percussionnistes étaient appelés à « jouer de la vidéo », une expérience particulière et visiblement passionnante.

     

    C’est que l’informatique aujourd’hui ne sert plus seulement à produire des sons à partir d’un programme, mais aussi à faire de la traduction d’informations générées dans l’espace physique par des objets ou des corps en mouvement, explique Dufort. C’est ainsi que, à titre d’exemples, sont utilisés différents capteurs, des circuits électroniques qui font de la détection de mouvement et des objets qui nous entourent ou qu’on invente, tous des procédés et dispositifs servant à écrire des compositions originales et à faire de la manipulation en temps réel. « La technologie sort du cadre de l’ordinateur et tombe dans un espace en trois dimensions », résume Dufort.

     

    Lors de la dernière édition du festival Akousma, l’artiste Myriam Bleau a utilisé des toupies pour sa pièce Soft revolvers. Comme elle l’expliquait au Devoir cet automne, elle se dit « fascinée par la physique des mouvements, par le détournement d’objets du quotidien pour en extraire la musicalité ». Elle a donc, pour reprendre les mots du journaliste Fabien Deglise, « fait danser des toupies lumineuses, dans la pénombre, pour mieux les faire chanter », à l’aide de composantes électroniques permettant de traduire le mouvement en son et en lumière. Une autre esthétique qui n’est pas purement et simplement auditive et qui, à sa façon, lie le son à l’image.

     

    Alliances avec les chercheurs

     

    Si, pour paraphraser Marandola, l’humain s’ingénie avec acharnement à inventer des façons inédites de produire du son, c’est dans cet esprit que des alliances redoutables se forment dans les universités québécoises entre artistes et chercheurs issus de différents domaines. Professeur à l’Université McGill, le percussionniste de Sixtrum, qui est aussi le président du Vivier, est membre actif du Centre interdisciplinaire de recherche en musique, médias et technologie (CIRMMT), un groupe réunissant des chercheurs et des étudiants provenant de différentes universités québécoises.

     

    Basé à McGill, le CIRMMT est partenaire de plusieurs ensembles de musique nouvelle. « Le Centre apporte son expertise technologique, tandis que les ensembles apportent leur expertise artistique, et, en travaillant ensemble, ça donne des choses qu’on ne pourrait pas faire chacun de son côté », soutien Marandola.

     

    Pauline Vaillancourt, directrice artistique de la compagnie de création Chants libres, qui diffuse de nouvelles formes d’opéra où l’innovation artistique et technologique est valorisée, collabore pour sa part avec le centre de recherche en arts médiatiques Hexagram, de l’UQÀM. « C’est une chance de travailler avec ce centre, car il veut toujours expérimenter des choses », confie-t-elle. Par exemple, « on peut de plus en plus remplacer une scénographie par du virtuel. C’est ce à quoi rêvent plusieurs artistes qui travaillent dans la recherche. »

     

    Chants libres a travaillé avec de nombreux compositeurs de musique nouvelle, tels Piché, Dufort, mais aussi Gilles Tremblay, Zack Settel, John Oliver et Pierre Michaud, pour des opéras qualifiés tantôt d’« opér’installation », tantôt d’« électr’opéra » ou encore d’« opéra de chambre ».

     

    Si la directrice artistique souligne l’importance d’utiliser les nouvelles technologies de façon pertinente dans la création, Dufort et Marandola se réjouissent du fait que celles-ci tendent, avec le temps et le progrès, à se faire de moins en moins lourdes lors des concerts. « Elles deviennent de plus en plus intégrées et, par le fait même, s’effacent au profit du contenu et du discours »,constate Dufort. « Plus c’est intégré, plus c’est agréable de jouer, de confier Marandola. On passe moins de temps à faire la cuisine et plus de temps à la déguster ! »













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