Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Connectez-vous

    Au Vivier, toutes les musiques tonnent et résonnent

    24 janvier 2015 | Jérôme Delgado - Collaborateur | Musique
    Pour le chef d’orchestre et compositeur Walter Boudreau, Le Vivier restera toujours « un lieu virtuel, un collectif puissant, une force de lobbying ».
    Photo: Frédéric Nivoix Andréa Cloutier Pour le chef d’orchestre et compositeur Walter Boudreau, Le Vivier restera toujours « un lieu virtuel, un collectif puissant, une force de lobbying ».
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    On y diffuse des spectacles, on les produit aussi. On y analyse des oeuvres musicales, on les répertorie également, comme s’il s’agissait d’accumuler les pièces à conviction d’une épopée sans fin. Le Vivier porte fort bien son appellation de « carrefour des musiques nouvelles ». S’y croisent tous les acteurs : compositeurs, interprètes, enseignants et bien des seconds violons.

     

    Le Vivier est à ce point un grand boulevard qu’il serait impossible de réunir toutes les musiques qui y circulent sous un même toit. Que Le Vivier s’enracine désormais au Gesù, église au centre-ville, il restera toujours « un lieu virtuel, un collectif puissant, une force de lobbying », selon Walter Boudreau, éminent compositeur et chef d’orchestre.

     

    Il ne faut pas s’y méprendre : le Gesù n’accueillera pas tous les concerts et ateliers du Vivier. Pas de l’avis de Walter Boudreau, directeur artistique de la Société de musique contemporaine du Québec (SMCQ), l’organisme derrière le festival Montréal nouvelles musiques. Ni de celui de Peter Burton, voix de la Société des arts libres et actuels (SALA), mieux connue pour son Suoni Per Il Popolo, festival de « musique d’avant-garde expérimentale ». Même son de cloche au Centre de musique canadienne au Québec (CMC-Québec) et à la revue Circuit, musiques contemporaines.

     

    Pour les porte-paroles de ces quatre catalyseurs du Vivier, il n’est pas question d’emménager au Gesù. Chacun tient à son autonomie, à son identité propre. Suoni Per Il Popolo restera ancré dans les salles situées aux abords du Mile-End qui lui donnent ses couleurs, les Sala Rossa et Casa del Popolo. Circuit ne quittera pas la montagne d’où elle agit sous les bons soins de la Faculté de musique de l’Université de Montréal (UdeM). Le CMC-Québec, lui, vient de s’établir dans un bâtiment historique du Vieux-Montréal où a pris forme l’Espace Kendergi, une sorte de salon pour récitals intimes doté de son piano à queue.

     

    « Le Vivier est un organisme très souple. Ce n’est pas un État fédéral, nous sommes tous souverains. On a en commun la musique, mais on fait des choses différentes », résume Walter Boudreau, qui tient à ce que la SMCQ continue à diffuser au centre Pierre-Péladeau et dans la foule de salles du territoire montréalais.

     

    Depuis sa fondation, en 1966, par les Wilfrid Pelletier, Jean Papineau-Couture et autres figures du modernisme musical québécois, la SMCQ est à la source de la création. L’arrivée à sa tête de Walter Boudreau, en 1988, a coïncidé avec la volonté de démocratiser ces musiques, aux antipodes des airs populaires.

     

    « Il y a 15 ans, on s’est retroussé les manches. L’avenir n’est pas chez ceux qui ont un pied dans la tombe, mais dans la jeunesse. On s’est dit qu’il fallait travailler avec les jeunes, les intéresser, les embarquer », explique l’ancien étudiant de Xenakis et de Boulez. Celui qui dit être « tenu de commander et créer des oeuvres, mais aussi d’informer et d’éduquer le public » savoure chaque projet consacré aux écoliers, tant les ateliers de création que les bédés biographiques dédiées à des compositeurs d’ici.

     

    « Un compositeur est autre chose qu’un mythe, dit Boudreau. Les jeunes s’imaginent les musiciens à travers des portraits de vieillard dans des bouquins poussiéreux. Nous, on leur présente Ana Sokolovic, qui a l’air d’un mannequin. Denis Gougeon n’est peut-être pas George Clooney, mais il est pilote d’avion. Il est un modèle véritable, pas un superhéros. »

     

    Pelletier, Papineau-Couture, Sokolovic, Gougeon, Boudreau lui-même : les portraits des compositeurs québécois, toutes époques confondues, ornent l’Espace Kendergi, au Centre de musique canadienne au Québec. Ce sont eux, la raison de l’antenne québécoise de cette entité basée à Toronto. Ici comme là-bas, la mission est simple : conserver la partition de chaque pièce. Le CMC, qui prône la diversité musicale, est une véritable pépinière. Et, selon la directrice de l’aile québécoise, Sonia Pâquet, des demandes provenant d’aussi loin que de l’Estonie parviennent à son bureau.

     

    L’ère du numérique ne semble pas encore avoir gagné les interprètes. Le CMC-Québec a même son atelier de reprographie. « J’ai du travail pour les 100 prochaines années », dit Louis-Noël Fontaine, qui s’affairait à corriger, à l’écran, la version PDF d’une partition manuscrite.

     

    Les 22 000 oeuvres entreposées au centre seront numérisées, souhaite Sonia Pâquet. Le virage numérique s’amorce, mais « la conversion, dit-elle, dépendra du financement public ». Québec l’a promis cet automne ; reste à voir la teneur de l’aide.

     

    Le numérique ? Jonathan Goldman, professeur de musicologie à l’UdeM, sait que ce support offre de multiples possibilités. Le rédacteur en chef de la revue Circuit est cependant convaincu que le milieu musical « aime le papier ». La publication ne cultive cependant pas le passé, même si, à sa fondation, en 1989, par Lorraine Vaillancourt, directrice du Nouvel Ensemble moderne, et Jean-Jacques Nattiez, réputé sémiologue musical, elle se proclamait « revue nord-américaine de musique du 20e siècle ».

     

    Circuit s’occupe de toutes les musiques « actuelles, électroacoustiques, improvisées, à tendance rock aussi », dit celui qui la dirige depuis 2013. Le plus récent numéro est consacré à Fausto Romitelli, un compositeur italien décédé à 41 ans qui s’inspirait volontiers de Jim Morrison.

     

    « Cela dit, précise Jonathan Goldman, on a un certain parti pris pour une musique à partition, à concert. C’est une musique de création, par opposition à une musique d’industrie. Ça peut se comparer à l’art contemporain. »

     

    Rassembleuse, l’appellation « musiques nouvelles » sied bien à la SALA et aux « sonorités pour le peuple » qu’elle défend. L’organisme a « l’ambition, selon Peter Burton, de présenter la musique exploratoire ». « Ça peut vouloir dire différentes choses, reconnaît-il. Il y a beaucoup de créativité et notre vision est celle de la diversité. » Le festival Suoni Per Il Popolo est né avec le XXIe siècle, a fait des petits en dehors de son mois de juin et rassemble, depuis, des publics très épars. Entre le courant indie et les avant-gardes d’ici et d’ailleurs que la SALA diffuse, Peter Burton se plaît à clamer « avoir résisté à la suroccidentalisation de la musique » et à la commercialisation. Le festival, qui s’étend sur plusieurs semaines, attire davantage un public local que touristique, preuve qu’il ne peut se vendre comme un attrait passager.

     

    Au-delà de son âme rassembleuse, Le Vivier, c’est un peu ça aussi : un réservoir musical dans lequel les Montréalais peuvent s’abreuver sans cesse, 365 jours sur 365.













    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires

    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.